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Ceillac avalanche

Ceillac : ce que révèle l’enquête sur l’avalanche qui a tué six skieurs

Le procureur de la République de Gap annonce, ce mardi, qu’il a décidé de classer sans suite l’enquête qui a fait suite à l’avalanche de Ceillac, dans laquelle six skieurs de randonnée avaient été tués le 24 janvier dernier.

Dans un communiqué, Raphaël Balland précise que l’enquête du PGHM (peloton de gendarmerie de haute montagne) de Briançon a « conclu que l’accident était directement lié : au choix de l’itinéraire de descente ; à la sous-estimation du risque d’avalanche annoncée ; probablement à l’absence de distance entre les skieurs entrainant une forte surcharge du manteaux neigeux, cause de l’accident. » Relevant qu’aucun proche des victimes n’a déposé plainte à ce jour, le procureur précise qu’il a décidé de prononcer un classement sans suite car « l’organisateur et meneur de cette sortie est décédé » et « qu’aucune faute pénale n’est susceptible d’être retenue à l’encontre du Caf du Guillestrois ou de ses dirigeants ».

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L’enquête des gendarmes contredit les conclusions de l’enquête interne qui avait été rendue publique par le Club alpin français (Caf) du Guillestrois, dont étaient membres les victimes. Pour le Caf, les victimes et le chef du groupe « avaient observé les règles de sécurité en vigueur et ont été victimes d’une plaque à vent dont l’ampleur était difficile à prévoir ».

Le procureur de Gap détaille la chronologie des faits. Le 24 janvier, Alain Vincent, encadrant au Caf du Guillestrois, organisait cette sortie à ski de randonnée à Ceillac, qui était inscrite au planning du club. « La veille, il avait pris soin de reconnaître une partie de l’itinéraire (le sentier des cascades jusqu’au lac Miroir) », rappelle M. Balland. Les cinq autres participants à cette sortie (Bruno Girard, Carol Nash-Hamilton, Guy Rondot, Jacques Chabrier et Jeanne David) étaient tous des habitants des Hautes-Alpes et membres du Caf.

Selon l’enquête du PGHM, le groupe est parti de Guillestre vers 8h30, pour se rendre en véhicules à Ceillac. Vers 9h15, les six randonneurs quittaient le parking de la station et empruntaient le sentier des cascades pour se rendre au lac Miroir (2214 m). De là, le groupe montait en direction du Pas du Curé (2783 m) avant de bifurquer vers un col donnant accès à la combe du Bachas (2654 m). De ce col, les randonneurs commençaient la descente dans la combe du Bachas où, peu après leur départ, ils déclenchaient une avalanche qui les emportait tous les six.

« La zone de déclenchement était directement concernée par le risque marqué d’avalanche »

L’avalanche est partie à une altitude d’environ 2900 mètres pour finir sa course vers une altitude de 2360 mètres. Sa largeur maximale était de 450 mètres. La longueur d’environ 850 mètres pour un dénivelé de 540 mètres. La hauteur de la cassure de neige variait de 20 à 30 cm sur la partie droite de l’avalanche. Elle était estimée à 80 cm sur la partie centrale. Elle variait de 20 à 30 cm sur la partie gauche. Pour les gendarmes, « cette cassure de neige était caractéristique du phénomène appelé plaque à vent« .

Le 24 janvier, la journée était ensoleillée. Le risque d’avalanche était estimé à 3 (risque marqué) au-dessus de 2000 mètres et de 2 (risque limité) en dessous de 2000 mètres notamment pour les pentes orientées à l’Ouest, au Nord et à l’Est. Les départs spontanés d’avalanche étaient peu probables. La probabilité de déclencher par le passage d’un skieur une plaque dure était très présente dans la plupart des versants froids au-dessus de 2000 mètres d’altitude.

Selon les enquêteurs du PGHM, « les récentes chutes de neige masquaient souvent des strates présentes au milieu du manteau et composées de grains sans cohésion. La probabilité de déclencher une plaque dure, ou friable d’aspect poudreux, était très présente dans la plupart des versants froids. La zone de déclenchement de l’avalanche était donc directement concernée par ce risque marqué. »

Les corps de deux des skieurs tués étaient retrouvés dans la partie amont de l’avalanche en rive droite ; les quatre autres corps dans la partie basse de l’avalanche.

Selon l’hypothèse des gendarmes, « les quatre leaders auraient déclenché l’avalanche par surcharge du manteau neigeux »

« En l’absence de témoignage direct de l’accident, les enquêteurs ont formulé l’hypothèse suivante fondée notamment sur les relevés GPS de l’une des victimes et sur le lieu de découverte des corps », indique le communiqué du procureur de la République de Gap. « Au moment où l’avalanche s’est produite, le groupe de skieurs était probablement scindé en deux. Un groupe de quatre skieurs skiait devant, deux autres en retrait. Lorsque les quatre leaders se sont trouvés au milieu de la combe du Bachas et à l’endroit le plus raide, ils auraient déclenché l’avalanche par surcharge du manteau neigeux. Ils se faisaient ensevelir puis traîner sur plusieurs centaines de mètres jusqu’au bas de la combe du Bachas. Les deux autres skieurs se trouvant en retrait se seraient fait prendre par l’avalanche et traîner sur quelques dizaines de mètres puis ensevelir dans une compression. »

L’hypothèse émise par l’enquête interne du Caf, selon laquelle les membres du groupe seraient descendus un par un, « est apparue peu probable aux enquêteurs du PGHM au regard de la position finale des corps et de la surcharge nécessaire au déclenchement de la plaque (couche dure, épaisse et dense, qui nécessitait une forte surcharge pour être déclenchée) », indique Raphaël Balland. Pour le PGHM, les conclusions du Caf « sont pour la plupart erronées ».

Le procureur observe par ailleurs que les responsables du club « n’avaient pas été informés précisément de l’itinéraire de la sortie, du nombre de participants ni de l’identité de ces derniers, ce qui est contraire à la note d’organisation des sorties en ski de randonnée éditée par cette association ».

Le Caf estimait que les équipiers étaient descendus « un par un comme l’exigent les règles de sécurité »

Dans son enquête interne, le Caf formait « l’hypothèse que le groupe, expérimenté et bien équipé, skiait sur des pentes moyennes et que son chef, un leader reconnu, conscient du risque, faisait descendre ses équipiers un par un comme l’exigent les règles de sécurité. Les traces et la position des victimes retrouvées dans la coulée permettent de tenter de reconstituer la tragédie avec une forte probabilité, et semblent exclure que les membres du groupe soient descendus tous ensemble comme il a été parfois rapporté. Il semble que trois skieurs, dont le chef de groupe, avaient descendu un par un une partie de la pente et attendaient ensemble d’être rejoints. Un quatrième descendait. Les deux derniers attendaient leur tour. »

Ce dispositif enseigné dans les manuels et appliqué dans ses nombreuses sorties par le leader « limite le risque à un seul skieur. Emporté par une coulée, celui-ci aurait pu être localisé et dégagé par ses équipiers équipés du matériel de recherche et sauvetage et entraînés à son utilisation. Mais l’avalanche de grande taille s’est déclenchée loin au-dessus du groupe et a déferlé avec un volume de neige difficile à prévoir, les emportant tous. »


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