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La Poste

Gap : pourquoi recevez-vous votre courrier en retard ?

31 Oct 2014 - 12:34

Ce jeudi matin, au guichet du centre de tri de Fontreyne, un habitant de Romette s’est plaint de ne recevoir son courrier plus que deux fois par semaine. Ces protestations, les guichetiers peuvent les entendre jusqu’à une trentaine de fois par jour, parfois avec véhémence. Lundi soir, lors de l’assemblée générale de la CCI, deux femmes chefs d’entreprise ont dénoncé d’énormes retards quant à la distribution du courrier à Gap. L’une d’elles a même confié que de peur de ne pas voir son pli arriver à temps, elle mandatait une personne pour l’amener directement lorsqu’il s’agissait de candidater à une offre de marché public.

Pas plus de retards qu’avant, selon la direction de La Poste

Et pour cause, face à une baisse d’activité de 30%, La Poste entend réduire le nombre de tournées à Gap, « qui passeraient de 44 à 34 » au 1er décembre, mais il se pourrait que cette échéance soit reportée à janvier pour assurer une bonne distribution des colis de Noël. Sur 80 agents actuellement affectés à la distribution du courrier et à la gestion de la plateforme de Gap, il en restera 60 selon la direction de La Poste. « Ce seront des départs naturels non remplacés. », explique Jean-Marc Germain.

Selon FO, pour assurer la transition, La Poste aurait embauché 14 CDD qui auraient bien du mal à prendre leurs marques dans la mesure où ils feraient l’objet d’un fort turnover. Beaucoup de quartiers de Gap seraient donc desservis avec de grandes difficultés, comme Romette, Tokoro, Les Eyssagnières… La Poste, elle, soutient que ce n’est pas le cas et que les CDD sont là pour pallier les absences inopinées. D’ailleurs, pour la direction, il n’y aurait pas plus de retards qu’avant. « Tout le courrier est distribué, il n’y a pas de restes. » La direction affirme que la distribution du courrier à Gap fonctionne toujours selon une « organisation qui date de 2009 ».

Un autre fait expliquerait ces retards, selon FO : depuis deux ans, le courrier envoyé des Hautes-Alpes et à destination de ce même département transite par Marseille. Or, à en croire Jean-Marc Germain, secrétaire départemental FO pour La Poste, « la priorité n’est pas de diffuser le courrier à moindre flux. Les Hautes-Alpes ne représentent que 5% du trafic de la plateforme de Marseille ». Pour le syndicaliste, cela « pénalise les habitants, les entreprises et les administrations » et les « 100% de facteurs titulaires en grève samedi dernier l’ont bien compris au terme de leurs échanges avec la population ».

Ce que vit Gap en ce moment, d’autres villes du département l’ont déjà expérimenté. « Le nombre de facteurs a baissé de 15% dans les Hautes-Alpes : quatre postes ont été supprimés à Tallard il y a un an, quatre à Saint-Bonnet en août, trois à Chorges et à Embrun, deux à L’Argentière, il est prévu d’en supprimer trois à quatre sur Veynes », détaille Jean-Marc Germain.

« Il faudrait 38 tournées et non 34 » selon FO

La Poste avait affirmé il y a quelques jours que les charges de travail ne seraient pas plus importantes mais dimensionnées pour correspondre à la durée légale du temps de travail, sans aucun licenciement. « Il semble légitime pour une entreprise d’adapter son organisation à l’activité quotidienne à prendre en charge : quelle structure maintient le statu-quo dans ses organisations avec une variation d’activité de 30% ? » indiquait la direction de La Poste.

Les postiers gapençais ont rencontré la direction régionale mercredi, ce qui a donné lieu à une bataille de chiffres. FO estime que pour assurer un service correct, il faudrait 38 tournées et non 34. « Elles ont été déterminées par un logiciel qui se base sur la longueur des rues. Le nombre de courriers baisse, mais le territoire à couvrir est toujours le même. Officiellement, on restera sur la base des 35 heures comme précédemment. Mais on nous demande dans le même temps de faire 1,37 mètre par seconde au lieu d’1 mètre par seconde. Soit les facteurs assureront entièrement leur tournée et feront des heures supplémentaires gratuitement, soit ils seront dans l’obligation de ramener du courrier », fait observer le syndicaliste. La direction de La Poste affirme que « la réorganisation sera réévaluée à trois mois, puis à six mois. On pourra en ajouter si on constate qu’une tournée est surdimensionnée par rapport à une autre, ou si l’activité augmente ».

La députée Karine Berger a rencontré ce vendredi matin une délégation des représentants du personnel (CFDT, CGT et FO). La CGT et FO, en désaccord avec La Poste qui prévoit une baisse de trafic de 26% pour les deux années à venir, demandent, pour le calcul des nouvelles tournées, à « ce que ne soient pas appliquées les normes et cadences nationales, mais que l’on tienne compte des spécificités de notre département ». De son côté, la députée s’est engagée à interpeller La Poste « afin d’avoir les chiffres réels » et demander à ce que les organisations syndicales soient reçues « afin de relancer le processus de réorganisation avec des documents complets et conformes », explique la CGT dans un communiqué.


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