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Téléphérique pic de Bure

Bure : 16 ans après la tragédie, le téléphérique de l’Iram inauguré dans l’émotion (vidéo)

Jean-Marie Bernard n’a pas pu retenir ses larmes en débutant son discours. Dans un décor naturellement impressionnant, encore renforcé par des nappes de brouillard et les premières neige sur le pic de Bure, l’ambiance invitait au souvenir. Le souvenir de ce 1er juillet 1999, lorsque le téléphérique desservant l’observatoire de l’IRAM (Institut de radioastronomie millimétrique) du plateau de Bure avait basculé dans le vide, précipitant ses vingt occupants vers la mort. Et celui du crash de l’hélicoptère qui assurait le transport vers l’observatoire, le 15 décembre 1999, après avoir touché les câbles de ce même téléphérique : cinq personnes avaient été tuées dans ce nouvel accident. Cette évocation a ravivé l’émotion du président du Département, qui était alors le maire de Saint-Etienne-en-Dévoluy.

Mais, en ce 2 octobre 2015, seize ans après, l’heure était à l’écriture d’une nouvelle page au pied de cette falaise endeuillée. Avec l’inauguration d’un nouveau téléphérique, construit sur le même site que le précédent après l’abandon des autres solutions envisageables, qui accompagne la mise en oeuvre du nouveau radiotélescope millimétrique Noema, le plus puissant de l’hémisphère Nord. D’ici 2018, le nombre d’antennes doit doubler sur le plateau de Bure, en passant de six à douze.

La priorité à la sécurité sur le nouveau téléphérique

Bien entendu, la sécurité est au coeur de la conception de ce téléphérique par Leitner. D’une longueur de 4040 mètres (dont une portée de 2000 mètres entre les deux pylônes centraux), il s’agit du plus long téléphérique va-et-vient de France. Il est équipé de deux cabines : l’une pour le transport des personnes (15 places en plus du cabinier), l’autre -modulaire- pour le transport de matériel (d’une capacité de 6 tonnes). C’est en effet une spécificité de ce téléphérique : il est sollicité pour assurer le fonctionnement quotidien de l’observatoire, que ce soit pour transporter la nourriture, les déchets, du fioul, des éléments d’antennes, du gravier… Il a même été utilisé pour redescendre du plateau un Manitou qui avait servi aux travaux d’installation d’une antenne.

Il est pourvu de deux postes de pilotage : l’un à la gare aval, à l’Enclus, et l’autre à bord de la cabine, où le conducteur peut prendre la main, en fonction des conditions. La cabine est aussi équipée de caméras embarquées, qui permettent notamment d’effectuer des diagnostics permanents. Et de trois freins : électrique, mécanique et d’urgence pour la poulie motrice. La cabine est tractée par un câble et roule sur deux câbles porteurs, ce qui limite les frottements et assure au téléphérique une longévité de 60 à 80 ans. Lorsqu’une cabine monte, l’autre descend : c’est le système du va-et-vient. Au total, 34 km de câbles équipent l’installation et les quatre pylônes en acier de 35 m pèsent 350 tonnes.

« Nous ne pouvons pas garantir l’absence de risque », a reconnu Karl Schuster, directeur de l’Iram. « Mais nous avons l’engagement de nous donner les moyens de garantir la sécurité des personnes qui empruntent ce téléphérique. »


Le nouveau téléphérique de l’Iram au pic de Bure par lemedia05

Une huitième antenne en 2016 et un partenariat avec l’université du Michigan

M. Schuster a souligné que « ce téléphérique tant attendu est une partie essentielle et intégrante de notre projet Noema. Au printemps prochain, nous débuterons l’installation d’une huitième antenne et d’équipements uniques au monde. Nous sommes à la recherche de financements et de nouveaux partenaires pour lancer la deuxième phase de Noema. Et je suis heureux de vous annoncer aujourd’hui la signature d’un accord avec la prestigieuse Université du Michigan, aux Etats-Unis. »

Depuis son inauguration par le ministre de la Recherche, Hubert Curien, en 1989, « le petit interféromètre de l’époque a bien grandi », constate Jean-Marie Bernard. La députée Karine Berger s’est montrée dithyrambique à propos de Noema : « L’équation a toujours été au coeur de la connaissance, mais l’observation a toujours été la manière finale de convaincre que l’équation a raison, que c’est la façon de lire correctement notre univers, de savoir d’où l’on vient et où l’on va. C’est un immense honneur que les Hautes-Alpes accueillent une telle aventure humaine et scientifique. » Le préfet Pierre Besnard a abondé dans ce sens : « La connaissance fait avancer la science. Cet observatoire a un intérêt pour la science mais aussi pour notre département. Les Hautes-Alpes, ce n’est pas qu’un département touristique, c’est aussi de la science et de la technologie. »

Au nom du CNRS, Denis Mourard a reprécisé « l’ampleur de ce que fait l’Iram, dont l’excellence des travaux a un écho dans le monde entier. On sonde ici l’univers froid, ce qui permet de faire des études sur la physique et la chimie de l’univers pour comprendre l’évolution des étoiles, des planètes et des galaxies. L’interféromètre Noema sera dix fois plus précis que l’actuel. » Ce qui a fait dire à Markus Schleier, du Max-Planck Gesellschaft, partenaire allemand de l’Iram, sa « fierté de faire partie de cette équipe ».

 


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