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Rythmes scolaires : Gap demande un délai, mais « ne se mettra pas dans l’illégalité »

La majorité municipale a demandé un moratoire d'un an. L'opposition a refusé de participer au vote d'une délibération qu'elle juge "illégale".
La majorité municipale a demandé un moratoire d’un an. L’opposition a refusé de participer au vote d’une délibération qu’elle juge « illégale ».

Au terme d’un débat de près de deux heures, le conseil municipal de Gap a approuvé, ce vendredi après-midi, la délibération demandant un délai supplémentaire d’un an pour mettre en œuvre la réforme des rythmes scolaires dans les écoles de la ville. Seuls les élus de la majorité ont participé au vote. Les sept élus de l’opposition présents n’ont pas pris part au vote, dénonçant un texte « illégal ».

Le maire de Gap, Roger Didier, a estimé que « cette réforme n’est pas mise en œuvre dans le bon ordre », considérant que la réforme des programmes aurait dû la précéder. « Il fallait effectivement revoir les programmes », a ajouté son premier adjoint en charge de l’éducation, François Daroux. « Cette réforme partait bien mais la précipitation et le manque de concertation ont fait qu’on est allé à marche forcée. »

Karine Berger : « Pensez-vous que la République se brade ? »

« Ne commettez pas l’irréparable » a lancé Karine Berger (PS) aux élus de la majorité municipale. « Vous n’avez pas la possibilité d’intervenir sur les rythmes de l’école, qui sont de la responsabilité de l’Etat. Pensez-vous que la République se brade? Cette délibération est illégale. Nous vous demandons de la retirer. » Bernard Jaussaud (PS) a abondé dans ce sens : « Ce qui se passe aujourd’hui est grave, car on viole la loi. Pendant cette campagne municipale, M. le maire, vous avez organisé des réunions tardives, vous avez interpellé les conseils d’école, les parents, afin de faire des propositions. Et vous vous asseyez dessus! Vous avez lancé une consultation auprès des parents, c’était une manière de les prendre en otages. »

Jean-Claude Eyraud : « Pourquoi avoir pris autant de retard ? »
Karine Berger, Bernard Jaussaud, Jean-Claude Eyraud et Guy Blanc ont tour à tour demandé au maire de retirer sa délibération. Sans succès.
Karine Berger, Bernard Jaussaud, Jean-Claude Eyraud et Guy Blanc ont tour à tour demandé au maire de retirer sa délibération. Sans succès.

Même écho du côté de Jean-Claude Eyraud (groupe Gauche-Tous capables), qui a aussi demandé le retrait de cette délibération « irrecevable ». « Vous vous étiez engagé à mettre ces rythmes en œuvre, à solliciter les associations et à proposer des activités périscolaires de qualité et gratuites. Vous deviez donner le cadre horaire le 20 février. On va se les faire imposer par le Dasen (Directeur académique des services de l’Education nationale). Le Dasen vient d’écrire aux écoles pour leur dire qu’il arrêterait les horaires définitifs après la réunion de CDEN (Conseil départemental de l’Education nationale) le 1er juillet. Pourquoi avoir pris autant de retard? J’espère que ce n’est pas pour des raisons politiciennes. »

Tout en regrettant que le temps scolaire soit insuffisant à ses yeux, Guy Blanc (divers gauche) a lui aussi regretté qu’on « discute le bout de gras sur le dos des enfants. Ne tergiversez pas! N’essayez pas de jouer au village gaulois retranché. Soyez heureux de cette compétence nouvelle dans l’éducation des enfants. »

Fait inhabituel, plusieurs conseillers municipaux de la majorité, pour la plupart enseignants ou anciens enseignants, ont participé au débat. Jean-Michel Mora, Jérôme Mazet ou Claude Boutron ont défendu leur droit à contester un décret et la « légitimité de cette délibération ». Et François Daroux est revenu à la charge : « Je ne vois pas l’intérêt d’engager cette réforme avant celle des programmes. Il y a 15 à 20% des enfants qui sortent du primaire sans savoir compter ou lire! »

Face à une majorité municipale qui semble remettre en cause le principe même de la réforme des rythmes scolaires, Jean-Claude Eyraud a rappelé que « nous ne sommes ni au Conseil supérieur de l’éducation, ni à l’Assemblée nationale, ni au Sénat, mais au conseil municipal de Gap! Quand on prend des engagements comme premier magistrat de la ville, on les tient! A onze jours de la réunion du CDEN, on est là à débattre d’un nouveau moratoire. Je suis catastrophé. Il faut essayer de trouver la sortie de cette crispation par le haut. Ce sont les enfants qui vont en faire les frais. »

Roger Didier : « Arrêtez d’affoler les parents ! »

Au terme des ces échanges, Roger Didier a précisé sa vision de la rentrée. « La ville ne se mettra pas dans l’illégalité », a-t-il asséné. « Si le Dasen met ces horaires en application, nous ne nous y opposerons pas. Pouvez-vous penser un seul instant que nous n’ouvririons pas les écoles le mercredi matin? » Le maire de Gap a précisé que le Dasen « a en main les horaires proposés par les conseils d’école, nous verrons s’il les respectera. Nous ferons en sorte que les parents ne soient pas doublement pénalisés. Ils auront le choix de venir chercher les enfants à 15h45 ou de bénéficier d’une garderie ou d’activités périscolaires. »

M. Didier a souligné que « nous pratiquons déjà le périscolaire », évoquant « la quinzaine d’éducateurs nautiques ou terrestres mis à disposition par la Ville à raison de 6000 heures par an » ou encore la ludothèque du CMCL, « qui bénéficie à un certain nombre d’écoles, y compris hors de Gap, certains après-midi, dans le cadre du temps scolaire ». « Arrêtez d’affoler les parents », a rétorqué le maire à l’opposition. « Nous ne baissons pas les bras puisque notre délibération traduit ce que plus de 80% des parents gapençais pensent de cette réforme. Mais nous assumerons une étude, une cantine, des transports vers les activités. Encore faut-il qu’on nous le demande. Mais cette rentrée se passera dans les meilleures conditions. »

Il reste cependant beaucoup d’inconnues sur ce qui se passera après 15h45 à la rentrée prochaine dans les écoles de Gap, et sur la participation financière éventuelle qui pourrait être demandée aux familles.


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