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L'avocate générale, Emmanuelle Porelli, a requis quinze ans de réclusion contre Saadia Abouhachem pour le meurtre de sa fille de Marina.L'avocate générale, Emmanuelle Porelli, a requis quinze ans de réclusion contre Saadia Abouhachem pour le meurtre de sa fille de Marina.

Infanticide de Vars : la mère condamnée à 15 ans de réclusion

La cour d’assises des Hautes-Alpes a condamné, ce mercredi après-midi, Saadia Abouhachem, une gardienne d’immeuble de 58 ans, à quinze ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa fille Marina, 18 ans. Les faits avaient été commis le 8 août 2011 à Vars, lors d’une dispute entre la fille et sa mère, dans la loge de cette dernière. L’accusée n’a pas réagi à l’énoncé du verdict, prononcé au terme de deux heures et demie de délibéré.

La cour d’assises a suivi les réquisitions de l’avocate générale, Emmanuelle Porelli, qui avait demandé une peine de quinze ans de réclusion criminelle, ce mercredi matin. La représentante du ministère public avait déclaré tenir compte de l’altération du discernement retenu par l’un des experts psychiatres.

L'avocate générale, Emmanuelle Porelli, a requis quinze ans de réclusion contre Saadia Abouhachem pour le meurtre de sa fille de Marina.
L’avocate générale, Emmanuelle Porelli, a requis quinze ans de réclusion contre Saadia Abouhachem pour le meurtre de sa fille de Marina.

L’avocate générale a repris l’enchaînement des événements dans les 48 heures précédant la mort de Marina. Le samedi 6 août, à 23h50, Saadia Abouhachem va ainsi casser le pare-brise et rayer la voiture de Jean, le petit-ami de sa fille. Le lendemain, « elle va passer sa journée à conforter sa position de victime, en appelant une amie pour se plaindre, à demander à un autre d’imprimer des photos de ses blessures lors d’une dispute avec sa fille, un an auparavant ». Puis Mme Porelli a détaillé les constations du médecin légiste sur le corps de Marina, relevant 34 blessures, dont 9 sur le visage. « Quand Saadia Abouhachem dit qu’elle ne faisait que se défendre, non, c’est elle qui a attaqué parce qu’elle était furieuse que sa fille ait eu des rapports sexuels. » Et l’avocate générale mime le geste fatal : « A califourchon sur sa fille inconsciente, elle saisit la ceinture de son peignoir, la passe autour du cou et serre. Elle n’a jamais voulu laisser la vie sauve à sa fille, il faut que ce soit bien clair. » Mme Porelli va ensuite observer un silence interminable de 30 secondes, avant d’enchaîner : « Il faut deux à trois minutes pour qu’elle meure, selon le médecin légiste. »

Pour Emmanuelle Porelli, « la tension était retombée puisque sa fille était inconsciente. Elle avait le temps de réfléchir. Ce n’est pas un crime passionnel, ni un accident, ni de la légitime défense. C’est un meurtre. » Le ministère public considère que, « à aucun moment, Saadia n’a eu de l’empathie pour Marina, audience comprise. Pourquoi? Parce que sa fille est le prolongement d’elle-même. C’est pour ça qu’elle ne peut pas culpabiliser car elle ne la conçoit pas comme un être à part. »

Auparavant, Me Corinne Pellegrin, conseil du père de Marina, partie civile, avait reconnu que son client « n’avait pas été le père idéal et avait sans doute déçu sa fille », mais il estimait indispensable d’être là « pour qu’on parle un peu de Marina ». Car l’accusée, « qu’on vous a décrite comme une femme admirable, courageuse, exceptionnelle, a tué sa fille ». Si elle n’a pas exclu que la jeune femme ait pu « se cogner la tête contre la table de nuit par accident, dans la dispute », Me Pellegrin a relevé « qu’on aurait pu en rester là. Alors que Marina est évanouie, selon ce que nous dit Mme Abouhachem, elle décide de mettre fin aux jours de sa fille. Ensuite, il n’y a pas de panique. Il y a au contraire une certaine logique. Il faut faire table rase de tout ça. On met Marina dans un vide sanitaire car on sait que personne n’y va. Elle va y rester plusieurs jours. Ce sont des faits objectifs. Ils montrent sa volonté de tuer sa fille. » Le conseil de la partie civile va terminer sa plaidoirie par ces mots : « Pleurer sa fille est pour Mme Abouhachem beaucoup plus facile que d’accepter qu’elle s’éloigne. Pour Marina, la liberté, c’est fini. »

Me Corinne Pellegrin, conseil de la partie civile, et Me Michel Roubaud, l'un des avocats de Saadia Abouhachem.
Me Corinne Pellegrin, conseil de la partie civile, et Me Michel Roubaud, l’un des avocats de Saadia Abouhachem.

« La plus importante des condamnations, c’est elle qui se l’est infligée »

Pour la défense, la première avocate a insisté sur la psychologie de l’accusée, en récitant un extrait du poème d’Aragon, « Aimer à perdre la raison ». Pour Me Escat, « c’est un crime d’empathie, un court-circuit, un acte qui ne passe pas par la case raison ».

Durant une heure et demie, Me Michel Roubaud a souligné que « la suppression de la vie, de son bonheur de vivre aussi, cela ira bien au-delà de la peine que vous pourrez prononcer ». L’avocat de Carpentras est bien sûr revenu sur la jeunesse traumatique de l’accusée et sur « la trace indélébile de ce qu’elle a vécu. Tout cela a modifié son comportement et explique son geste ». Pour Saadia Abouhachem, « rien n’était prévisible. On est dans une situation où, à un moment donné, l’humain perd pied, où la raison commence à manquer. » Me Roubaud estime que sa cliente « était en dépression. Elle ne souffrait pas que sa fille parte mais de la peur du désamour. Nous étions dans ce huis-clos tragique où chacune a dû faire part de son désamour, où elle a vu sa fille en sang. » L’avocat de demandé la clémence des jurés : « La plus importante des condamnations, c’est elle qui se l’est infligée. Ne l’effacez pas de la vie. »

Lors de l’audience civile qui a suivi, la cour d’assises a accordé l’euro symbolique de dommages-intérêts au père de Marina, et 3.000 € au titre de ses frais d’avocat.


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