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Elus et anonymes étaient réunis au départ des trains de nuit à Briançon (photo Romain Gryzka)Elus et anonymes étaient réunis au départ des trains de nuit à Briançon (photo Romain Gryzka)

Train de nuit : pourquoi le rapport Duron préconise de sauver le Paris-Briançon

26 Mai 2015 - 12:53

Comme nous vous l’indiquions ce mardi matin, le rapport sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire (TET) rendu par le député Philippe Duron au secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies, se positionne en faveur du maintien du train de nuit Paris-Briançon. « Il n’est pas question de le supprimer car il n’y a pas d’alternative, notamment en raison de son caractère relativement enclavé », a précisé le député PS du Calvados.

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Le Paris-Briançon est l’une des exceptions à la règle. « Le modèle économique des trains de nuit n’est plus viable, mais celles-ci restent utiles pour assurer la desserte de certains territoires », indique la commission. Ces trains sont « confrontés à une fréquentation déclinante, pour plusieurs raisons : le développement de l’offre aérienne et de certains TGV rend possible des départs tôt le matin et des retours tard le soir (…) ; sur certaines dessertes, le développement d’une offre d’autocars de nuit a déjà été annoncé par certaines compagnies, et les exemples étrangers montrent que ces autocars offrent des conditions de transports appréciées de la clientèle, à un coût moindre ; enfin, et surtout, le niveau de confort des trains de nuit n’est plus en ligne avec les exigences des voyageurs d’aujourd’hui, et l’investissement à réaliser pour renouveler le matériel roulant ne permettrait pas d’avoir un prix de transport compétitif. »

Chaque passager du Paris-Briançon coûte près de 160€ de subvention à l’Etat

Or, dans le même temps, les trains de nuit coûtent cher à l’Etat. Ils représentent à eux seuls 25% du déficit des TET (plus de 300 millions d’euros au total), alors qu’ils ne constituent que 3% de leur trafic. Le subventionnement public atteint de près de 160€ pour chaque voyageur du Paris-Briançon!

Pour la commission, « dans la mesure où le maintien d’une offre de nuit implique des coûts d’exploitation particulièrement forts et nécessite donc d’atteindre des taux de remplissage très élevés pour en viabiliser l’exploitation (près de 450 voyageurs par train dans les conditions d’exploitation actuelles), la commission rejoint le diagnostic largement partagé en Europe selon lequel le modèle économique des trains de nuit est à bout de souffle. La commission n’ignore cependant pas l’importance des trains de nuit pour les territoires les moins accessibles, et elle a intégré dans sa réflexion un examen précis du rôle qu’ils jouent pour ces derniers, au regard des offres alternatives existantes. » Ce qui permettrait de « sauver » le Paris-Briançon.

« Ce rapport, qui n’engage en l’état pas le gouvernement, va désormais être présenté aux commissions compétentes du Parlement, indique le secrétariat d’Etat aux Transports. Le gouvernement présentera fin juin une feuille de route, en plusieurs étapes, comprenant l’indispensable concertation avec les Régions. Cette feuille de route prendra en compte les objectifs de rétablissement du financement des TET, de maintien du droit à la mobilité et d’aménagement du territoire. »

Des doutes sur la pérennité

Cette annonce provoque déjà quelques réactions au sein du monde politique haut-alpin. Le député PRG Joël Giraud se dit « satisfait de l’annonce » mais s’interroge : « S’il ne reste qu’un train de nuit, ce sera le Paris-Briançon, certes, mais avec quelle fréquence de circulation et surtout avec quel matériel ? » Pour lui, « la mobilisation n’est pas terminée et ne doit pas se relâcher car quand il n’y aura plus qu’un train de nuit en France, j’ai des doutes sur sa pérennité ». Il appelle « tous les collectifs qui se sont formés à chercher désormais des solutions innovantes pour faire de ce train un atout et éviter qu’à force de dégradation il ne devienne un repoussoir ».

Le conseiller départemental UMP Arnaud Murgia est « consterné par les conclusions du rapport Duron. Si, pour l’instant, le train de nuit Paris-Briançon est maintenu, les faits restent : depuis début avril, le technicentre de Briançon a vu réduire ses effectifs de 5 à un peu plus de 3 équivalent temps plein seulement. Et sans appui technique, pas de train ! On comprend bien qu’inévitablement, le niveau de service et la fréquence des trains diminuera, d’autant que nos équipements sont vieillissants. A force de ne faire aucun choix ni aucune réforme structurelle, le gouvernement, contraint de faire les économies qu’il n’a jamais eu le courage de faire, continue donc dans la voie de la facilité – d’aucuns diraient de la lâcheté – en tapant sur les plus faibles : les territoires ruraux, les hôpitaux éloignés, les dotations des petites communes, les trains pour ceux qui en ont le plus besoin. »

La députée PS Karine Berger se félicite quant à elle « que la commission ait entendu ses arguments pour le maintien de cette ligne indispensable à l’économie du département. Après avoir rencontré à plusieurs reprises Philippe Duron, la mobilisation doit continuer en direction du gouvernement et de la SNCF pour assurer définitivement le maintien de la ligne et sa modernisation tant au niveau de l’infrastructure que du matériel roulant. »

« C’est une première étape nécessaire mais qui nécessite de rester mobilisés pour que le maintien soit effectif et que la modernisation du matériel soit mise à l’ordre du jour; à défaut ce sera une mort lente », observe pour sa part Bernard Jaussaud, vice-président (PS) de la Région.

Pour consulter l’intégralité du rapport de la commission Duron sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire (TET), cliquez ici


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