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Réfugiés

Décryptage : ce qui a fait débat autour des migrants au conseil municipal

A l’origine, il y a eu une belle unanimité. Une déclaration d’Elsa Ferrero (PCF), qui évoque le visage du petit Aylan, mort noyé sur une plage turque. Un « visage qui n’était pas celui de l’envahisseur que brandissent certains », indique la jeune élue communiste, avant de rappeler « les dizaines de réfugiés espagnols accueillis en 1939 à Gap » ou encore « les centaines de Hongrois » qui avaient été hébergés par la ville à la suite des événements de 1956. « Notre bonne ville de Gap a su faire preuve de solidarité par le passé. Nous devons rester fidèles à cet esprit de fraternité. » Le propos a été largement applaudi, sur tous les bancs du conseil municipal, vendredi soir. Mais la majorité municipale a ensuite décidé de ne pas prendre part au vote de la motion présentée par les élus PS. Cette motion a été adoptée… par les sept voix de l’opposition.

  • Le PS veut le vote d’une motion

« Nous demandons un vote sur la motion que nous présentons pour l’accueil des réfugiés », a indiqué Karine Berger, députée (PS). « Les principes doivent être rappelés car il se trouve qu’il y a des maires en France pour refuser des réfugiés, voire même pour proposer de classer les gens de manière scandaleuse. »

  • Le groupe Gauche demande un travail d’anticipation en lien avec les associations

Jean-Claude Eyraud (groupe Gauche-Tous capables) a souhaité que la municipalité s’engage de manière volontaire, à l’instar de Briançon, Embrun et d’autres communes du département. « La collectivité doit être prête à accueillir une situation exceptionnelle », a-t-il relevé. « Il me semble que la Ville de Gap devrait être à l’initiative d’un travail d’anticipation avec les associations pour prendre des mesures pratiques. »

  • La municipalité considère qu’elle est prête et estime une motion « inutile »

« Tout le monde a pris conscience de la nécessité de se mobiliser pour assurer un accueil le plus chaleureux possible à ces réfugiés, et il n’est pas utile de voter des motions », a considéré le maire, Roger Didier. « Nous sommes engagés au quotidien. Nous possédons un CADA (centre d’accueil pour les demandeurs d’asile). Les travailleurs sociaux ont travaillé sur cette question. Nous n’avons pas à essayer de nous prouver à nous-mêmes que nous sommes solidaires avec les personnes qui arrivent dans notre pays. Nous avons accueilli 25 nationalités différentes au CADA, nous avons reçu une lettre d’une réfugiée syrienne, j’ai transmis à la préfecture les propositions que nous avons reçues de la part de particuliers. La Ville de Gap est tout à fait prête à accueillir des réfugiés qui arriveraient. Nous sommes déjà dans l’action depuis plusieurs semaines. »

  • Un débat très politicien

Le débat a pris un tour très politicien, centré sur de vifs échanges entre Roger Didier et Karine Berger. Le maire a accusé la députée de « faire de la politique nationale », tout en dénonçant son absence « lors de quatre conseils municipaux » : « Vous venez une fois de temps en temps essayer de nous donner la leçon. Allez sur les plateaux télé et laissez-nous faire ce que nous faisons depuis longtemps! » « Arrêtez d’être candidat aux élections régionales », lui a objecté Mme Berger : « Vous avez peur que M. Estrosi ne comprenne pas! »

Après cet échange musclé, Bernard Jaussaud a déploré « l’attitude indigne » du maire : « On n’est pas dans une cour d’école. Vous vous adressez à une élue du peuple, à une députée. » Après la décision de la majorité ne pas voter cette motion, M. Jaussaud a d’ailleurs quitté l’hémicycle : « Passez une bonne soirée et regardez-vous en face. » Les autres élus socialistes ont à leur tour quitté la salle. Jean-Claude Eyraud est quant à lui resté, non sans se déclarer « affligé : ce débat méritait d’être un peu plus digne ».

  • Le texte de la motion

« Des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye… rejoignent l’Europe et demandent protection. Face aux drames insupportables qui se succèdent à nos frontières, le temps est à la solidarité.

Pour répondre dès maintenant, concrètement, aux drames que connaissent ces hommes, ces femmes et ces enfants qui cherchent à échapper aux guerres qui secouent leurs pays d’origine, des initiatives associatives et citoyennes viennent renforcer les propositions d’accueil par les mairies.

Sur notre territoire, plusieurs associations gapençaises et des collectifs citoyens ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à se mobiliser.

A côté des structures d’accueil et des initiatives déjà existantes, la ville de Gap s’inscrit dans cette mobilisation

Et décide :

  • Un registre sera mis à la disposition des particuliers pour recenser l’ensemble des initiatives proposées
  • En lien avec les services de l’Etat et les associations, la ville de Gap coordonnera ses initiatives afin que ces propositions d’aides trouvent rapidement une efficience
  • La ville de Gap se porte candidate pour accueillir des réfugiés sur son territoire et en faciliter l’insertion
  • Le conseil municipal appelle tous les Gapençais à un devoir de solidarité et d’humanité, afin que nous prenions notre part dans l’accueil de réfugiés dans notre ville. »


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