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débat loup

Gap : quand éleveurs et environnementalistes débattent sereinement du loup (vidéo)

Pari réussi pour la SAPN (Société alpine de protection de la nature). A son initiative, associations environnementalistes et syndicats agricoles (FDSEA et Confédération paysanne) ont dialogué, durant toute la journée de ce mercredi, sur le thème du loup et du pastoralisme, sujet éminemment polémique. Les élus étaient les seuls absents remarqués du débat, qui s’est déroulé au pôle universitaire de Gap. Si les échanges ont pu parfois être vifs, ils sont restés généralement sereins, et ils ont surtout montré que le discours des associations environnementalistes avait évolué vis-à-vis des éleveurs et des conséquences que pouvait avoir la prédation pour eux.

Il reste évidemment de sérieuses divergences. Patrick Boffy (association Ferus, qui milite pour la protection des loups) a ainsi considéré que « la prédation reste quelque chose de minime sur le plan économique, même si ça peut être un problème évidemment pour chaque berger ou exploitant touché. Mais il y a 500 ou 600 animaux prédatés dans les Hautes-Alpes chaque année sur un cheptel de 200.000. » De quoi faire réagir René Laurans, président de la FDSEA : « 600 brebis, c’est énorme ! Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi les brebis qui avortent, ce qui fait aussi perdre des aides liées à la naissance des agneaux aux agriculteurs. » Olivier Bel (Confédération paysanne) abonde dans ce sens : « Si on part dans ce débat, on peut dire aussi que tuer 36 loups, ce n’est pas grand chose. Acceptons de reconnaître que 600 bêtes tuées, ce n’est pas anodin. »

Pour les environnementalistes,
« ce n’est pas le statut du loup qui pose problème »,
puisque les autorisations de tirs existent
même si elles sont inefficaces

Autre pierre d’achoppement : le statut juridique du loup considéré par la convention de Berne comme une espèce menacée. « Est-ce que ce statut est le statut adéquat ? » s’est interrogé M. Bel, relevant que « la difficulté actuelle, c’est que les arrêtés préfectoraux de prélèvement sont attaqués systématiquement ». Pour Bernard Patin (France nature environnement), « il n’est pas indispensable d’agir sur les conventions internationales. Je vois d’ailleurs très mal la France ouvrir la boîte de Pandore de la protection des espèces menacées. Le statut actuel permis toujours d’agir sur les populations de loups. Le problème est de savoir comment ces tirs s’organisent et s’ils sont efficaces. » Et M. Boffy de souligner que « ce n’est pas le statut qui pose problème » puisqu’il n’empêche pas, chaque année, des dizaines d’autorisations préfectorales de tirs de défense, de tirs renforcés et de prélèvement.

D’où la question, qui revient en boucle : pourquoi ces tirs ne fonctionnent-ils pas ? Cette année, seuls neuf loups ont été abattus alors que la réglementation permet jusqu’à 36 prélèvements de loups. « La plupart des bergers ne veulent pas être armés, explique M. Laurans. Et d’ailleurs, qui voudrait voir des bergers armés en permanence dans les alpages ? Et ce n’est pas facile de trouver les loups, qui sont malins, qui se cachent dans les forêts. » Pour M. Patin, « ce n’est pas forcément aux bergers de se défendre. Pour nous, c’est à la société de répondre à ce problème, pour ne pas en faire peser les conséquences sur une seule profession. »


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