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Tribunal (4)

Cour d’assises : « C’est un geste que je ne peux pas expliquer »

La cour d’assises des Hautes-Alpes est revenue ce mardi matin sur les circonstances dans lesquelles Saadia Abouhachem est accusée d’avoir tué sa fille de 18 ans, Marina, le 8 août 2011 à Vars.

– « Pourquoi l’étrangler ? » interroge le président Jacob.
– « Vu l’ampleur de la bagarre, je voulais qu’on parte toutes les deux », répond l’accusée.
– « C’est elle que vous avez étranglée ! »
– « Je l’avoue, oui, je l’ai étranglée. Pour moi, c’était plus la peine de vivre. »
– « Vous parlez de dispute », enchaîne le président. « On a vu avec le médecin légiste qu’il y avait une concentration de coups notamment sur le visage (œil au beurre noir, hématomes) alors que, pour vous, on ne parle que d’ecchymoses, c’est-à-dire de bleus… »
– « Je ne me suis plus contrôlée, elle non plus. Je ne peux pas faire marche arrière. Je ne peux pas l’expliquer. »
– « Pourquoi l’avoir étranglée si elle était inconsciente, comme vous le dîtes ? »
– « C’est un geste que je ne peux pas expliquer. J’ai perdu un peu mon discernement. Quelque part, je n’ai pas accepté qu’on en arrive là. C’était la seule personne que j’ai aimée, que j’ai eue dans ma vie. Je lui ai tout donné. Je me suis projetée sur elle. Je suis fière d’elle. Il y a des choses que je ne comprends pas moi-même », lâche-t-elle, avec des accents d’émotion, qui restent relativement rares de sa part.

Pour Saadia Abouhachem, « le comportement (de sa fille, NDLR) avait changé depuis 2010. C’était plus la même. Il y a quelque chose qui est arrivé, je ne sais pas quoi. »
– « Tout s’est bien passé avec elle tant qu’elle était comme vous le vouliez », tente Me Corinne Pellegrin, conseil du père de Marina, partie civile.
– « Comme elle se comportait, ça me renvoyait à une autre personne », indique l’accusée.
– « A qui ? »
– « A ma mère. »

L’explication en arrivera quelques instants plus tard, avec la déposition, par visioconférence, du Dr Bissuel, l’expert psychiatre qui a examiné Mme Abouhachem. L’accusée a en effet confié au psychiatre qu’elle pensait que sa mère s’était prostituée alors qu’elle-même était adolescente, au Maroc. Mais aussi qu’elle avait été violée à 13 ans par le père d’une famille française à laquelle elle avait été confiée, puis, jeune adulte, alors qu’elle sortait un soir au Maroc. Saadia Abouhachem va dire à l’expert : « Pour moi, les talons, les sacs à main, le parfum, c’étaient les putes ! » Pour le psychiatre, « la peur pour sa fille était à la mesure de ce qu’elle dit avoir vécu dans sa jeunesse. On était dans un enchaînement mortifère. Elle était incapable de supporter la transformation de sa fille en femme. C’était une sorte d’orage intérieur. Elle ne pouvait pas supporter de voir sa fille se séparer d’elle. »

Saadia Abouhachem l’a dit, ce mardi matin, au président de la cour d’assises, pour tenter d’expliquer son geste : « Je ne voulais pas qu’on dise qu’elle s’était donné la mort parce qu’elle ne voulait plus vivre avec sa mère. »

Ce mardi après-midi, ce sont notamment les témoins de personnalité de l’accusée qui sont appelés à la barre, ainsi que son fils, Karim-Thomas, le demi-frère de Marina.


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