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Pierre Bernard-Reymond.Pierre Bernard-Reymond.

Pierre Bernard-Reymond se livre sur ses 43 ans de carrière politique (vidéo)

A huit jours du terme de sa carrière politique, le sénateur (non-inscrit) des Hautes-Alpes, Pierre Bernard-Reymond, s’est livré lors d’une conférence de presse, ce vendredi, aux Olivades à Gap. L’occasion de quelques anecdotes sur son parcours politique, de livrer quelques commentaires sur son successeur à la mairie de Gap, Roger Didier, d’évoquer ses succès mais aussi ses échecs, dont celui de l’achèvement de l’A51, qu’il gardera « comme une blessure non refermable ». Voici quelques extraits choisis pour raconter 15.882 jours de vie politique, marqués par 19 élections, dont une défaite, aux législatives de 1981, face à Daniel Chevallier. « Je n’ai aucun mérite, car, même si j’ai travaillé, je l’ai fait sans effort et toujours avec passion », assure PBR. « Et puis, il y a le destin et la chance, car j’en ai eu beaucoup. »

Son engagement politique : « J’avais 13 ans en 1958. J’ai eu une réaction favorable à ce que le général De Gaulle mette un terme à ces changements de présidents du Conseil à répétition. J’ai été gaulliste depuis ce jour-là, même si je n’ai jamais été au parti gaulliste qui n’était pas assez européen. » PBR raconte que son « environnement politique n’a pas été politique », mais « mon père était syndicaliste CFTC et a été président de la Sécurité sociale, et ma mère était militante de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ». C’est aussi un lecteur assidu de Paris-Match. Etudiant à Grenoble et « admirateur de Giscard et de son intelligence », il crée un club « Perspectives et réalités » dans les Hautes-Alpes. « Je prenais ma 2cv et je partais de Grenoble pour aller animer des réunions à Briançon ou me rendre jusqu’à Rosans, quand mes copains partaient en boîte… »

Sa première élection : alors jeune conseiller au cabinet du ministre du Travail, Joseph Fontanet, il a une discussion avec Bernard Givaudan. « Je lui dis : Vous faites une liste de branques, de copains, il vous faut des jeunes ! Il me répond : Ton idée me plaît, vas-y, occupes-t’en ! Je vais chercher Pierre Payan, le regretté Raymond Chappa, Robert Eynaud, Pierre Villar, Pierre Faure… J’écris un mémo qui est un peu différent de ce qu’on a l’habitude de lire. Je porte la contradiction à Emile Didier à la salle des fêtes. J’espérais qu’on serait six ou sept élus. Mais Didier en était à son quatrième mandat et l’usine Nestlé fermait, les gens avaient peur pour l’avenir. Dès le premier tour, le 14 mars 1971, on se retrouve à la tête de la mairie avec 24 des 27 sièges ! C’était une très heureuse surprise. »

Député à 27 ans : l’année 1971 sourit décidément à Pierre Bernard-Reymond. Emile Didier, qui avait été élu député en 1968 d’une seule voix d’avance face à Emile Arrighi de Casanova, que Pierre et Edouard Roux étaient allés chercher à Paris, démissionne à la suite de son élection au siège de sénateur. « J’avais 27 ans, je pensais que c’était trop tôt, mais tous les copains me disaient d’y aller, et Bernard Givaudan ne voulait pas briguer le siège. Finalement, je suis élu, et je me retrouve le benjamin de l’Assemblée nationale. J’ai été accueilli par Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot et Bernard Stasi qui m’ont pris sous leur aile. Et j’ai été chapeauté par le préfet de l’époque, qui m’a initié aux arcanes de l’administration. »

Anecdote croustillante : PBR aurait bien pu ne pas être député à cause de… ses beaux-parents ! « Les parents de ma future épouse avaient été nommés à Gap avant les élections législatives », raconte le sénateur. « Mon beau-père m’a raconté qu’ils n’avaient pas pris le temps de s’inscrire sur les listes électorales. S’ils avaient voté, Arrighi de Casanova aurait été élu (puisqu’il n’avait été devancé que d’une voix), il n’y aurait pas eu de partielle et je n’aurais pas pu me présenter… »

"En 1976, j'ai écrit un discours pour l'investiture de Raymond Barre. Il a dû lui plaire", commente PBR, qui devient secrétaire d'Etat six mois plus tard.
« En 1976, j’ai écrit un discours pour l’investiture de Raymond Barre. Il a dû lui plaire », commente PBR, qui est devenu secrétaire d’Etat six mois plus tard.

Un discours écrit par ennui le fait entrer au gouvernement : avant la rentrée parlementaire, début octobre 1976, il décide d’accompagner sa femme, étudiante à Grenoble, pendant le mois de septembre. « Comme je m’ennuyais pendant qu’elle était en cours, j’ai écrit un discours pour l’investiture de Raymond Barre en tant que Premier ministre. Mon discours a dû lui plaire. Lorsqu’il a formé son deuxième gouvernement, après les municipales de mars 1977, il a fait appel à moi pour devenir secrétaire d’Etat au Budget. J’avais 33 ans, je me suis dit que j’avais une chance inouïe. » En 1978, il n’est pas reconduit au gouvernement, et redevient député. « Je me disais que j’avais voulu être inodore, incolore et sans saveur au Budget, et que je n’avais qu’à m’en prendre à moi-même », commente M. Bernard-Reymond. En septembre 1978, il fait pourtant son retour au gouvernement et devient le premier secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. « J’ai dit à Giscard que je pensais qu’il ne voulait plus de moi. Il m’a dit .que ce n’était pas du tout le cas. Il voulait créer un secrétariat d’Etat aux Affaires européennes mais il devait composer avec l’opposition de Michel Debré. Il l’a fait au moment où la France s’apprêtait à présider la CEE en le présentant comme un poste technique, pour assister le ministre des Affaires étrangères pendant la présidence française. » Finalement, PBR occupera le poste jusqu’à la présidentielle de 1981. « J’avais été sondé pour éventuellement devenir commissaire européen », raconte-t-il. « J’ai dit non. Je pensais que VGE allait être réélu et je préférais rester au gouvernement. Choix regrettable… »

Les sénatoriales de 2008 : « J’étais devenu sénateur en 2007, à la suite du décès de Marcel Lesbros, qui m’avait demandé avec beaucoup d’insistance d’être son suppléant. Je me suis présenté en 2008 pour pouvoir être élu sur mon nom. J’avais contre moi Paul Dijoud, qui avait été secrétaire d’Etat avec moi, Jean-Pierre Festa, actionné par le maire de Briançon de l’époque, Alain Bayrou, et Christian Séard, ami personnel de Dijoud, qui était là pour siphonner les voix sur Gap. Autant dire que quand certains s’étonnent de la candidature de Jean-Michel Arnaud, c’est un étonnement préfabriqué. D’ailleurs, Jean-Yves Dusserre, qui avait refusé d’être mon suppléant en 2008, s’était présenté contre Marcel Lesbros aux sénatoriales précédentes. »

"La divergence de fond avec Roger Didier, c'est quand même qu'il est très près de ses sous."
« La divergence de fond avec Roger Didier, c’est quand même qu’il est très près de ses sous. »

Roger Didier, son successeur à la mairie de Gap : « Roger Didier, qui était mon premier adjoint, m’a laissé une paix royale pendant tout mon mandat », avoue PBR. En 2007, quand il devient sénateur, il démissionne de la mairie de Gap et appelle sa majorité à désigner Roger Didier pour lui succéder. « C’était le meilleur de toute la liste que j’avais », glisse Pierre Bernard-Reymond en guise de compliment. « Il faut que chacun mène les affaires avec son tempérament et ses priorités. Nous n’avons peut-être pas les mêmes, mais moi, je n’ai pas connu la crise. La divergence de fond avec lui, c’est quand même qu’il est très près de ses sous. Si vous gérez de façon très orthodoxe, vous ne faîtes pas grand chose, ou disons plutôt que vous n’avez pas de marges de manoeuvre très importantes. »

Ses succès : PBR cite plusieurs dossiers auxquels il « pense pouvoir associer (son) nom ». A savoir l’implantation du 4e régiment de chasseurs à Gap, la création du pôle universitaire (concrétisée par Daniel Chevallier), du centre AFPA, la réouverture du collège de Serres, l’aménagement hydroélectrique de la vallée du Buëch, l’observatoire radio-millimétrique du pic de Bure, le nouveau centre de secours de Gap, Micropolis (« Même si je suis relativement déçu, mais je pensais qu’on profiterait de l’autoroute »), le théâtre La Passerelle (« que l’on doit à Bernard Givaudan »), le Quattro, la patinoire (« Le dossier était avancé mais non achevé quand mon successeur est arrivé »), la gratuité des transports urbains (« dont je m’enorgueillis »), les jardins familiaux, la maison de retraite du parc Chabrand…

Ses échecs : Pierre Bernard-Reymond a cité le tunnel de l’Echelle, la rocade de Gap (« On avait promis qu’elle démarrerait en 2007, ça a trop traîné, mais j’espère que ça se fera, même si nous n’avons pas de réponse officielle ») et, bien entendu, l’achèvement de l’autoroute A 51. « C’est un échec patent, avoue PBR. Je garderai comme une blessure non refermable le fait de ne pas avoir réussi à convaincre et les Haut-Alpins pour qu’ils se bougent, et les Verts pour qu’ils sortent d’un blocage idéologique. C’est un projet qui a été l’objet de troc politique dans les majorités avec d’autres dossiers tels que le nucléaire. Ce sont des problèmes politiciens qui ont empêché le projet d’aboutir, pas techniques, ni financiers, ni législatifs. »

Que va-t-il devenir ? « Je n’en sais rien », assure Pierre Bernard-Reymond. « Je vais inventer une nouvelle vie. Certains me disent d’écrire mes mémoires, mais ça intéresserait qui ? Je vais certainement continuer à m’intéresser à l’Europe. Je suis d’ailleurs devenu membre de la fondation Jean-Monnet, ce qui m’amènera à aller à Lausanne trois ou quatre fois par an. Je n’ai aucune autre obligation et je ne pense pas en chercher d’autre. Je ne crois pas quand même pas que je me mettrai à la pêche à la ligne… »


Pierre Bernard-Reymond : les raisons de son… par lemedia05


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