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Tribunal (4)

Double meurtre du Sautet : le témoin maintient ses accusations contre « son deuxième père »

Deux heures et demie de déposition à la barre de la cour d’assises, entrecoupées de sanglots : malmené par l’accusation et la défense, le témoin-clé du double meurtre du lac du Sautet a maintenu sa version des événements de la soirée du 13 décembre 2011. Virginie, qui s’adonnait alors à la boisson, à la résine de cannabis et à la cocaïne, s’était liée d’amitié pour Bernard Blanc, celui qu’elle désigne comme l’auteur des meurtres d’Amar Zidi et de Najoua Nemri. « C’était comme un deuxième père pour moi », assure-t-elle. Il savait l’écouter, il lui avait payé son loyer quelquefois, il lui offrait aussi de la cocaïne. Quant à Laurent Tedeschi, accusé d’avoir aidé Blanc à se débarrasser des deux corps dans le lac du Sautet, il avait été l’amant de Virginie. « J’ai craqué sur lui et je l’ai dit à Bernard », avoue Virginie. Le soir de son anniversaire, Tedeschi serait entré dans sa chambre en se présentant comme son cadeau…

Le 13 décembre au soir, Virginie se rend chez Bernard Blanc pour une soirée festive, à la veille de commencer sa saison à Orcières. Bière, cannabis et coke sont au menu. Soudain, une voiture arrive devant la ferme de Villar Mouren, à Saint-Julien-en-Champsaur. Virginie dit reconnaître Amar Zidi, qui secoue le portail, fermé par un cadenas. Najoua Nemri est prostrée, visiblement malade. Bernard Blanc s’avance, refuse d’ouvrir. Amar Zidi arrache un essuie-glace et endommage le pare-brise de la voiture de Virginie, garée devant le portail. La jeune femme entend des éclats de voix. Puis un premier coup de feu, suivi de deux autres. « J’ai regardé, j’ai vu Bernard devant le portail. J’ai compris qu’il s’était passé quelque chose », raconte-t-elle. Apeurée, elle contacte Laurent Tedeschi, reparti à son domicile de Saint-Bonnet, et lui demande de venir. Ce qu’il fera. Entre-temps, Bernard Blanc revient dans la maison : « C’était eux ou nous, je suis désolé », lui aurait-il lâché.

Laurent Tedeschi reconnaît être revenu à la ferme, mais assure que Virginie lui a parlé d’une bagarre qui avait eu lieu et que le calme était revenu. Virginie dit pour sa part que les deux hommes ont parlé à l’écart et qu’elle les a ensuite vu pousser la voiture des victimes vers le garage. Et que Tedeschi l’a ensuite plaquée contre un mur en la prévenant : « Si tu parles, tu tombes pour complicité, et c’est 5 ans pour toi. »

Ce témoignage, Virginie ne l’avait pas fait spontanément auprès des gendarmes. Elle a d’abord affirmé n’être au courant de rien, avant de reconnaître qu’elle a entendu des coups de feu, mais qu’elle n’a rien vu, se trouvant dans une chambre à l’étage. Sauf que les enquêteurs l’avaient placée sur écoute et qu’elle avait laissé entendre qu’elle avait assisté au double meurtre. La nuit même des faits, elle se serait également livrée à une amie, qu’elle avait appelée. Celle-ci s’est ensuite suicidée, après avoir dit à ses proches qu’elle n’avait pas vu Virginie ce soir-là. « C’était ma meilleure amie », sanglote Virginie. « Peut-être que ça ne serait jamais arrivé si je ne lui en avais pas parlé. »

« Je ne vois pas pourquoi je mentirais »

Le président souligne qu’elle avait consommé de l’alcool et des stupéfiants ce soir-là. « Il y a des choses que je n’oublie pas, même si d’autres sont un peu floues », répond-elle. L’avocat général, qui évoque « une vérité à géométrie variable », la met en garde contre le faux-témoignage et s’étonne qu’elle soit assistée par un avocat, alors qu’elle est témoin. Raphaël Balland reprend longuement les éléments de doute et y confronte le témoin. En se déclarant finalement « convaincu ».

– « Je ne comprends pas pourquoi vous mentiriez » observe l’avocat général.
– « J’ai reçu des menaces, j’ai perdu Bernard, j’ai perdu Laurent, j’ai tout perdu dans cette histoire, déclare Virginie. Je suis obligée de parler par rapport à ma conscience et aux familles. Elles ont besoin de savoir. Je ne vois pas pourquoi je mentirais. »

Me Keita, conseil de Laurent Tedeschi, a une hypothèse : « Mon client s’est interrogé sur votre rôle ce soir-là. Après tout, qu’avez-vous fait? Ne l’accusez-vous pas pour vous en sortir? »
– « Je ne l’accuse de rien, réplique Virginie. Je dis ce que j’ai vu. Il a aidé Bernard à pousser la voiture. »

Après ce témoignage, Laurent Tedeschi maintient ses dénégations, en assurant n’avoir aucun lien avec ce double meurtre. Quant à Bernard Blanc, il a de nouveau remis en cause les déclarations de Virginie, en mettant en exergue le fait qu’elle était droguée. Et en laissant planer le doute sur sa participation à la suite du procès, dont le verdict est attendu vendredi.


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