Partager sur Facebook Twitter Partager sur Google Plus
Le train de nuit Paris-Briançon.Le train de nuit Paris-Briançon.

La pérennité du train de nuit est-elle assurée ? Elements de réponse

7 Fév 2015 - 16:15


La pérennité du train de nuit Paris-Briançon était l’autre sujet évoqué au cours de la réunion sur la ligne des Alpes organisée par le député Joël Giraud et le vice-président de la Région délégué aux transports Jean-Yves Petit, vendredi. A leurs côtés, le vice-président de la Région Bernard Jaussaud, des représentants de SNCF mobilité et de SNCF réseau (RFF). L’assemblée composée d’usagers, d’élus, de représentants de collectifs de défense du train, de syndicats de cheminots et autres associations, a pu leur poser des questions très concrètes.

L’avenir du train de nuit Paris-Briançon est entre les mains du gouvernement qui prendra une décision une fois que la commission présidée par le député Philippe Duron sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire aura rendu son rapport courant mai.

Philippe Duron s’est déplacé en personne à la Région pour écouter l’argumentaire des uns et des autres sur l’intérêt de conserver ce train de nuit. « Il est reparti avec les yeux nettement plus ouverts », affirme Jean-Yves Petit. « Je veux partager le même optimisme après sa venue », corrobore Joël Giraud. Un membre du collectif citoyen de défense du val de Durance freine cet enthousiasme en rappelant « le rôle purement consultatif » de cette commission.

« Certes, ce pays traverse une difficulté budgétaire mais ce serait dramatique de ne raisonner que selon cette logique comptable, d’autant plus que la part déficitaire des trains d’équilibre n’est que de 30%, ce n’est pas dramatique. C’est cela qu’a compris Philippe Duron », précise Jean-Yves Petit.

Un représentant de SNCF intercités dégaine les chiffres : « Le train de nuit, ce sont des allers-retours quotidiens renforcés en période scolaire parisienne (+ 19 trains sur un mois dès le week-end prochain), un volume de passagers de 112.000 personnes, un taux d’occupation à 48% et au global, une régularité à 87% sur l’année 2014 avec quelques mauvaises performances. » Car ce train connaît beaucoup de difficultés du fait de la vétusté de ses locomotives, et bientôt de ses voitures, et des problèmes de réservation de divers ordres.

Les groupes privés de train de nuit ?

« Samedi, commencent les vacances scolaires et on ne voudrait pas connaître le même bordel que le 27 décembre dernier (un train bloqué entre Mont-Dauphin et Briançon pendant plusieurs heures) avec des motrices à bout de souffle », lance Joël Giraud qui ajoute que plusieurs TER Valence-Briançon ont été supprimés du tableau horaire pour les vacances car trop fréquentés. « Ça n’arrange pas les choses ! Il faudrait plutôt adapter leur capacité. »

Le député se demande aussi « pourquoi les groupes scolaires ont été interdits de voyager de nuit. C’est compliqué de voyager de jour avec les correspondances. Les centres de vacances ont de moins en moins de monde à cause de ça. » Un membre de l’assemblée ajoute que cette situation est valable pour les groupes de manière générale. Un représentant de SNCF intercités leur répond que les trains de nuit sont accessibles aux groupes sauf en période de pointe, mais reconnaît des dysfonctionnements dans les réservations cette année. Et la politique de la SNCF est « de ne pas mettre de train en vente tant qu’on n’est pas sûr d’avoir le sillon ». Pour un membre de l’assemblée, la SNCF ne donne pas la possibilité pour les groupes scolaires de réserver assez tôt. « Avouez que ce type de public n’est pas rentable et pose des soucis techniques ! »

Les nouvelles locomotives mises en service en 2016… mais pas sans problèmes

Le train de nuit est également victime de l’obsolescence de son matériel. Pour l’heure, les trains sont équipés de locomotives BB 67400 diesel très anciennes. « Leur durée de vie était de 40 ans, ce qui nous amenait à 2011, expose le représentant de la CGT cheminots de Veynes Franck Gatounes. C’est aberrant qu’on n’ait pas anticipé ou alors c’était un choix délibéré de supprimer les trains de nuit ! », s’indigne le conducteur de train. Une personne dans l’assemblée signale que le même problème va se poser en 2018-2020 pour le matériel remorqué.

Ces vieilles locomotives devaient être remplacées par de plus récentes, les BB 75.300, issues du fret (en perte de vitesse et qui a désormais trop de locomotives). Le hic : « On ne les enclenche pas sur la ligne car elles sont incompatibles avec le réseau », justifie le représentant de SNCF intercités. Les problèmes liés à leur gabarit devraient être réglés fin 2015 selon le directeur régional de SNCF réseau Jacques Frossard. Dans les Hautes-Alpes, vingt-deux quais nécessitent d’être rabotés. « L’opération n’est pas spectaculaire, mais elle est bruyante et se déroule la nuit », ajoute-t-il. De même, certaines portions, dont trois ouvrages d’art, incompatibles avec ces nouvelles locomotives, nécessiteront de rouler à 30 km/h. Joël Giraud craint que cette donne ne retarde encore le trafic des TER. « Nous sommes en train de mesurer les impacts. Mais les BB 75.300 permettront de récupérer du temps de retard », pondère Jacques Frossard.


+ Sur le même sujet...