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14-18 mobilisation

1914-1918 : ce qu’il faut retenir de la Grande Guerre dans les Hautes-Alpes

C’est un ouvrage d’une exceptionnelle richesse qui vient d’être publié à l’initiative de Gaël Chenard, directeur des Archives départementales, sur la guerre de 14-18 dans les Hautes-Alpes. Depuis la mobilisation du 1er août 1914, qui a surpris nombre d’habitants du département peu au fait de l’actualité nationale et internationale, jusqu’au décompte des 4301 victimes haut-alpines, en passant par l’épisode du crash d’un zeppelin allemand à Mison, le recours à la main-d’oeuvre coloniale pour les usines de L’Argentière-la-Bessée, les hôpitaux temporaires, les réfugiés ou encore l’érection de 180 monuments aux morts, ce livre balaye de nombreux thèmes passionnants autour de la Grande Guerre et de ses multiples répercussions pour la population des Hautes-Alpes. Voici l’essentiel de ce qu’il faut en retenir.

Pour la plupart, les Haut-Alpins ignorent tout des bruits de guerre. Peu lisent la presse, et les journaux locaux, pourtant relativement nombreux, n’évoquent pratiquement pas la crise de juillet 1914. Il faut attendre le 30 juillet 1914 pour que Le Courrier des Alpes annonce une guerre imminente. L’ordre de mobilisation générale parviendra deux jours plus tard dans les mairies, prenant la population par surprise avant de susciter la stupeur.

14-18Dans un premier temps, les Haut-Alpins mobilisés sont affectés aux frontières avec l’Italie, dont la position est encore incertaine. 25.000 hommes sont ainsi affectés dans le Briançonnais, le Queyras et l’Ubaye. Quand l’Italie proclame sa neutralité, les unités alpines vont partir pour le nord-est du pays. 25.708 conscrits résident dans les Hautes-Alpes, et 6.353 à l’extérieur (les trois quarts dans un autre département, un quart à l’étranger), mais plus de 90% d’entre eux sont natifs du département.

Le départ de tant d’hommes a évidemment des conséquences pour l’activité économique, qu’il s’agisse de l’agriculture ou de l’industrie à L’Argentière-la-Bessée. Les femmes prennent en main les exploitations agricoles, souvent avec l’aide de leurs enfants, qui désertent l’école pendant les périodes de travaux. A la société électrométallurgique de L’Argentière, le départ des ouvriers français pour le front est compensé par le recrutement d’Algériens, de Tunisiens, d’Espagnols et d’Italiens, les autorités ayant refusé le recours à des prisonniers allemands pour une usine de guerre. Plusieurs mutineries se produiront, les ouvriers « coloniaux » contestant leurs salaires bien inférieurs entre autres revendications.

« Ce sont les humbles
qui accueillent des pauvres »

Le département doit aussi recueillir des blessés. Aux hôpitaux permanents de Gap, Briançon et Embrun sont adjoints des hôpitaux complémentaires dans ces mêmes villes, des hôpitaux auxiliaires et huit hôpitaux bénévoles de quelques dizaines de lits chacun. Plusieurs milliers de blessés sont ainsi accueillis et soignés dans le département, qui a « joué un rôle considérable pour soigner ces combattants blessés ». Parallèlement, quelque 3500 réfugiés seront également accueillis pendant la guerre. Ils proviennent du Nord et de l’Est de la France, mais aussi de Serbie, du Monténégro, d’Albanie et d’Autriche. Une colonie de 400 « Serbes » sera ainsi hébergée à Mont-Dauphin, certains étant scolarisés au lycée de Gap. Ce sont souvent les catégories sociales les moins aisées qui sont les plus solidaires : « Ce sont les humbles qui accueillent des pauvres », écrit le préfet de l’époque…

Monument aux morts ThéusA la fin de la Grande Guerre vient l’heure du souvenir. Peu de dépouilles des 4300 Haut-Alpins morts pour la France rejoindront le département. Entre le 21 mars 1921, date de l’arrivée à Veynes du premier convoi ferroviaire ramenant des soldats morts, et 1926, 283 dépouilles seront ramenées, soit moins de 7% des victimes. Pour les honorer, 180 monuments aux morts seront érigés dans les Hautes-Alpes entre 1919 et 1926. Pyramides (48%), statues sur piédestal (9%), plaques commémoratives (25%), chapelles funéraires au Monêtier-les-Bains et à Eygliers, ou encore la tour horloge élevée sur le mamelon du centre d’Aspres-sur-Buëch sont autant de manières de rendre hommage aux soldats de la Première Guerre mondiale.

Les 4301 victimes (soit 4,1% de la population) recensées par les auteurs de l’ouvrage avaient en moyenne 28 ans. La plupart étaient âgées de 20 à 26 ans. En proportion, la mort a d’abord frappé les campagnes. Alors que Gap, Briançon et Embrun représentaient 21% de la population, leurs pertes se sont limitées à 13%. A l’inverse, Risoul a été le bourg le plus touché avec 6,5% de sa population morts pour la France (39 pour 600 habitants), suivi de Saint-Etienne-en-Dévoluy (38 morts pour 591 habitants, soit 6,43%) et de La Grave (59 morts pour 962 habitants, soit 6,13%).

En dix ans, le département perd 15% de sa population
Seize enseignants, universitaires ou amateurs passionnés ont participé à la rédaction de cet ouvrage.
Seize enseignants, universitaires ou amateurs passionnés ont participé à la rédaction de cet ouvrage (photo Patrick Domeyne/CG 05).

61,9% des victimes sont mortes au feu tandis que 19,04% ont succombé à leurs blessures, 8,54% ayant disparu et 11,02% étant décédées de maladies (notamment la grippe espagnole). 21% ont été tuées en 1914, 29% en 1915 et 18% en 1916.

Entre les recensements de 1911 et de 1921, la population des Hautes-Alpes a chuté de 105.082 à 89.275 habitants, soit une baisse de 15%, soit la plus forte enregistrée dans les 77 départements français non occupés. Si l’exode rural et le déficit persistant des naissances expliquent aussi cette chute, il est évident que la Grande Guerre y a joué un rôle déterminant. Il faudra attendre 1982 pour que le département retrouve sa population de 1911…

  • Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes – Loin du front, la guerre de tous 1914-1918, collectif, sous la direction de Gaël Chenard et Pierre Spitalier, préface d’André Bach, aux éditions Privat (collection Destins de la Grande Guerre). 352 pages, 25€.
  • Rencontre-dédicace autour du livre « Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes », le mercredi 12 novembre à partir de 18h30 à la librairie-café «Au coin des mots passants», 15 rue Grenette à Gap.
  • Exposition « … Avec le temps… » consacrée au centaine de la Grande Guerre, au Musée Muséum départemental de Gap, jusqu’en avril 2015.

(Photos de l’exposition sur le centenaire de la Grande Guerre au Musée Muséum départemental de Gap : Patrick Domeyne/CG 05)


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