Partager sur Facebook Twitter Partager sur Google Plus
Cérémonie RTE

Lignes à très haute tension : le chantier de RTE lancé en grandes pompes à Embrun

RTE (Réseau de transport d’électricité) a vu les choses en grand, ce vendredi à Embrun, pour lancer officiellement le chantier du projet Haute-Durance. Dans les salons du château de la Robéyère, devant un parterre de décideurs politiques et économiques et surtout de chefs d’entreprise du BTP, Luc Mazéas, directeur du centre Développement et ingénierie de RTE en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Gérard Robinot, directeur du projet Haute-Durance, ont présenté les points forts de ce chantier de 230 millions €. Un dessin animé a rappelé la genèse du projet, des interviews sur les chantiers ont souligné l’importance de la sous-traitance locale et une modélisation vidéo a mis en valeur les paysages de Serre-Ponçon, de Mont-Dauphin ou du col du Lautaret tels qu’on pourra les voir en 2020, dépourvus de pylônes électriques. Et, après les petits fours et le champagne, chaque invité a pu repartir avec un petit livret contenant un écran vidéo permettant de visionner ces mêmes films…

[sam_ad id= »17″ codes= »true »]

Une opération de communication bien menée, à l’abri des cris et des sifflets des opposants au projet. Force était de constater que les rangs des élus étaient clairsemés dans la salle : aux côtés du préfet Pierre Besnard, on notait la présence du nouveau président du Département, Jean-Marie Bernard, des maires de Savines-le-Lac, Victor Bérenguel, de Baratier, Jean Bernard, de Saint-André-d’Embrun, Jacques Gasquet, et de La Salle-les-Alpes, Alain Fardella, ou encore de Claude Boutron, vice-président de l’agglomération gapençaise.

De nombreux chefs d'entreprise assistaient à cette cérémonie, mais les rangs des élus étaient beaucoup plus clairsemés.
De nombreux chefs d’entreprise assistaient à cette cérémonie, mais les rangs des élus étaient beaucoup plus clairsemés.

L’objectif du projet est de renouveler la desserte électrique de la vallée de la Durance, de Serre-Ponçon à Serre Chevalier, la ligne existante datant de 1936. « Elle arrive en fin de vie en 2020 et nous sommes en risque de rupture dès 2016 », a assuré Luc Mazéas. « On frôle la capacité existante en cas d’hiver rigoureux. » Selon M. Robinot, « la consommation dans les Hautes-Alpes est très différente de celle du reste de la France. Nous avons des pointes de consommation en hiver à 4 heures du matin, du fait du déclenchement du chauffage et des canons à neige. » Actuellement, il existe 206 km de lignes aériennes (et 700 pylônes) qui seront progressivement déposées, au fur et à mesure de la mise en service des nouvelles lignes. 100 km seront réalisés en souterrain, notamment aux abords de Serre-Ponçon, d’Embrun, de Mont-Dauphin et de Serre Chevalier, tandis que 100 km de lignes à très haute tension seront aériennes.

Enterrer toutes les lignes ? « Un surcoût de 130 M€ », selon RTE

C’est précisément ce que déplorent les opposants, qui demandent que la totalité du projet soit réalisée en souterrain. « Nous l’avons étudié et cela représenterait au minimum un surcoût de 130 M€, en supposant que la topographie le permette, et le projet ne serait pas viable », considère M. Mazéas. Pourtant, RTE a enterré la ligne qu’il vient de réaliser dans le Verdon pour sécuriser l’alimentation de la Côte d’Azur… « C’est totalement différent », rétorque le directeur régional Développement et ingénierie de RTE. « Ce projet a pu se faire en souterrain grâce à des pistes qui étaient existantes, ce qui n’est pas le cas ici. » M. Mazéas a relevé que, « en 2020, le taux de lignes en souterrain atteindra 20% dans les Hautes-Alpes, soit l’équivalent de l’Île-de-France, alors que la moyenne est de 8% en Provence-Alpes-Côte d’Azur ».

Gérard Robinot (RTE), Eric Gorde (CCI), Alain Mars (CAUE), Gérard Jadoul (Life) et le directeur du conservatoire botanique alpin.
Gérard Robinot (RTE), Eric Gorde (CCI), Alain Mars (CAUE), Gérard Jadoul (Life) et le directeur du conservatoire botanique alpin.

Sur cet investissement de 230 M€, RTE prévoit 35 M€ de retombées locales. « Des miettes », criaient les opposants, en lançant des sachets remplis de miettes de pain. « C’est considérable pour l’économie locale et également en consistance pour le BTP ou l’hôtellerie-restauration », a estimé M. Mazéas. « Nous avons mis en place un concept avec la CCI, Haute-Durance initiative (HDI), qui maximise les retombées pour les entreprises haut-alpines », a précisé Gérard Robinot. Eric Gorde, vice-président de la CCI, les a même chiffrées précisément : « A ce jour, il y a 23 à 24 embauches locales pour les travaux en cours, sans compter ce que ce chantier permet en termes de maintien d’emplois voir d’embauches pour le BTP local. Il y a eu 650.000€ de retombées en 2013, 750.000€ en 2014 et les premières estimations portent sur 5 M€ pour 2015, sachant que, pour la montée en puissance du projet, nous atteindrons 8 à 10 M€ par an de 2016 à 2018. »

« Est-ce que vous pensez qu’on pourrait faire le barrage aujourd’hui ? »

Luc Mazéas a par ailleurs évoqué l’installation de 200 km de fibre optique pour les besoins du pilotage du réseau, mais qui vont aussi « permettre de désenclaver numériquement la Haute-Durance », en lien avec le syndicat mixte ouvert Provence-Alpes-Côte d’Azur Très haut débit (SMO Paca THD). De son côté, Gérard Robinot a mis l’accent sur le « corridor de développement écologique » qui va accompagner le projet, dans le cadre du programme Life biodiversité, et un fonds de 6,9 millions d’euros destiné à accompagner les « projets de développement durable du territoire » qui seront proposés par les collectivités concernées par le projet Haute-Durance en priorité.

« Nous avons un syndrome qu’on appelle en anglais Not in my backyard (pas dans mon jardin) », a regretté le préfet Pierre Besnard. Aujourd’hui, franchement, est-ce que vous pensez qu’on pourrait faire le barrage à Serre-Ponçon? Au bout d’un moment, on ne peut pas mettre ces lignes électriques hors sol ! La priorité, ce n’est pas de faire de ce département un territoire pour les gens qui viennent voir les pâquerettes. C’est ça bien sûr, mais il y a aussi 140.000 habitants qui y vivent et y travaillent. Forcément, il faut faire des concessions. Il y a beaucoup plus de gens qui en bénéficieront que ceux qui en pâtiront, et il y a l’intérêt général. » Le préfet a cependant exhorté les entreprises à respecter les règles, à la fois environnementales et sociales : « La contrepartie, c’est qu’il faut être exemplaire. Il y a des promesses qui doivent être tenues aussi par les entreprises. Et j’y veillerai. »


+ Sur le même sujet...