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Loup

Pourquoi ces attaques de loup et comment y mettre un terme : un spécialiste du canidé s’exprime

24 Juin 2015 - 22:41

C’est une voix dissidente parmi les défenseurs et les contradicteurs du loup. Dans ce contexte et face aux « tirs de prélèvement et à la régulation qui ne font que repousser le problème », Jean-Michel Bisquert, éleveur de beaucerons à Aspres-sur-Buëch et spécialiste du canidé, a décidé de livrer son explication, pourquoi les éleveurs ne parviennent pas à protéger leurs troupeaux, et d’énoncer la seule solution efficace selon lui. Las de ces débats, de ces attaques et des incidents avec les randonneurs, relatés quotidiennement par les médias.

Encore faut-il comprendre comment fonctionne le loup. A chaque fois qu’il attaque un troupeau, cela crée chez le loup un renforcement positif (du fait de la récompense) qui l’amène au conditionnement, c’est-à-dire à recommencer. « Nous ne pourrons l’écarter qu’en contraignant son action d’attaque et en l’orientant vers d’autres proies plus faciles. Des biches, du petit gibier… 90% des attaques du loup sont réussies. Un canidé, par instinct, se dirige vers une proie facile _ aujourd’hui, ce sont les troupeaux _ motivé par les moteurs de la prédation que sont la recherche, la poursuite et la mise à mort. »

jean-michel bisquertLe pastoralisme moderne, avec une surveillance moins rigoureuse mais des troupeaux plus étoffés du fait du regroupement des exploitants, serait à l’origine du retour des attaques du prédateur depuis 1992. « Les méthodes liées à la disparition du prédateur datent de 1903. A partir de ce moment-là, les éleveurs ont commencé à travailler avec des chiens de protection, pas des chiens performants, utilisés pour leur faculté à rester seuls avec le troupeau, sans surveillance du berger car cela revient trop cher », remarque l’éleveur.

Il préconise le recours à des chiens d’affrontement… et à de bons bergers

Un nombre de chiens adapté au nombre de bêtes, des espaces définis pour avoir une totale visibilité sur le troupeau, des chiens parfaitement formés, qui ne soient pas déstabilisés, mais aussi un changement de races… Voilà ce que prône Jean-Michel Bisquert. « Patous et chiens d’Anatolie peuvent rester seuls mais ne sont pas assez puissants, pas assez gardiens, et ça le loup le ressent. Les chiens capables, ce sont les chiens d’affrontement », estime-t-il. Comme le beauceron, utilisé autrefois, et le rottweiler, « un gardien de vaches pendant des siècles en Allemagne, dans la ville de Rottweil ».

Le chien seul ne suffit pas. Il faut mettre en place un gardiennage permanent avec un bon berger, « ce qui ne correspond pas au pastoralisme moderne ». Selon le spécialiste, la présence humaine suffit en journée dans la mesure où « le loup a peur de l’homme », avec des troupeaux situés près des refuges ou des colonies de vacances pour l’aspect pédagogique. Et la nuit, des chiens bien formés et des bergers pour une surveillance rigoureuse. Bref, de bons bergers entourés de bons chiens car les éleveurs sont « condamnés à un gardiennage permanent ».

Davantage de chiens, davantage de bergers… Où trouver les financements ? « Le budget, on l’a, mais c’est son utilisation qu’il faut revoir. » Jean-Michel Bisquert se dit même prêt à écrire au ministre de l’Agriculture « pour mettre fin au problème, une bonne fois pour toutes ».


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