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Haut Gap

Haut-Gap : le maire veut raser le quartier pour le reconstruire « à l’horizontale »


Outre le budget primitif 2015, la signature du contrat de ville 2015-2020 a été le deuxième gros dossier du conseil municipal de Gap, mercredi soir.

Par décret du 3 juillet 2014, le Haut-Gap est devenu LE quartier prioritaire, et les quatre autres précédemment bénéficiaires du Cucs (contrat urbain de cohésion social), à savoir centre-ville, Molines/Saint-Mens, Fontreyne et Beauregard, sont des quartiers de veille. La plupart des efforts se concentrent donc désormais sur le Haut-Gap. Pourquoi ? Selon des études, les écarts entre le niveau de vie du Haut-Gap et de l’agglomération sont très importants. « Ils sont la conséquence de sa spécificité au regard du taux de chômage, des structures familiales, de la part des emplois précaires, de celles des différentes catégories socioprofessionnelles », dit la délibération. D’ailleurs, une étude du cabinet Territori réalisée fin 2014 révèle que « la place Bonneval est vécue comme insécurisante et anxiogène », que « certains habitants redoutent le développement de toutes sortes de communautarisme, d’autres évoquent la paupérisation du quartier, les abords délaissés et sales, la végétation à l’abandon et la nécessité d’aménagements de qualité au pied des immeubles ».

« On est au début d’une procédure qui devrait à terme jouer sur l’emploi, l’insertion, la délinquance, l’accompagnement social, l’aménagement urbain avec une toute nouvelle architecture en matière d’habitat », résume le maire Roger Didier. Il entend, sur ce dernier point, ne pas faire les choses à moitié, en rasant le quartier pour le reconstruire, « passer d’une architecture verticale à horizontale » afin qu’il se « fonde avec les maisons de Bonneval et de la rue Mauzan ». Bref, en faire « un quartier d’excellence où les gens voudraient s’installer ».

« Encore faut-il que le projet aille dans ce sens et que l’on obtienne la totalité des financements », tempère Bernard Jaussaud (PS). Jean-Claude Eyraud (groupe Gauche), lui, est inquiet pour les quatre autres quartiers dits de veille. « Mon souci, c’est que tout le travail fait ne soit pas perdu en route. »

« On a une opportunité, il faut la saisir.
Sinon, un jour, on ne va pas comprendre
ce qui nous tombe sur la tête. »

Cette délibération résonne particulièrement dans un contexte post-attentats où reviennent les sempiternels débats sur l’éducation, les banlieues, où l’on s’interroge sur la manière dont ces jeunes ont pu passer à l’acte en épluchant leur environnement social. Guy Blanc (divers gauche) évoque un article du Monde qui affirme que tous les plans banlieue qui se sont succédé depuis le premier en 1977 ont échoué. « Par petites touches et à grands coups de milliards, on a peut-être évité la catastrophe mais pas résolu le problème », estime le conseiller municipal, qui, « sans jouer les Cassandre », souhaite « tempérer votre enthousiasme ». Il signale d’ailleurs que les quartiers de Gap sont loin de ressembler aux banlieues des grandes villes.

« Je ne peux pas partager ce point de vue, lui rétorque le maire. Penser en anciens combattants, ce n’est pas une solution pour vivre l’avenir sereinement. La vigilance, ce n’est pas dans 10 ans qu’il faudra en faire preuve : il faut travailler maintenant sur l’emploi, la santé, le logement, la délinquance. Il ne faut pas dire que Gap c’est de la bricole par rapport au reste. » Jean-Claude Eyraud se range du côté de la majorité. « Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec le maire. Il est temps de s’occuper de ces quartiers prioritaires. On a une opportunité, il faut la saisir. Sinon, un jour, on ne va pas comprendre ce qui nous tombe sur la tête. »

Guy Blanc précise alors sa pensée : « Je ne dis pas qu’il ne faut rien faire, je dis que ce qu’on a fait jusqu’à présent n’était peut-être pas la bonne façon d’agir et peut-être pas suffisant. »

Mais le maire persiste et compare l’opération du Carré de l’Imprimerie à celle du Haut-Gap, qui visent finalement les mêmes buts. « Le projet du centre-ville va apporter l’arrêt de la paupérisation, là où résident des couples éclatés, des familles monoparentales, des personnes qui vivent de minimas sociaux. On veut stopper l’hémorragie médicale, maintenir la culture en centre-ville, créer du logement, maintenir le commerce à flux quotidien. Quand la délinquance prend le pas sur l’activité commerciale, qui prend le problème en main ? », s’interroge Roger Didier.

Le Haut-Gap en chiffres
1.150 habitants (2,7% de la population de Gap)
554 logements (- de 3% des résidences principales de la commune)
472 appartements et 80 maisons
64% de locataires (contre 47% à Gap)
313 logements sociaux (10% du parc locatif social de Gap)
Revenu médian : 11.100€ (contre 18.114€ à Gap)
Taux de pauvreté de l’iris Rochasson-Bonneval : 27 % (contre 14% à Gap)

(Photo satellite Google)


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