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Usine L'Argentière

Vallouise : un proche de Marine Le Pen était engagé dans le projet d’usine d’eau de source

Le site d’information Mediapart a publié, ce mercredi, un long article sur le projet de création d’une usine d’embouteillage d’eau de source de Vallouise, à L’Argentière-la-Bessée, qui a impliqué, jusqu’à l’an dernier, l’ancien trésorier de l’association de financement de Marine Le Pen, Olivier Duguet. Ce dernier a été le gérant de la SARL créée pour l’exploitation de « L’eau de Vallouise » jusqu’en avril 2014. Ces informations ne sont pas nouvelles, dans la mesure où elles avaient été révélées localement par le site Vallouise Info. Mediapart évoque la possibilité que des fonds russes, voire des Emirats arabes unis, puissent être recherchés pour le tour de table, sachant que la société de développement et d’exploitation des eaux de sources (SDEES) doit réunir 15 à 20 millions d’euros pour finaliser le projet. La piste russe est cependant démentie par Frédéric Sauvegrain, président de la SDEES depuis l’an dernier, qui ne souhaite pas pour autant préciser qui seront les investisseurs.

A l’origine, c’est Olivier Michaud, un ancien élu RPR et ancien dirigeant d’entreprises de sécurité (il a été entendu par les policiers dans le cadre de l’enquête sur le financement de la campagne d’Edouard Balladur, dont il assurait la sécurité des meetings en 1995), qui est venu à la rencontre des élus du Pays des Ecrins. Cyrille Drujon d’Astros (UMP), président de la communauté de communes du Pays des Ecrins, et Joël Giraud (PRG), députe-maire de L’Argentière-la-Bessée, mettent en avant le fait qu’il leur avait été recommandé par Victor Berenguel, maire de Savines-le-Lac et secrétaire départemental de l’UMP.

« Olivier Michaud, je l’ai connu au RPR », reconnaît Victor Berenguel. « Un jour, j’ai reçu un coup de fil de sa part me demandant si je connaissais des élus dans ce secteur et si je pouvais lui organiser une rencontre. C’est un garçon sympathique. Je ne vois pas où il y a de mal à faire ça. » Le vice-président du Conseil général précise cependant qu’il ne connaissait pas son associé, Olivier Duguet, dont il a entendu parler par la suite.

« Nous avons eu une première discussion et nous avons signé un pré-accord nous permettant de travailler de notre côté et à la société de démarcher des investisseurs », indique Cyrille Drujon d’Astros, qui souligne avoir agi « main dans la main avec Joël (Giraud) ». Le fait que les fondateurs de la SDEES n’aient aucune expérience dans l’eau de source ne les a-t-il pas rebutés? « Ce qui nous avait été présenté, c’était un projet économique qui tenait la route », estime le président de la communauté de communes. « De toute façon, nous avons un protocole dont on peut sortir à tout moment. L’objectif est quand même de réussir ce projet et de développer de l’emploi. Mais on ne le fera pas à n’importe quel prix. »

La SDEES vient d’acheter les terrains à L’Argentière-la-Bessée

Près de 400.000€ ont été investis par la communauté de communes dans les études préalables, « principalement avant l’arrivée de M. Michaud », selon M. Drujon d’Astros. De son côté, la SDEES a récemment acquis des terrains à L’Argentière-la-Bessée, pour environ 150.000€, afin d’y implanter l’usine d’embouteillage, à proximité de la voie ferrée.

S’agissant d’Olivier Duguet, qui s’est retiré en avril 2014 de la SDEES, « on l’a vite cerné, à la fois par son attitude et par son pedigree, qu’on trouve facilement », témoigne le président de la communauté de communes. « On a demandé à M. Michaud qu’il soit écarté de la société et on lui a demandé des explications. » M. Duguet s’est occupé du financement politique de Marine Le Pen, au sein de l’association Jeanne dont il a été le trésorier de 2010 à 2012. Après son retrait, c’est Frédéric Sauvegrain qui a pris la tête de la SDEES, passée du statut de la SARL à celui de SAS (société par actions simplifiée). Selon Mediapart, M. Sauvegrain aurait connu Olivier Duguet lorsque celui-ci était un militant du GUD, une association d’étudiants d’extrême droite, dont serait également proche Olivier Michaud.

«Tant qu’on ne connaît pas le vrai investisseur, on ne peut pas signer de contrat », a indiqué Joël Giraud à Mediapart. « La SDEES, c’est un cache-sexe. À chaque fois que j’ai questionné Michaud, il m’a répondu que tout cela demandait une certaine discrétion pour des raisons commerciales.»

« Quand vous êtes en levée de fonds, et que vous êtes une start-up, vous êtes évidemment tenus à une très grande confidentialité», justifie Frédéric Sauvegrain.

« A la fois, on peut comprendre et être inquiet », reconnaît Cyril Drujon d’Astros. « Ce n’est pas complètement choquant qu’on ne connaisse pas les investisseurs aujourd’hui, mais il faudra qu’on le sache au moment de la signature. » Pour lui, « l’histoire du Front national vient polluer les choses », de même que les rumeurs d’investissements russes ou arabes, au point d’avoir « quelques doutes sur la pérennité du projet ».

(Notre photo : la SDEES a récemment acheté des terrains près de la gare SNCF de L’Argentière-la-Bessée pour y implanter l’usine d’embouteillage – photo satellite Google)


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