Partager sur Facebook Twitter Partager sur Google Plus
Colloque stations Addet (1)

Les stations de ski des Hautes-Alpes pèsent 687 M€ et près de 12.000 emplois

On savait que les sports d’hiver constituaient un poids essentiel dans l’économie des Hautes-Alpes. Ce poids est désormais chiffré grâce à une analyse réalisée par la société Contours pour le compte de Domaines skiables de France (DSF) et la Caisse des Dépôts, avec le concours du Département des Hautes-Alpes et d’EDF. Les 27 stations de sports d’hiver du département génèrent 687 millions d’euros de retombées économiques et représentent environ 11.908 emplois. Dans cette activité économique, le chiffre d’affaires des remontées mécaniques pèse 15%. Autrement dit, lorsqu’un euro est dépensé dans les remontées mécaniques, l’effet de levier permet de générer 6,5 € de retombées. Et environ 10,5% des dépenses des séjournants sont réalisées en dehors des stations (hors retombées indirectes liées aux salariés et aux commerçants des stations).

"Le tout ski est sans doute fini, mais sans le ski, tout est fini", souligne Laurent Reynaud (DSF).
« Le tout ski est sans doute fini, mais sans le ski, tout est fini », souligne Laurent Reynaud (DSF).

« Cet effet de levier justifie l’intervention publique dans les remontées mécaniques », estime Laurent Reynaud, délégué général de DSF, qui participait à un colloque organisé par l’Agence de développement des Hautes-Alpes, ce mercredi matin à Gap, autour des conclusions de cette enquête. « Le domaine skiable ne capte que 15% de la richesse alors qu’il est le générateur de l’activité. Quand une activité enregistre un déficit de 10% et que la collectivité apporte une aide, il faut donc voir que cela permet de multiplier par 6,5 le chiffre d’affaires des remontées mécaniques. Le tout ski est sans doute fini, mais sans le ski, tout est fini. C’est l’activité socle. Et quand on investit dans la neige de culture, ça ne bénéficie pas qu’au domaine skiable. C’est aussi une assurance d’ouverture de la station et d’emploi. Ca bénéficie aux restaurateurs, aux moniteurs de ski, aux commerçants, aux saisonniers… »

Gilles Guyomard, responsable de Contours, abonde dans ce sens en soulignant que « l’activité montagne dans sa globalité représente un emploi sur trois dans les Hautes-Alpes et trois quarts des habitants des cantons de montagne ». Mais, pour lui, le département doit pourtant se ressaisir : « On laisse vieillir les installations et il n’y a pas de vraie politique de marketing ». Sur le premier point, il relève que, « chaque année, les domaines prennent six mois de vieillissement, faute d’investissements suffisants ». Ces deux dernières années, les investissements ont été pratiquement inexistants dans les stations haut-alpines. « Les remontées ont en moyenne 20 ans d’âge en France contre 12 en Autriche », confirme M. Reynaud. « La question de l’obsolescence des appareils, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur l’attractivité, ne se pose pas encore. Mais nous devons veiller à maintenir l’investissement. Même s’il faut le faire en maîtrisant les dépenses et les déficits. »

Sans travail collectif, « aucune de vos stations ne survivra sur Internet »

Sur la question du marketing digital, M. Guyomard évoque le cas du site Booking.com, qui s’intéresse de plus en plus à la montagne, et fait le parallèle avec l’attitude du groupe Accor, qui s’est longtemps reposé sur ses lauriers face au développement de ce site qui l’a aujourd’hui dépassé : « Vous n’avez aucune politique de l’offre internet! » lance-t-il tout de go. « La collaboration sur ces sujets n’existe quasiment pas, alors qu’aucune de vos stations ne survivra sur Internet, même pas Serre Chevalier! Si vous voulez vous faire tondre par les géants de l’Internet, continuez à rester dans votre coin! Ils vont vous bouffer. »

D’où l’intérêt de ce colloque, où étaient réunis tous les gestionnaires de domaines skiables des Hautes-Alpes. « La réponse, elle est aussi dans ce travail collectif », souligne Yvan Chaix, directeur de l’Agence de développement. « Il y a un vrai enjeu commercial avec Internet, et le rôle de l’Agence peut être primordial pour que nous soyons cohérents et efficaces », abonde son président, Patrick Ricou.

Département, Etat et Domaines skiables de France invitent les stations des Hautes-Alpes à "jouer groupé".
Département, Etat et Domaines skiables de France invitent les stations des Hautes-Alpes à « jouer collectif ».

« Jouer collectif », voilà bien le maître-mot, selon la directrice régionale de la Caisse des Dépôts, Elisabeth Viola. « Ce département a un énorme potentiel à condition que tout le monde tire dans le même sens. » La sous-préfète de Briançon, Isabelle Sendrané, ne dit pas autre chose, et l’illustre par plusieurs exemples parlants : « J’entends souvent les restaurateurs, les hôteliers et d’autres professionnels partenaires des stations se plaindre. Mais la participation de ces partenaires dans les domaines skiables et les offices de tourisme est insuffisante. » Avant d’épingler les élus au sujet des baisses de dotation : « Je ne suis pas très inquiète sur les économies possibles quand on peut se permettre d’avoir deux ou trois offices de tourisme avec autant des campagnes de communication sur certains domaines skiables… »

Gilles Guyomard évoque d’ailleurs l’exemple des Pyrénées où « un vrai travail de rationalisation a été engagé depuis plus de dix ans, de manière volontaire, par plusieurs domaines skiables : « Ils ont fait une centrale d’achats en commun, qui permet de rationaliser les achats d’énergie, les assurances, les tenues (…), ils travaillent sur la commercialisation en commun, ils ont une politique sur Internet… Mais pour cela, il faut accepter de ne plus être le chef. »

En tout cas, le Conseil départemental, par la voix de son président Jean-Marie Bernard, affiche le tourisme « comme une priorité départementale » et un « enjeu majeur ». Pour lui, « on ne doit pas avoir à se poser la question dans les 20 à 30 ans qui viennent pour savoir si on va avoir de la neige à l’ouverture ou non. On doit être intelligent et continuer à moderniser nos installations de neige de culture. » Quant au problème des résidences de tourisme et des « lits tièdes », « ce n’est pas en les rénovant que nous allons les remplir. Il y a peut-être des choses à faire sur la commercialisation et sur Internet. Il faut avancer groupés. »


+ Sur le même sujet...