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Photo d'illustration.Photo d'illustration.

7% des pommes françaises viennent des vergers des Hautes-Alpes

Karine Berger, Jean-Marie Bernard, Patrick Ricou et Pierre-Yves Motte notamment étaient présents aux côtés des responsables de la filière arboricole pour lancer symboliquement la campagne de récolte.
Karine Berger, Jean-Marie Bernard, Patrick Ricou et Pierre-Yves Motte notamment étaient présents aux côtés des responsables de la filière arboricole pour lancer symboliquement la campagne de récolte.

La campagne arboricole 2015 a été symboliquement lancée, ce vendredi matin à Ventavon, par la filière agricole, le Département et l’Agence de développement des Hautes-Alpes. Une saison qui s’annonce « une bonne année, même si elle ne restera pas dans les annales », selon le président de la chambre d’agriculture, Pierre-Yves Motte. Ce qui est capital pour une filière qui produit quelque 110.000 tonnes de pommes par an, soit 7% de la production nationale, dans un département qui est le premier producteur français de Golden. Quant aux poires, une sur dix en France vient des Hautes-Alpes (14.500 tonnes de production annuelle), même si le département a perdu près de la moitié de sa surface de production depuis dix ans.

Cette opération est l’occasion de mettre en valeur les qualités de la pomme des Alpes, qui profite de l’ensoleillement et des variations de température lui assurant sa fermeté, et de rappeler que la golden des Alpes a obtenu un label rouge en 1996 et que la « pomme des Alpes de Haute Durance » est une indication géographique protégée (IGP). Mais c’est aussi l’occasion pour la profession d’échanger avec les élus sur les problématiques de la filière, a fortiori en cette année difficile pour l’agriculture. La présence de Josselin Saint-Raymond, directeur de l’association nationale Pommes Poires, a ainsi d’ailleurs de confronter les problématiques locales aux évolutions nationales et européennes.

A l’export, « seuls le prix et l’aspect comptent »

Lancement récolte de pommes (9)Si la pomme des Alpes doit compter avec les volumes produits dans le Limousin, c’est « la pomme italienne qui est la première concurrente », souligne M. Saint-Raymond. « En France, une pomme sur deux est exportée. Il y a une dizaine d’années, nous étions les premiers exportateurs mondiaux ; aujourd’hui, nous sommes 5ème. » Et, en matière d’exportation, « les efforts sur la qualité et sur la certification n’ont aucune valeur », constate le directeur de l’association nationale Pommes Poires. « Au niveau international, seuls le prix et l’aspect du fruit comptent. »

Du coup, notamment du fait du prix de la main d’oeuvre en France pour l’emballage (il est passé de 21/22 centimes par kilo à 27/28 centimes en dix ans) en plus d’un coût de revient de 35 centimes par kilo à la production, « tous les marchés à l’export sont désormais fortement concurrencés, y compris en Afrique du Nord, où les débouchés sont importants, bien que peu rémunérateurs », explique Josselin Saint-Raymond. La France bénéficie cependant d’une spécificité : le goût des consommateurs pour les compotes. 300.000 tonnes de pommes sont ainsi transformées. Le corollaire étant que ce sont les industriels qui donnent le prix de référence…

Si elle n’est pas un atout pour l’export, la labellisation est capitale pour le marché français. « Après le label rouge pour la golden, l’IGP, que nous avons obtenue en 2010, est une belle vitrine, même si le cahier des charges est plus contraignant », reconnaît Marie-Pierre Liautaud, présidente du syndicat des vergers des Alpes de Haute Durance. « Mais nous devons l’achalander. La rénovation de nos plantations, de nos bâtiments et des logements pour les saisonniers sont indispensables. Et nous avons besoin du maintien des aides », lance-t-elle à l’attention de Jean-Marie Bernard, président du Département.

Un trop faible taux de renouvellement des vergers alpins

Lancement récolte de pommes (18)Les vergers haut-alpins, qui ont entre 20 et 25 ans d’ancienneté, nécessitent d’être renouvelés. Or les arboriculteurs se heurtent à « une rémunération qui est 20 à 30% inférieure au coût de revient », déplore Daniel Poincelet, élu à la chambre d’agriculture. Du coup, les arboriculteurs ne peuvent pas investir dans le renouvellement de leurs plantations. « Depuis 1995, l’investissement dans les filets anti-grêle s’est fait au détriment du renouvellement des vergers ou du lancement d’une variété plus locale », analyse Eric Allard, conseiller technique à la chambre d’agriculture. L’objectif serait de renouveler 4% des vergers par an dans les Hautes-Alpes, or le taux réel ne dépasse pas 2%. Par comparaison, en Italie, les vergers sont renouvelés tous les 15 ans…

En revanche, les arboriculteurs haut-alpins sont engagés dans la démarche « Vergers écoresponsables. 2000 des 3000 hectares que compte la zone Nord Sisteron sont concernés, « ce qui exemplaire au niveau national », se félicite M. Saint-Raymond. « Nous n’avons plus de traitements systématiques, mais nous ne pratiquons que des traitements justifiés », indique Christian Troja, dont l’exploitation accueillait les élus, ce vendredi à Ventavon. Dix à quinze traitements phytosanitaires peuvent être appliqués par an. « Les pommes sont sensibles à certains champignons et certains, comme la tavelure, sont cancérigènes », souligne Eric Allard. « Les vergers sont comme nous : quand ils sont malades, on les soigne! » Mais de nouveaux outils sont mis en oeuvre. A l’instar de la confusion sexuelle, pour éviter des accouplements de papillons à l’origine du ver de la pomme par exemple. Ou encore un réseau d’une douzaine de stations météo, qui permettent de diffuser des messages aux arboriculteurs dès lors que les conditions climatiques sont susceptibles d’entraîner l’apparition de tavelure. Le traitement est alors pratiqué en connaissance de cause, car il faut éliminer ce champignon.


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