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Nitrates : « On se base sur quelque chose de faux », dénonce le maire de Gap

Le maire de Gap est en « colère ». Le projet de classement de la ville en « zone vulnérable aux nitrates », révélé cet été par L’e-media 05, a « des conséquences qui me préoccupe », alors « qu’on se base sur quelque chose de faux », dénonce Roger Didier. Deux autres communes du département sont concernées par ce projet : Rambaud et Saint-Laurent-du-Cros. Le gouvernement entend augmenter le nombre des « zones vulnérables », afin de répondre aux critiques de la Commission européenne au sujet de la mauvaise application de la directive de 1991 sur les nitrates. La France a d’ailleurs été condamnée à plusieurs reprises par la Cour de justice de l’Union européenne à ce sujet.

Roger Didier (entouré par Olivier Desclaux, ingénieur chargé de la qualité des eaux à la Ville de Gap, et Jean-Louis Brochier, conseiller municipal délégué à l'agriculture) dénonce le classement de Gap en "zone vulnérable aux nitrates".
Roger Didier (entouré par Olivier Desclaux, ingénieur chargé de la qualité des eaux à la Ville de Gap, et Jean-Louis Brochier, conseiller municipal délégué à l’agriculture) dénonce le classement de Gap en « zone vulnérable aux nitrates ».

« Les résultats ne peuvent pas
être imputés à Gap,
ou alors, les lois de la gravitation
ont changé ! »

Selon le maire de Gap, deux stations de mesure de la qualité des eaux entourent la ville : l’une à Rambaud, au-dessus de l’oratoire de Galabrun (aux confins de Gap), et l’autre dans la vallée de la Luye, sur la commune de Jarjayes. Seule la station de Rambaud a présenté des dépassements du taux de 18 mg de nitrates par litre d’eau. « Sept analyses sur 16, réalisées entre 2010 et 2014, ont été positives », détaille Roger Didier. « Et il faut préciser que, en 2010-2011, Rambaud n’était pas encore raccordée à la station d’épuration de Gap. » En revanche, « il n’y a eu aucun dépassement relevé au niveau de la Luye », souligne M. Didier. « Les résultats des analyses à Rambaud ne peuvent pas être imputés à Gap, ou alors, les lois de la gravitation ont changé ! » De même, ajoute Olivier Desclaux, ingénieur en charge de la qualité des eaux à la Ville de Gap, « il n’apparaît pas qu’il y ait une accélération de l’eutrophisation des eaux, et les mesures sont conformes à la sortie de la station d’épuration ».

Pour Roger Didier, « il va y avoir des conséquences si toutefois ce zonage est maintenu. Nous avons une station d’épuration exemplaire en termes d’efficacité. Nous avons un plan d’épandage pour utiliser les boues liquides d’épuration auxquelles nous ajoutons des déchets verts dans des exploitations proches de la station d’épuration. Du fait de ce zonage et des contraintes supplémentaires, ces parcelles pourraient cesser de recevoir nos boues d’épuration. Il faudrait s’éloigner de Gap, avec des coûts supplémentaires, créer des volumes de stockage supplémentaires et il n’est pas exclu de devoir recourir à l’incinération, ce qui aurait des effets désastreux pour l’environnement. »

Jean-Louis Brochier, conseiller municipal délégué à l’agriculture et lui-même exploitant agricole à Romette, abonde dans ce sens, en soulignant les « conséquences énormes pour les agriculteurs ». 110 sont concernés à Gap, et 165 au total dans les trois communes susceptibles d’être classées en « zones vulnérables ». « Il faut investir 50.000 à 100.000€ pour le stockage des effluents dans chaque exploitation et le règlement prévoit qu’il ne sera pas possible d’épandre, quelle que soit la saison, sur des pentes de plus de 15%, ce qui représente 80% de nos terres ! Nous n’aurons pas d’autre solution que d’enlever du bétail. Et comme nous serons déjà à saturation sur nos exploitations, nous ne pourrons plus accueillir de boues d’épuration. Cela va encore accentuer les difficultés de la filière laitière, qui est déjà celle qui connaît le plus de cessations d’activité, et de la filière porcine, qui est directement touchée. »

La chambre d’agriculture et le Conseil général ont déjà adressé un argumentaire au préfet de Région, Michel Cadot, pour lui demander de renoncer au classement de Gap, Rambaud et Saint-Laurent-du-Cros dans les zones vulnérables aux nitrates. Le maire de Gap, Roger Didier, va également lui écrire dans ce sens.

Le zonage définitif doit être arrêté dans les prochaines semaines.


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