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Crash mortel d’un planeur à Vars : six mois ferme requis contre le pilote

Le procureur de la République, Raphaël Balland, a requis, ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Gap, une peine de dix-huit mois d’emprisonnement, dont douze avec sursis, à l’encontre de Richard Routhier, 56 ans, qui pilotait un planeur qui s’est écrasé le 1er août 2013 au col de Vars. Son passager, Arnaud Dujardin, 40 ans, était mort sur le coup. M. Routhier avait lui-même été sérieusement blessé dans le crash et a notamment perdu l’usage d’une main.

Le 1er août, vers 17h30, au terme d’un vol de deux heures et demie qui avait permis aux deux hommes de survoler les Ecrins puis les crêtes du Queyras, le planeur s’était écrasé à 2380 m d’altitude, près du col de Vars, alors qu’il volait près du sol. Le parquet reproche précisément au pilote d’avoir causé la mort de son passager en volant à une altitude très basse.

« Sur les crêtes, on travaille en parallèle à la pente avec les brises montantes », explique M. Routhier. « Au fond d’un vallon, il n’y avait plus de vent et nous avons piqué en prenant la perpendiculaire en direction de la vallée et de l’aérodrome de Saint-Crépin, comme le préconisent les règles de sécurité. Pour cela, on suit les courbes de niveau et on peut passer près du sol. »

Voilà pour le contexte. Pour les circonstances précises de l’accident, le pilote ne s’en souvient plus. « Je me suis réveillé à l’hôpital de Grenoble, en traumatologie », indique-t-il. « Je ne sais pas ce qui s’est passé. Ca fait huit mois que j’y pense, que je n’en dors pas, en pensant à sa famille, à Arnaud Dujardin. »

– « Quelle est l’envergure des ailes ? » interroge la présidente du tribunal, Isabelle Defarge.
– « Les ailes sont de 15 mètres environ, mais il n’y a pas eu de prise de risque », assure le prévenu.
– « Si vous volez à moins de 15 mètres, il y a bien un risque, ça paraît évident », objecte la présidente.
– « Pour descendre dans la vallée, il faut bien suivre la pente », se défend le pilote, qui souligne aussi qu’il « faut prendre des décisions rapidement. On n’a pas de moteur pour redresser la situation. »

Une famille qui randonnait dans ce secteur a témoigné que le planeur volait très bas, à quelques mètres seulement du sol. « Nous avons ressenti le souffle du planeur au-dessus de nous », a déclaré aux gendarmes une randonneuse.

Le pilote avait déjà été rappelé à l’ordre pour des vols à trop basse altitude

Un autre élément plaide contre le prévenu : le témoignage du chef-pilote de l’aéroclub de Saint-Crépin, M. Napoléon, qui a indiqué aux gendarmes qu’il avait rappelé à l’ordre M. Routhier à deux reprises pour des vols à trop basse altitude dans ce secteur, lui intimant de mettre un terme à de telles « excentricités ». Reste que l’aéroclub n’a pas pris d’autre mesure, comme l’a relevé l’avocat de la famille de la victime, qui n’a pas exclu d’engager sa responsabilité civile pour avoir « laissé le vol se dérouler malgré le danger ».

« On va discuter de la technique, mais, si nous sommes là, c’est bien parce qu’il y a un homme, du fait, a minima, d’une imprudence, a été tué », indique le procureur, Raphaël Balland. « Cette décision de commencer la descente vers la vallée à 2400 m d’altitude était dangereuse. Il n’a pas respecté les règles de l’air, qui imposent de voler à 150 m au-dessus du sol ou de l’eau, exception faite des planeurs qui effectuent des vols de pente, sous réserve de n’entraîner aucun risque pour les personnes ou pour les biens en surface. Quel plus grand plaisir que de raser le sol, de faire du rase-motte, mais il y a un risque ! » Le procureur justifie ses réquisitions d’une peine ferme en s’appuyant sur les précédents évoqués par le chef-pilote de Saint-Crépin : « C’est manifestement une violation délibérée des règles. L’adrénaline est plus forte que tout. »

« Fondamentalement, en vol de pente, on rase le sol », souligne le conseil de l’assureur du pilote. « A 20 mètres du sol, Est-ce qu’on est dans la violation de la règle ? Je ne le pense pas. »

« On ne peut pas voler en planeur en montagne si on n’utilise pas les courants de pente », assure Me Arnaud, avocat de Richard Routhier. « On vole à vue, on longe une crête en espérant une ascendance, mais tout se fait au feeling, au juger. L’altimètre ne donne pas la distance qui sépare le planeur du sol, et le variomètre indique si on monte ou si on descend. Si on ne peut plus monter, on part dans la pente. C’est bien clair qu’il n’avait pas assez d’altitude, mais est-ce une imprudence ? Votre tribunal le dira. Et si c’est le cas, est-ce qu’il mérite d’aller en prison pour cela ? Je ne le crois pas. »

Jugement le 22 mai.


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