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La vitre d'un voisin a été brisée par un jet de pierre.La vitre d'un voisin a été brisée par un jet de pierre.

Agression antisémite à coups de pierres à Gap : trois à six mois de prison ferme

Ils sont trois à s’avancer à la barre avec nonchalance. L’un d’eux est tancé par la présidente du tribunal correctionnel, Isabelle Defarge, à force de se retourner vers ses amis rigolards assis dans la salle. Pendant que la présidente s’adresse à lui, il fait dans son dos un doigt d’honneur à ses amis… L’audience leur aura-t-elle fait prendre conscience de la gravité des faits qu’ils ont commis, en juillet dernier à Gap ? On pourra légitimement en douter. Même si, à l’invitation du procureur de faire en sorte que « la peur change de camp », le tribunal a condamné les deux auteurs de cette agression à caractère antisémite à trois et six mois de prison ferme (le troisième étant condamné pour des outrages aux policiers).

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Les faits s’étaient produits dans la soirée du 21 juillet puis le lendemain, à l’issue d’une « manifestation pour la paix » pro-palestinienne. Des jeunes du Haut-Gap avaient remarqué un drapeau israélien à l’intérieur d’un appartement de la rue Bayard. Le premier soir, une dizaine de jeunes se rassemblent devant l’immeuble, crient et lancent des projectiles. Une vitre est cassée. Le lendemain, au terme de la manifestation, ils sont près d’une trentaine. Ils crient, lancent des pierres provenant du ballast de la voie ferrée toute proche, tentent de forcer la porte de l’immeuble sans -heureusement- parvenir à leurs fins. L’occupante de l’appartement visé est là avec son éducatrice. Car cette femme, de confession chrétienne mais qui s’intéresse au judaïsme, est psychologiquement fragile et sous curatelle renforcée. L’éducatrice, terrorisée par la scène, ferme les volets. « Sales juifs de merde », « A bas Israël » entendent notamment les voisins. Jérôme Emanuel, secrétaire départemental du PCF, tente de ramener le calme et leur demande ce qu’ils font là : « Il y a un juif qui habite là », rétorque un adolescent. « Ils nous niquent, on les nique. »

La police arrive sur les lieux. Un groupe est alors sur le toit d’un abribus et caillasse les forces de l’ordre, qui battent en retraite en attendant des renforts. L’occupante d’un autre immeuble, qui a le malheur d’être au téléphone, est à son tour prise à partie : « Le premier qui la touche, je lui paie un kebab », lance un inconnu.

Il faudra de longues semaines pour parvenir à identifier quatre suspects : deux majeurs de 18 et 20 ans, jugés ce jeudi, et deux mineurs, sous le coup d’une mise en examen. Les deux majeurs reconnaissent leur présence sur les lieux, mais nient leur participation. Sauf que l’ADN de l’un d’eux a été identifié sur une pierre retrouvée sur le balcon de la victime. Il est également identifié, de même que son comparse, sur une photo prise par un voisin, « le seul à avoir pris ses responsabilités », relève le procureur.

« Quelle société voulez-vous que l’on construise quand on se met à jeter des pierres sur une personne parce qu’on pense qu’elle est juive ? »

Avocate de la victime, Me Céline Ouvrery stigmatise des « jeunes arrogants, désinvoltes, extérieurs à leur procès » en confrontant cette attitude aux conséquences de l’agression pour sa cliente : « Elle a dû déménager, on lui a demandé d’aller en foyer alors qu’elle vivait en autonomie, on lui a demandé de faire attention, de se préserver. » La Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme) est également partie civile : Me Sandrine Moncho, du barreau de Grenoble, s’inquiète de « la banalisation de ces actes » par les prévenus, rappelant que le nombre d’actes antisémites a été multiplié par deux en 2014. « Mort aux juifs, ce sont des mots qu’on n’avait plus entendu depuis la guerre. Et leurs dénégations sont bien lâches face à une personne faible. »

Le procureur souligne « la gravité extrême des faits » et tente de sensibiliser les prévenus et leurs amis du public à cette montée « des confrontations haineuses entre communautés » : « Personne ne vous nie le droit de contester la politique d’Israël. Mais quelle société voulez-vous que l’on construise quand on se met à jeter des pierres sur une personne parce qu’on pense qu’elle est juive ? » Le ministère public requiert douze mois d’emprisonnement, dont six avec sursis et mise à l’épreuve : « Il faut que la peur s’installe chez ces gens-là qui ont franchi la ligne rouge. »

Me Nicolas Wierzbinski, avocat du plus jeune prévenu, demande au tribunal de « prendre du recul » : « Il y avait entre 20 et 30 personnes sur les lieux, difficilement identifiables, et vous n’avez que deux prévenus devant vous. Ces faits sont intolérables. Mais nous n’avons pas la certitude qu’ils les aient commis. Ce caillou, il a pu le toucher avant qu’il soit envoyé, et la pierre a pu être prise par n’importe qui. »

Raphaël Helme, 20 ans, a écopé de douze mois d’emprisonnement, dont six avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. Axel Rouillon, qui a eu 18 ans la veille des faits, a quant à lui été condamné à neuf mois d’emprisonnement, dont six avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. Les deux agresseurs ont l’obligation de rechercher un travail, d’indemniser les parties civiles et d’effectuer un stage de citoyenneté. Le troisième prévenu, poursuivi pour avoir insulté les policiers alors qu’ils recherchaient les suspects place de Bonneval, s’est vu infliger 120 heures de travail d’intérêt général. Le tribunal correctionnel a par ailleurs alloué 3000€ de dommages-intérêts à la victime, et 3000€ à la Licra.


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