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Dr Jean-Luc Lebrun

Mutualisation des Samu 04-05 : les médecins régulateurs de Gap prêts à faire grève

Les dix médecins libéraux participant au centre de régulation du « 15 » dans les Hautes-Alpes envisagent de se mettre en grève à compter du 17 octobre. Ils déplorent en effet l’absence totale d’information et de concertation autour du projet de l’Agence régionale de santé (ARS) de mutualiser les Samu 04 et 05, et de ne maintenir qu’un seul centre de régulation en « nuit profonde » (de minuit à 8 heures) à Gap pour les deux départements.

A Digne-les-Bains, la perspective de la fermeture du centre de régulation, au 1er janvier prochain, a déjà provoqué des mouvements de grève depuis plusieurs semaines au sein du Samu 04 et du service des urgences. Les médecins urgentistes dignois ont même reçu la visite de leur très médiatique président national Patrick Pelloux, venu les soutenir dans leur action.

« Si nous avons des difficultés
à gérer les appels,
ce sera grave »

Dans les Hautes-Alpes, l’association départementale des permanences de soins et d’urgences médicales (ADPSUM) ne s’oppose pas à une mutualisation avec le département voisin, si elle intervient « dans de bonnes conditions ». La crainte de l’association est qu’elle intervienne à moyens constants, qu’il s’agisse des auxiliaires de régulation médicale (les professionnels qui reçoivent les appels sur le 15 et les orientent en fonction d’un « interrogatoire de gravité ») ou des médecins. « Nous avons un délai d’entretien qui n’est pas compressible, sauf à faire prendre des risques aux gens », souligne le Dr Jean-Luc Lebrun, président de l’ADPSUM 05. « Actuellement, nous recevons 7,5 appels par heure en moyenne sur un an. Une inflation des appels entraînera des délais de prise d’appels de plus en plus longs, sans compter que nous ne connaissons pas le territoire des Alpes-de-Haute-Provence ni ses médecins. Si l’auxiliaire de régulation médicale a des difficultés à gérer les appels et nous aussi derrière, ce sera grave. On n’est pas à Marseille, ni sur la Côte d’Azur, avec un maillage de médecins et de nombreux moyens d’intervention, hôpitaux et cliniques. Nous sommes dans un secteur extrêmement rural où la population ne trouve déjà plus assez de médecins pour se faire soigner et se repose beaucoup sur les conseils des médecins libéraux des centres de régulation. »

Les médecins de l’ADPSUM redoutent donc « un risque pour la population » mais aussi pour eux, en termes de responsabilité et de conséquences médico-légales, voire pénales. « La gestion d’un territoire aussi étendu avec une variation de volume des appels et de sa population, aussi important, est utopique sans une modification du volume des personnels », écrit le Dr Lebrun dans un courrier adressé le 17 septembre dernier à l’ARS et à la préfecture. « Nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour, ce qui nous incite à envisager un autre type d’action, indique le président de l’ADPSUM. Nous voulons savoir comment nous allons travailler. »

De son côté, l’ARS, sollicitée par L’e-media 05, indique que des consultations sont en cours et ne souhaite pas encore s’exprimer sur ce projet.