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Mairie (1)

Mal-être du personnel municipal de Gap : la situation s’enlise

19 Sep 2014 - 22:52

Pierre Bernard-Reymond qui laisse échapper des larmes. C’était ce vendredi midi, aux Olivades à Gap, où, à une semaine de mettre un terme à son ultime mandat, le sénateur (non-inscrit) des Hautes-Alpes évoquait devant la presse 43 ans de vie politique. Ses larmes sont venues lorsque l’ancien maire de Gap a parlé du personnel municipal, souhaitant les remercier et « leur tirer un coup de chapeau ». Interrogé sur son émotion pour le moins inhabituelle, il n’a pas voulu s’étendre, indiquant simplement que plusieurs agents municipaux avaient demandé à le rencontrer et lui avaient fait part de leur mal-être, parfois extrême, dans leurs fonctions.

Le conseiller municipal d’opposition Jean-Claude Eyraud a abordé le sujet de multiples fois, notamment en séances du conseil municipal, mais au sein du personnel, les langues peinent à se délier. « Aujourd’hui, tout le monde vit dans la hantise de se faire dégommer », justifie la CFDT. Mises en cause, vexations, injonctions paradoxales, mises sous pression, voilà les termes qu’utilise un ex-cadre de la Ville, interrogé par L’e-media 05 sous couvert d’anonymat, pour décrire la manière dont il était traité par le maire et la direction générale.

Les suspicions de mal-être au sein du personnel municipal étaient apparues sur la place publique en 2010 lorsqu’avait été révélée l’altercation entre le maire et le directeur adjoint des transports de l’époque. Ce dernier avait d’ailleurs porté plainte avant de demander sa mutation. Le personnel avait manifesté à deux reprises cette année-là. L’affaire avait amené la municipalité à faire réaliser un audit sur les risques psycho-sociaux. « Ce rapport faisait état de risques suicidaires, d’un fort taux d’absentéisme, d’un malaise profond », reprend la CFDT qui parle de « maltraitance managériale ». Ces conclusions ont abouti à la création d’une cellule avec une psychologue et une personne à la DRH (direction des ressources humaines) chargée du reclassement du personnel.

« Des gens pleurent, parlent de suicide », selon la CFDT

Malgré cet effort, le malaise demeure, à en croire des témoignages recueillis par L’e-media 05, sous couvert d’anonymat. « La situation s’enlise. On a une forte hémorragie de cadres : soit ils tombent malade, soit ils s’en vont. En cinq ans, trois ou quatre titulaires se sont succédé à la direction de l’urbanisme ; le directeur de l’éducation vient de s’en aller après avoir subi du harcèlement et une pression extrêmement forte ; le DRH, poussé à bout, est en arrêt depuis cinq mois, son adjointe est au placard, la directrice de la prospective est en arrêt, d’autres cadres à mi-temps thérapeutique ; des gens pleurent, parlent de suicide. Les cadres ne sont pas remplacés soit par mesure d’économie, soit parce qu’on ne trouve personne. Les choses se disent dans les autres collectivités. Le milieu culturel est sinistré, même si ça ne transparaît pas dans la programmation », affirme la CFDT qui ajoute que « depuis juillet, le comité technique paritaire ne se réunit plus ; on s’assoit sur la loi ».

Fin août, la CGT a d’ailleurs écrit au préfet Pierre Besnard pour dénoncer ces « graves dysfonctionnements » et « la dégradation progressive du dialogue social ». Le délégué CGT affirmait par ailleurs que « certains de (ses) collègues sont victimes de risques psycho-sociaux d’une gravité avérée ».

Roger Didier : « Je demande beaucoup au personnel, mais c’est un personnel de grande qualité, très investi »

Roger Didier s’inscrit en faux. « Ce n’est pas ce que je constate, je n’ai pas entendu parler de telles situations », indique le maire, qui insiste sur les efforts réalisés par la Ville pour l’égalité hommes-femmes, les TMS (troubles musculo-squelettiques), l’adaptation des postes de travail… « Nous avons aussi mis en place une cellule psychologique », rappelle-t-il. « Nous avons un certain nombre d’agents qui ont des incapacités physiques et qui sont en arrêt, et nous faisons en sorte d’étudier des reclassements possibles. »

M. Didier reconnaît qu’il « demande beaucoup au personnel, mais c’est un personnel de grande qualité, très investi dans sa mission de service public. On me reproche parfois de gérer la mairie comme une entreprise, mais on ne peut pas se permettre de laxisme. Vous savez, il y en a toujours quelques-uns qui peuvent se plaindre… » Quant aux cadres, « je travaille au quotidien avec eux et je ne pense pas qu’ils soient en difficulté », considère le maire.

Roger Didier confirme par ailleurs qu’il a lancé le recrutement d’un directeur des ressources humaines. « Jusqu’à présent, Sébastien Philip était directeur général délégué aux ressources humaines et à la vie sociale », précise le maire de Gap. « Il ne pouvait se consacrer qu’aux ressources humaines et pas aux autres domaines de la politique de la ville, de la jeunesse et des sports. J’ai donc décidé de créer spécifiquement un poste de DRH, qui sera placé sous ses ordres. »

Marie-France et Jean-Christophe Sarrazin


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