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Jeanne Bertrand en 1902.Jeanne Bertrand en 1902.

Champsaur: après Vivian Maier, sur les traces d’une autre photographe, Jeanne Bertrand

11 Fév 2014 - 18:46

Le génie de la photo coulerait-il dans les veines des Champsaurins ? En 2011, les Hautes-Alpes et le monde entier ont découvert le talent de Vivian Maier (née aux Etats-Unis mais originaire de Saint-Julien-en-Champsaur) révélé après la vente aux enchères de ses bobines. La modeste nounou devenue illustre après sa mort conduit les généalogistes à s’intéresser aujourd’hui à Jeanne Bertrand.

A l’origine de la vocation de Vivian Maier

Cette photographe et sculptrice champsaurine avait accueilli la jeune Vivian et sa maman à son domicile new-yorkais en 1930. « La mère et la grand-mère de Vivian ont été toutes les deux expédiées aux Etats-Unis et n’y ont pas fait une brillante carrière, devenues domestiques au service de riches familles new-yorkaises, raconte Philippe Escallier, des associations Les amis de Jeanne Bertrand et Les amis de Vivian Maier. Vivian approche alors Jeanne Bertrand, qui a émigré dans des conditions modestes _ ses parents étaient agriculteurs dans le Connecticut _ et qui a réussi dans la photo. Cette rencontre a été déterminante pour Vivian et sa passion pour la photo. Bien sûr, Vivian a pu venir à l’image par d’autres biais mais je suis convaincu que Jeanne Bertrand y est pour quelque chose, estime Philippe Escallier. D’ailleurs, elles sont restées en contact car Vivian prendra un cliché de Jeanne en 1953. »

La coqueluche de la haute société de Boston

Jeanne Bertrand trouve ses racines dans le Champsaur, au Noyer, mais naît en 1880 à Agnières-en-Dévoluy où son père est cantonnier. Elle passera la majeure partie de son enfance à Saint-Bonnet avant d’émigrer avec toute sa famille aux Etats-Unis, alors qu’elle a 13 ans. Contrairement à Vivian, Jeanne ne reviendra jamais sur sa terre natale.

A 16 ans, elle travaille à l’usine locale qui fabrique des aiguilles pour machines à coudre. Elle ne supporte pas cette vie. Elle parvient alors à se faire embaucher dans le studio photo de sa ville du Connecticut, Torrington. « Elle se fait un nom dans la photo à Boston, surtout auprès des gens fortunés. Puis elle rencontre un jeune sculpteur d’origine sicilienne, Pietro Cartaino, dont elle tombe follement amoureuse. Elle le suit à New York et l’aide à se faire un nom. Elle photographie ses sculptures et les diffuse dans les magazines. Elle-même se met à la sculpture en 1913 », détaille Philippe Escallier.

Le début de son déclin

La naissance de son fils Pietro en 1917 marquera le début de sa descente aux enfers. « Depuis qu’elle a 20 ans, elle est sujette à des problèmes psychologiques. Elle tombe enceinte alors que son compagnon est déjà marié et père, et ne veut pas d’un autre enfant. Cette situation provoque chez elle une énorme crise de démence qui conduira à son hospitalisation. Son fils sera d’abord élevé par l’épouse de son compagnon sculpteur. Pour couronner le tout, il meurt en 1918 d’une épidémie d’influenza. Son épouse confie Pietro au frère du sculpteur, Paolo, lui aussi sculpteur », continue Philippe Escallier.

Jeanne Bertrand restera à New York, retournera à la photo mais ne poursuivra pas une carrière aussi brillante qu’à ses débuts à cause de sa santé et de la crise de 1929. Elle mourra en 1957 et n’ira jamais au bout de sa démarche de naturalisation.

« On pense que beaucoup de ses photos ont été détruites »

Reconstituer le fil de la vie de Jeanne Bertrand a demandé un travail titanesque aux Amis de Jeanne Bertrand. « On ne connaissait rien d’elle. Heureusement, je suis tombé sur deux Américains qui avaient fait des recherches », confie Philippe Escallier. Son lieu et sa date de naissance ont donné du fil à retordre, elle qui disait être née à Buissard à une autre date. L’association possède aussi une copie de l’article que le Boston Globe a consacré à la photographe, en 1902.

Contrairement à Vivian Maier, Jeanne Bertrand ne s’est pas spécialisée dans les photos de rue mais produisait plutôt des clichés de style Harcourt. L’association n’a pas encore mis la main sur son œuvre. « On pense que beaucoup de ses photos ont été détruites: le studio de Torrington a brûlé deux fois, l’atelier de sculpture a lui aussi brûlé. On ne désespère pas. Les recherches se poursuivent », explique Philippe Escallier.

Dans les prochains jours, l’association va lancer un site dédié à Vivian Maier et Jeanne Bertrand. En attendant de retrouver la trace des photos de Jeanne Bertrand qui pourraient, peut-être, connaître la même destinée que celles de Vivian Maier. Qui sait…

Photos aimablement prêtées par Les amis de Jeanne Bertrand

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