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Aspres sur Buëch

Migrants à Aspres-sur-Buëch : face au « malaise », la maire déplore « un manque d’information »

[Mis à jour le 8 novembre]
Françoise Pinet, maire d’Aspres-sur-Buëch et conseillère départementale (divers droite) de Serres, avoue ne « plus savoir que faire ». Ainsi que nous l’avons révélé, une trentaine de migrants érythréens, qui se trouvent actuellement à Calais, pourraient prochainement rejoindre sa commune dans le cadre d’une « mise à l’abri » organisée par le gouvernement. La préfecture envisage de les accueillir à Aspres-sur-Buëch, où elle peut les héberger dans une colonie de vacances Avea-La Poste, située à l’écart du village. Le conseil municipal y est « majoritairement défavorable ».

« Ca crée un malaise dans la commune », regrette Mme Pinet, qui a adressé un courrier à l’ensemble de la population pour l’informer et l’inviter à poser des questions. « Il y a des habitants qui viennent nous interroger. On répond à certaines questions, mais nous n’avons pas les éléments pour répondre à toutes les questions. Nous ne sommes pas responsables de cette situation. C’est le préfet qui nous a informés de sa décision. Nous regrettons vraiment la façon dont l’Etat gère cela. Il aurait fallu préparer la population. »

La commune était en effet prête à accueillir des réfugiés ces dernières semaines. « Mais on nous parle de 30 migrants sur un seul site, alors qu’à Briançon, ils sont sur deux sites, et nous ne sommes que 850 habitants, pas 12.000! Cet endroit est isolé quand même. Ici, nous n’avons pas d’associations caritatives. On se demande comment ça va se passer. On se pose beaucoup de questions. » Pour autant, « on ne veut pas apparaître comme une commune fermée. Nous avons accueilli des réfugiés espagnols par le passé. C’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas eu d’anticipation. »

Une visite est prévue dans la colonie, ce lundi, avec le secrétaire général de la préfecture, Yves Hocdé, et les élus locaux, avant une réunion à la préfecture, le même jour, en présence des élus, des services de l’Etat, des associations caritatives et du Sdis (Service départemental d’incendie et de secours).

Comme ce sera le cas à Briançon, où 22 réfugiés seront accueillis dans la nuit de vendredi à samedi, ces migrants seront encadrés par les services de l’État, les travailleurs sociaux et accompagnés par les associations. « Leur séjour temporaire vise à élaborer des solutions adaptées, en fonction de leur vulnérabilité et de leur situation juridique (aide au retour, demande d’asile en France ou dans un autre pays de l’Union européenne) », détaille le ministère de l’Intérieur. La préfecture souligne que « ces personnes feront l’objet d’un accompagnement individuel en fonction de leur situation administrative et pourront bénéficier d’un suivi social et le cas échéant, d’un dispositif de nature à faciliter leur intégration ». Les frais d’accueil seront pris en charge par l’Etat.

Le FN demande un référendum local

L’accueil de ces migrants ne manque pas de faire réagir Michel Giordano, responsable FN du canton de Serres, et Amaury Navarranne, tête de liste FN des Hautes-Alpes aux élections régionales. « Malgré la compassion naturelle que peut susciter la situation des migrants, nous ne pouvons que dénoncer la tentative de passage en force de l’Etat pour faire accepter aux Français l’installation de la misère du monde chez nous. » Ils demandent l’organisation d’un référendum à Aspres. La députée PS Karine Berger condamne leurs propos. « Nous parlons d’hommes et de femmes qui ont fui leur pays pour survivre. La France, pays des Droits de l’homme, pays d’accueil depuis des siècles, se doit de leur apporter secours et dignité. La France s’est construite avec l’apport des vagues successives d’immigration. Quel Haut Alpin n’est pas le descendant ou la descendante d’un Espagnol, un Italien, un Polonais, un Harki… ? »

Les réfugiés qui pourraient arriver à Aspres-sur-Buëch d’ici la fin du mois sont des Erythréens, qui fuient la dictature de leur pays. Ils sont en majorité chrétiens. « Ils ont traversé l’Afrique dans des conditions abominables pour fuir les atrocités qu’on leur inflige dans leur pays », souligne le préfet, Pierre Besnard.

Le PS propose un accueil progressif à Aspres

La section du Parti socialiste du canton de Serres propose pour sa part que « l’accueil envisagé sur la commune d’Aspres-sur-Buëch par la préfecture soit progressif en commençant par un effectif réduit (10 à 12 personnes) et qu’il soit porté à 30 en fonction des moyens disponibles pour un accueil et un accompagnement de qualité. Le dispositif mis en place par la commune de Briançon peut être un modèle. Ses élus sont disposés à nous transmettre leur expérience. » Pour le PS, « notre canton et ses élus doivent se montrer dignes et à la hauteur de cette exigence ».


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