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Le palais de justice de Gap (photo d'archives).Le palais de justice de Gap (photo d'archives).

Cour d’assises : les explications fluctuantes d’une mère infanticide

Saadia Abouhachem, cette concierge de 59 ans accusée d’avoir tué sa fille Marina, âgée de 18 ans, en l’étranglant avec la ceinture de son peignoir, le 8 août 2011 à Vars, a réitéré ses aveux, ce lundi, devant la cour d’assises des Hautes-Alpes. L’accusée encourt 30 ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu mercredi soir.

Le 8 août 2011, alors que Marina a été ramenée au domicile familial vers 22h30 par son petit-ami, une nouvelle dispute éclate avec sa mère. Celle-ci n’apprécie guère ce flirt avec un saisonnier de Vars. Pourtant, chaque fois que ce garçon vient chez la mère de son amie, il est bien accueilli. Mais il a su que, début juillet 2011, Saadia Abouhachem avait eu un accrochage avec Marina au sujet de cette relation. La mère aurait même exhibé un couteau, avant d’être désarmée par sa fille. Le 30 juillet, cette quinquagénaire, qui travaille à Vars depuis 30 ans, va même dégrader le pare-brise du garçon… Lors de la dispute du 8 août, Marina envoie un texto à son petit-ami pour lui demander de venir la chercher. « Tu es sûre ? » demande Jean. « Je te le confirme dans 5 minutes. » Ce sera le dernier texto envoyé par la jeune fille.

Elle ne répond plus aux SMS ni aux appels de son petit-ami, qui s’inquiète. Le 9 août au matin, la mère va acheter un billet de train pour Paris à la gare de Mont-Dauphin. Puis elle prévient le restaurateur qui emploie sa fille que celle-ci est malade et ne pourra pas venir travailler. Elle appelle aussi son propre employeur, en lui disant qu’elle doit partir en Suisse où son beau-frère serait décédé… Pendant quelques jours pourtant, elle va rester dans la région, vider ses économies à la banque et les envoyer à son fils, qui travaille à Marseille.

Jean s’inquiète pour sa petite-amie : il appelle tous les hôpitaux des Alpes du Sud, sans succès. L’employeur de Marina s’associe à ses recherches. Ils parviennent à joindre Karim-Thomas, le frère de Marina. Le 15 août, celui-ci signale la disparition inquiétante de sa sœur et de sa mère dans un commissariat de Marseille. Le lendemain, Saadia Abouhachem est retrouvée dans un hôpital de Lyon, où elle a été admise à la suite d’une tentative de suicide. Elle parle alors aux gendarmes d’une dispute qui a mal tourné. Puis, quelques heures plus tard, devant les gendarmes de la section de recherches (SR) de Marseille venus l’interroger, elle va avouer avoir étranglé sa fille et avoir dissimulé son corps dans le vide sanitaire de l’immeuble où elle travaille. Il sera retrouvé par les enquêteurs, caché sous une porte.

« Si vous pensez qu’elle est morte, pourquoi vouloir l’étrangler ? »

« Il y a eu une dispute, elle voulait me passer par la fenêtre », explique l’accusée.
– « Précision, l’appartement est au rez-de-chaussée », l’interrompt le président Jacob.
– « C’était une dispute plus forte que d’habitude. Mais je ne veux pas dire du mal de Marina… »
– « Il faut dire la vérité, rien que la vérité », lance le président. « Il n’y a que vous qui pouvez dire ce qui s’est passé. »
– « C’était je te pousse, tu me pousses. Il y a avait des insultes aussi. A un moment, elle commence à ouvrir l’armoire et à sortir ses affaires. Moi, je ne veux pas la laisser partir. Elle s’est mise ses genoux sur moi, elle me tirait les cheveux, et mes côtes ont craqué. Je lui dis : « Tu vois ce que tu fais à ta mère, t’as pas honte ? » Elle m’a dit : « J’en ai marre de cette vie. » Elle a pris un couteau et s’est taillé les veines. J’ai compris aussi que sa relation allait plus loin que je le pensais. Elle m’a dit : « Je couche depuis l’âge de 15 ans. Est-ce que tu me prends pour la Sainte-Vierge ? Je ne suis pas la Sainte-Vierge ! » J’ai essayé de prendre le couteau. On était sur le clic-clac. Elle a tapé la tête. Je me suis dit qu’elle était morte. C’est là que j’ai saisi ma ceinture. »
– « Si vous pensez qu’elle est morte, pourquoi vouloir l’étrangler ? »
– « Je voulais que ça soit dit que c’était moi qui avais fait ça. Je voulais pas que ce soit dit qu’elle s’était suicidée. »
– « C’est nouveau ! Je n’ai jamais lu ça dans toute la procédure ! Vous avez plutôt dit que vous vous vouliez que ça cesse », objecte le président Jacob.
– « C’est vrai que je voulais que ça cesse ces disputes. »

Saadia Bouhachem va également prétendre avoir passé la journée qui a suivi au côté du corps de sa fille, qu’elle avait préalablement transporté jusqu’au vide sanitaire, en la traînant dans le couloir et dans l’ascenseur. « Je me suis réveillée le soir à côté d’elle », assure-t-elle.
– « Ce n’est pas possible », remarque le président. « Le lendemain matin, à 8h15, vous étiez à la gare pour acheter un billet de train ! La machine en atteste. Et ensuite, vous avez téléphoné à son employeur et au vôtre. »

L’accusée dit aussi avoir voulu se suicider dans le vide sanitaire « pour partir avec (sa) fille », à la suite du meurtre. Puis avoir voulu le faire en plongeant dans un lac au col de Larche et en projetant de se tailler les veines chez sa sœur, qu’elle avait rejointe en Suisse. Tout en déclarant à cette dernière qu’elle ne pouvait « pas revenir en France » où elle serait incarcérée, sans en préciser les raisons. « J’ai pas le souvenir », lâche-t-elle. Au final, elle va se tailler les veines « mais le sang ne coulait pas »…

« Tu m’écœures, t’es une garce sans cœur », aurait-elle lancé à sa fille le soir de sa mort

Tout comme elle conteste avoir dit à Marina, comme cette dernière l’écrivait le soir du meurtre dans des textos à son petit-ami Jean : « Tu m’écœures, t’es une garce sans cœur. » « Je ne sais pas ce que j’ai dit. Elle a dit ça pour se faire plaindre, je parle pas comme ça. »

La défense met en avant le fait que Saadia Abouhachem était en pleine dépression. Le 30 juillet, huit jours avant la mort violente de sa fille, elle avait même appelé le 15 et son médecin traitant s’était entretenue pendant plus d’une heure avec elle. « Je l’ai vue au fond du trou », indique cette femme docteur, qui va recueillir « des confidences très lourdes à porter sur son enfance ». A savoir qu’elle aurait accompagné sa mère alors que celle-ci se prostituait et qu’elle aurait été violée à deux reprises. Et l’attitude de sa fille aurait alors renvoyé cette femme née au Maroc aux démons de son enfance.

Ce mardi sera d’ailleurs largement consacré aux auditions des experts psychiatres et psychologue, des témoins de personnalité et du fils de l’accusée (et frère de la victime) pour tenter de mieux cerner le psychisme de cette femme que tout Vars décrit « serviable, honnête et travailleuse ». Et qui est accusée d’avoir tué sa fille de 18 ans, un soir d’août 2011, en l’étranglant avec la ceinture de son peignoir.


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