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ligne à haute tension

Haute-Durance : la future ligne à très haute tension va-t-elle alimenter l’Italie ?

Les opposants au projet de lignes à très haute tension porté par RTE dans la Haute-Durance ont profité des assises du tourisme qui se tenaient à Gap ce jeudi pour manifester. Ils demandent l’enfouissement total des lignes par RTE dans un département qui vit majoritairement du tourisme. Ils ont également révélé un courrier du directeur général d’Enel France (l’équivalent d’EDF en Italie), qui confirme un projet de son entreprise de réaliser une ligne souterraine France-Italie dans le Briançonnais.

Plusieurs dizaines de manifestants ont dénoncé le projet Haute-Durance de RTE, ce jeudi matin, devant le Quattro à Gap.
Plusieurs dizaines de manifestants ont dénoncé le projet Haute-Durance de RTE, ce jeudi matin, devant le Quattro à Gap.

Pour rappel, le projet Haute-Durance de RTE, d’un montant de 230 millions d’euros, prévoit de supprimer 206 km de réseau électrique vieillissant entre le Gapençais et le Briançonnais, dont l’ancienne ligne de 150.000 volts, la construction de deux lignes aériennes de 225.000 volts et une réorganisation du réseau à 63.000 volts. Selon Gérard Robinot, directeur de projet pour RTE, la moitié des lignes sera enfouie et l’autre moitié aérienne. « L’aérien sera positionné dans des endroits reculés tandis que le souterrain sera là où il y a un cadre de vie, une attractivité touristique ». Par exemple sur les balcons de Serre-Ponçon, dans la vallée de la Guisane, dans les cols du Lautaret et du Galibier, à Mont-Dauphin… « Nous ne pouvons pas tout enfouir car en termes de coût, cela revient à deux voire trois fois plus cher. Et le souterrain ne concerne que les lignes à 63 000 volts car ce sont celles qui sont situées au plus près du cadre de vie », ajoute M. Robinot.

L’association Avenir Haute-Durance, qui milite pour l’enfouissement total de ces lignes, avance d’autres chiffres. « Selon notre expert, l’enfouissement coûte 1,2 fois plus cher à la construction mais pas à l’entretien quand on considère les dégâts causés par le vent, la neige, les glissements de terrain, les chutes de pierres sur les lignes aériennes », oppose Jean-Marc Aurouze, vice-président de l’association. Pour lui, « ces 320 pylônes » n’ont que des désavantages : « Le GR 50 sera coupé 16 fois par ces lignes et des zones de parapente seront elles aussi touchées. Les captages d’eau en aval des lignes pourront aussi être pollués par les travaux », argumente-t-il. A cela, Gérard Robinot répond : « On ne va pas faire exprès de mettre un pylône en plein milieu d’une zone de captage ; on n’a aucun intérêt éthique, technique ou financier à faire cela. Les services de l’Etat et de l’Agence régionale de santé, qui valident les dossiers, nous l’interdiraient. »

Jean-Marc Aurouze a l’impression que les « élus sont sourds. Ils ne voient que l’emploi. Il se trouve que les entreprises locales n’auront que peu de débouchés alors qu’elles en auraient davantage avec l’enfouissement ».

Pourquoi Enel a sollicité RTE

Les manifestants ont distribué ce jeudi une lettre en date du 27 mai dernier du directeur général de la filiale française d’Enel, principal producteur d’énergie électrique d’Italie, dans laquelle il confirme qu’Enel « est encore en train de développer, en partenariat avec une entreprise électro-intensive italienne, un projet de ligne entièrement enterrée entre l’Italie et la France, dans la vallée de la Haute-Durance ». Il poursuit : « Aujourd’hui, nous sommes en train de vérifier la meilleure solution de connexion au réseau électrique français, prenant en compte le projet de restructuration du réseau électrique de la Haute-Durance prévu par RTE; dans cette optique, nous avons pris des contacts avec le gestionnaire du réseau électrique français ». Selon Avenir Haute-Durance, si ce projet venait à se faire, il rendrait l’enquête publique du projet de RTE nulle. « Nous ne sommes pas contre le fait qu’on échange de l’électricité avec l’Italie, mais pas en défigurant nos vallées. »

RTE confirme avoir été sollicité pour accueillir le projet de ligne privée d’Enel sur le réseau Haute-Durance. Car il se trouve qu’en Italie, le gouvernement accorde aux grands industriels des tarifs préférentiels à condition qu’ils financent les interconnexions privées. Assez peu aboutiraient. A vrai dire, le projet d’Enel est très différent d’une interconnexion transfrontalière classique qui a pour vocation à apporter un secours mutuel aux deux pays concernés (comme la ligne actuellement en projet entre le Piémont et la Savoie où transiteront plus de 2000 MW). Dans ce cas précis, la ligne ne fonctionnerait que dans le sens France-Italie pour répondre à la consommation électrique des grands industriels italiens. RTE explique avoir rendu une étude sommaire à Enel il y a un an où il serait indiqué que le projet de restructuration des lignes Haute-Durance est conçu pour les besoins exclusifs du territoire et que si Enel menait à bien son projet, il faudrait ajouter une autre ligne qui serait à la charge du producteur. Enel n’a pas donné suite, selon RTE. « Le ratio technico-économique n’est peut-être pas au rendez-vous », suppose-t-on à la direction de RTE.

Reste qu’à en croire la teneur de la lettre de son directeur général en France, le projet d’Enel est toujours d’actualité.


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