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Manif JA préfecture 1509C

Gap : la démolition des murs bloquant la préfecture par les CRS avive les tensions

[Mis à jour à 17h30]
Des pelles, des brouettes, de grandes pinces traînent dans le hall de la préfecture des Hautes-Alpes. Devant l’entrée principale, une dizaine de CRS sont déployés, avec leurs boucliers, derrière la grille, désormais débarrassée du mur qui y avait été élevé la veille. A l’arrière de la préfecture, côté Maison du Poilu, la rue est encombrée de minibus de CRS et protégée par des policiers casqués. Ce mardi matin, le ton a changé autour de la « ferme du désespoir », installée lundi matin par les agriculteurs de la FDSEA et des JA (Jeunes agriculteurs).

Lundi, le préfet Pierre Besnard avait tapé du poing sur la table parce que des manifestants avaient tenté d’empêcher des fonctionnaires d’entrer à la préfecture. Quant aux murs élevés devant les entrées principales de la préfecture, « c’est une drôle de manière d’entamer le dialogue », commentait le préfet. « Mais j’accepte la symbolique. » Ce mardi matin, M. Besnard voit les choses différemment : « On ne pouvait pas garder le symbole de ces murs et de ces parpaings. La négociation ne se fait pas au travers d’un mur. »

Les CRS, qui étaient en réserve à Gap depuis la veille, sont donc intervenus, ce mardi matin, pour détruire ces murs, rue Saint-Arey. Huit jeunes agriculteurs sont montés sur le mur de l’entrée principale pour les dissuader, tandis que Christian Hubaud, conseiller départemental délégué à l’agriculture, et Jean-Louis Brochier, conseiller municipal de Gap, tentaient d’apaiser les tensions. Les CRS ont commencé par frapper la base du mur avec une masse, amenant les agriculteurs à descendre du mur. Les trois murs ont ainsi été détruits successivement. Par la suite, les agriculteurs ont amené sur place un troupeau de brebis depuis le cours Frédéric-Mistral. Les CRS cernés ont alors fait partir quelques bombes lacrymogènes… « Cela a été fait dans la mesure et les CRS ont fait en sorte d’éviter d’évacuer manu militari les jeunes agriculteurs qui étaient montés sur le mur », souligne le préfet.

La situation est ensuite redevenue normale, le nombre de CRS visible étant progressivement réduit. Et le préfet a téléphoné à Pierre-Yves Motte, président de la chambre d’agriculture, et à René Laurans, président de la FDSEA, pour les inviter à « reprendre les négociations » dès ce mardi après-midi (c’était bien entendu avant qu’il ne doive partir pour Briançon, à la suite de l’avalanche mortelle de Pelvoux). Parmi les propositions de Pierre Besnard, « une rencontre avec le préfet coordinateur du loup (le préfet de la région Rhône-Alpes, NDLR), soit physiquement, soit par visioconférence, et avec le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Et l’annonce que « quelques personnels de la brigade loup de l’ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage) seront déployés à partir de demain (mercredi) pour protéger des troupeaux dans le sud du département ».

« C’est honteux », dénonce le président de la FDSEA

Du côté des agriculteurs, la pilule de l’intervention des CRS a cependant du mal à passer. « C’est honteux », dénonce René Laurans. « Les CRS ont essayé de stopper les brebis. Dans ce département, on a du respect pour le loup, pas pour les animaux des agriculteurs! » Le président de la FDSEA martèle par ailleurs qu’il ne « parlera pas à quelqu’un qui envoie les CRS », et demande une rencontre « avec les préfets de région et avec le ministre de l’Agriculture ». Raphaël Eyraud, coprésident des JA, souligne pour sa part que « nous sommes là pour négocier. Nous voulons que tous les chasseurs puissent tuer le loup. On veut que tout le département soit classé pour qu’ils puissent le faire. On ne veut plus avoir d’attaques. Plutôt que ce soit le ministre de l’Intérieur qui appelle le préfet pour faire intervenir les CRS, on aurait préféré avoir Ségolène Royal ou Stéphane Le Foll! »

Les tensions matinales auront au moins eu l’intérêt pour les agriculteurs de galvaniser leurs troupes, mais aussi de mobiliser les élus, qui sont venus en nombre pour les soutenir : Jean-Marie Bernard, président du Département, Roger Didier, maire de Gap, Chantal Eyméoud, maire d’Embrun, et de nombreux maires et conseillers départementaux étaient présents, dont plusieurs ceints de leur écharpe tricolore. Bernard Pavie est quant à lui venir témoigner du soutien du tourisme équestre…

Quant à Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence et président du Groupe national Loup, il déplore, dans un communiqué publié ce mardi en fin d’après-midi, l’intervention des forces de l’ordre : « Je suis attaché au dialogue tel que nous le conduisons dans le Groupe national Loup et cette intervention est à l’opposé de toute discussion. »

La sénatrice Patricia Morhet-Richaud se déclare également « solidaire » des agriculteurs : «L’Etat doit entendre leur désespoir et tout mettre en œuvre pour que perdure l’agriculture et notamment l’agriculture de montagne. C’est pourquoi, les engagements pris au plan national doivent s’appliquer sans délai pour garantir aux producteurs, toutes filières confondues, un prix décent et la juste reconnaissance de leur travail. De plus, le nombre d’attaques du loup en constante augmentation sur notre territoire doit conduire les autorités à prendre des mesures immédiates et efficaces visant à préserver le pastoralisme.»

Notons aussi que la préfecture est désormais ouverte au public : les usagers doivent passer par l’accès arrière, côté Maison du Poilu, où il faudra cependant montrer patte blanche…


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