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Conseil général 140215 (6)

Hautes-Alpes : pourquoi le département est-il autant endetté ?

En ouverture de cette dernière session de la mandature, le président Michel Roy a rendu hommage aux conseillers généraux qui ne se représentent pas.
En ouverture de cette dernière session de la mandature, le président Michel Roy a rendu hommage aux conseillers généraux qui ne se représentent pas.

L’endettement du département des Hautes-Alpes est à ce jour de près de 170 millions d’euros et devrait atteindre 192,37 M€ en 2015, si le Conseil général réalise le nouvel emprunt prévu à hauteur de 22,58 M€ et approuvé ce vendredi lors du vote du budget primitif 2015. L’encours de la dette était stabilisé ces quatre dernières années autour de 170 M€, mais il a connu une spectaculaire augmentation entre 2007 et 2010, passant de 32,3 M€ en 2007 à 163,7 M€ en 2010.

Cet endettement a été au coeur des débats, ce vendredi, au Conseil général, où majorité et opposition se sont renvoyé sa responsabilité. Patrick Ricou, vice-président aux Finances, avait utilisé cette image lors d’une conférence de presse : « M. Truphème a rempli le chariot, nous sommes passés à la caisse! » Il imputait à la majorité de gauche de 2004-2008 quelque 100 M€ d’engagements non financés (*).

Christian Graglia :
« Votre argument de l’héritage,
c’est de l’enfumage pur et simple »

L'évolution de l'encours de la dette du Département (source : Conseil général)
L’évolution de l’encours de la dette du Département (source : Conseil général) – CLIQUEZ SUR LA PHOTO POUR L’AGRANDIR

« Trop, c’est trop », a lancé Christian Graglia, coprésident du groupe d’opposition. « Qu’au bout du huitième budget après votre arrivée aux manettes, vous invoquiez encore, pour justifier votre mauvaise gestion, une réalité qui remonte à 2007, cela nous laisse pantois. Fin 2007, c’est vrai que le chariot était rempli. Pas dans les proportions fantaisistes que vous indiquez, mais il était rempli. Nous étions à la veille de la crise des subprimes, mais personne ne pouvait l’imaginer. Le Conseil général venait de décider la construction de deux collèges, dont je n’ai jamais entendu M. Arnaud (maire de Tallard, NDLR) se plaindre. En 2008, un coup de tonnerre économique venait d’éclater : la plus grande crise économique après celle de 1929. Si vous aviez fait preuve d’un peu de sagesse, vous auriez pu délester le chariot vous-mêmes et ramener certains produits sur les rayonnages! Eh bien, vous avez fait exactement le contraire. Vous avez chargé la barque, ajoutant un programme pharaonique en ce qui concerne les routes, sans parler de 10 M€ supplémentaires sur le collège de Saint-Bonnet. Vous avez brûlé la chandelle par les deux bouts avec le record de l’augmentation des impôts dans toute la France (+30%, NDLR) et le doublement de la dette en moins de deux ans, puis son triplement. Alors votre argument de l’héritage, c’est de l’enfumage pur et simple. » Auguste Truphème (divers gauche) a défendu son bilan : « Je n’ai pas mis le département en ruine. En 2004, quand j’ai été élu président, l’endettement était de 33 M€ et les caisses étaient vides. Il fallait faire face aux demandes de nos amis italiens pour les JO de Turin. Nous avons aussi fait face au transfert des routes nationales décidé par le président Sarkozy. Nous sommes passés de 450 à 1000 agents du fait des transferts de compétences. »

Patrick Ricou : « Nous avons mis
l’enfant au monde, mais une grande partie
de la paternité vous incombe! »

« Quand c’était nécessaire, nous avons augmenté les impôts et nous avons eu le courage d’aller l’expliquer aux Haut-Alpins », a répondu Patrick Ricou (UMP). « Quand vous parlez de l’endettement, les Haut-Alpins ont le droit d’en connaître les raisons. Quand vous avez deux collèges en chantier, avec des marchés attribués, des contrats territoriaux signés avec les communautés de communes et les communes, où le Conseil général s’est engagé à financer sur plusieurs années, comment revenir dessus? Ces positions sont un peu faciles. Effectivement, nous avons lancé un plan de relance avec des investissements exceptionnels pour répondre à la crise. Nous avons mis l’enfant au monde, mais une grande partie de la paternité vous incombe! »

Jean-Michel Arnaud (UMP) a de son côté rappelé le contexte des baisses de dotations de l’Etat, « les plus fortes qu’on n’ait jamais connues dans ce pays », et « la situation surréaliste dans laquelle nous allons faire cette campagne sans connaître les compétences que nous exercerons puisque le gouvernement n’a pas été capable de caler un calendrier à la hauteur des enjeux ».

Le budget a été adopté par les 16 élus de la majorité et par Rémi Costorier.
Le budget a été adopté par les 16 élus de la majorité et par Rémi Costorier.

« Votre péché originel, ça a été le doublement des investissements en 2009, c’est cela qui a plombé la dette », a martelé M. Graglia. « A quoi ça a servi votre investissement, puisque nous avons 43% de personnes en souffrance en plus depuis 2008 », a enchéri Gérard Fromm, le maire (PS) de Briançon, rappelant au passage que sa commune « n’emprunte pas car elle ne le peut pas ». « Qu’est-ce que ce serait si nous n’avions rien fait? » a rétorqué M. Ricou.

« Je prends le pari que, si vous gardez les rênes, l’an prochain, vous augmenterez les impôts de 20% », a pronostiqué M. Fromm. « Personnellement, je m’engage à ce qu’il n’y ait pas d’augmentation d’impôts en 2016. J’aimerais que vous fassiez de même. »

« Je ne vais pas répondre, car je ne suis pas candidat », a répliqué le président, Michel Roy. « Ce sera pendant la campagne que les candidats répondront. »

Comme annoncé, et comme cela a toujours été le cas depuis 2008, l’opposition a voté contre le budget primitif 2015, qui a donc été adopté par 17 voix (majorité et Rémi Costorier) contre 13.

(*) – La majorité sortante a détaillé les 100.079.322 € d’autorisations de programme précédemment ouverts par la majorité Truphème et qu’elle a dû « apurer » : 3 M€ pour l’acquisition du foyer Saint-Louis à Gap, 500.000 € d’indemnité pour le propriétaire de l’aérodrome de La Bâtie-Montsaléon à la suite du désengagement du Département du projet Solenha au Chevalet, 29,6 M€ pour la construction des collèges de Tallard et La Bâtie-Neuve, 8 M€ pour des opérations sur la voirie et les infrastructures, 59 M€ pour l’aide aux communes et aux tiers.


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