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Régionales UPE

Régionales : ce que les candidats ont dit aux patrons haut-alpins

A l’initiative de l’UPE 05 (Union pour l’entreprise), quatre têtes de liste départementales aux élections régionales ont présenté leurs priorités en termes de développement économique et de désenclavement, ce vendredi, à une douzaine de chefs d’entreprise des Hautes-Alpes. Chaque candidat s’est exprimé seul face aux patrons présents, les quatre invités disposant chacun de 30 minutes. L’occasion aussi pour l’UPE de mettre en avant le « contrat régional pour la croissance et l’emploi », élaboré par le Medef Provence-Alpes-Côte d’Azur en vue de ce scrutin.

Amaury Navarranne (FN) : priorité aux aides aux TPE

La tête de liste du Front national considère que « la majorité sortante n’a pas vraiment utilisé les leviers pour le développement économique. Qu’est-ce que la Région a investi? » Il déplore également « le coût outrancier du fonctionnement », appelant « à rééquilibrer le budget entre fonctionnement et investissement ». En matière économique, « la Région ne crée pas d’emplois. Elle doit être la partenaire de l’entreprise, qui, elle, peut créer de l’emploi. Aujourd’hui, il existe 40 dispositifs d’aide aux entreprises, mais seulement 1% d’entre elles en bénéficie. Nous souhaitons revoir cela. »

Amaury Navarranne.
Amaury Navarranne.

Le FN prévoit ainsi de créer un « fonds stratégique, sous forme de prêts aux entreprises, qui serait administré au niveau de chaque département sous la présidence d’un élu de la majorité lui-même chef d’entreprise. Nous souhaitons aussi localiser des fonctionnaires dans les départements pour vous aider à monter vos dossiers et vous permettre d’avoir un interlocuteur local, sans besoin d’aller à Marseille. » La priorité pour les TPE est clairement affichée par M. Navarranne : « Aider IBM à s’installer dans la Région, c’est outrancier à votre égard. Si IBM souhaite s’installer en Paca, c’est parce qu’il y a des opportunités économiques. Une multinationale n’a pas besoin des fonds de la Région. »

En matière de désenclavement, la FN estime que l’achèvement de l’A 51 est « difficilement envisageable », et préconise la réalisation d’une 2×2 voies entre Sisteron et Grenoble, « gratuite et moins coûteuse ». Quant au tunnel sous le Montgenèvre, M. Navarranne appelle à la « lucidité. On pourrait le faire mais où iraient les trains? Est-il réaliste d’envisager de doubler les voies dans le département? »

Devant les chefs d’entreprise, Amaury Navarranne s’emploie à « démystifier » une possible victoire du FN en Provence-Alpes-Côte d’Azur : « On ne va pas vous empêcher de vous développer et des sociétés vont continuer de s’implanter dans notre région. On ne peut pas imaginer gérer la Région sans savoir qu’il y aura probablement au moins un habitant sur deux qui n’aura pas voté pour nous. »

Chantal Eyméoud (UDI-Les Républicains) : « Sortir des cadres corsetés pour donner de l’oxygène » aux entreprises

« Il nous faut une personnalité pour faire remuer les choses », estime Chantal Eyméoud, en mettant en avant celle de Christian Estrosi. Et, pour le maire d’Embrun, « il faut rééquilibrer la donne pour un département qui a des besoins, par exemple sur le désenclavement numérique. L’objectif de Christian Estrosi est de faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur la première smart-région de France. Il faut qu’on rattrape le temps perdu. »

Chantal Eyméoud.
Chantal Eyméoud.

Pour Mme Eyméoud, « tout n’est pas à jeter dans un bilan mais il y a toute une approche à changer. Aujourd’hui, il y a des cadres préétablis et corsetés pour les aides aux entreprises. Il faut donner de l’oxygène pour pouvoir proposer à tous les acteurs, économiques, sociaux, aux collectivités, les moyens de travailler autrement. Nous devons repartir des besoins locaux. Le guichet unique pour les entreprises, nous avons été les premiers à le proposer dans notre programme. »

Pour la conseillère régionale d’opposition sortante, « il y a de vrais dysfonctionnements dans les réponses apportées aux demandes d’aides, que ce soit pour les entreprises ou les collectivités. C’est catastrophique. Il y a 6000 agents à la Région, et 13 à l’antenne de Gap. Nous allons serrer la vis à fond. » Chantal Eyméoud évoque également le tourisme en rappelant que « les moyens sont limités au niveau du département. La Région doit initier une promotion qui est insuffisante à l’étranger. »

Au chapitre désenclavement, Mme Eyméoud nuance les annonces sur l’A51 : « Nous ne promettons pas l’autoroute. Nous relançons le dossier : il ne faut pas l’enterrer. Nous sommes bien conscients de la difficulté. Nous voulons redonner tous les moyens pour avoir une liaison entre Gap et Grenoble de type 2×2 voies et ne pas oublier la RN 94 et la RD 1091. » Parallèlement, « nous mettrons le paquet sur le train ».

Christophe Pierrel (PS) : « Déconcentrer la Région » et « raisonner par filière »

Tête de liste PS, Christophe Pierrel indique qu’il est « évident qu’il faut soutenir » les entreprises. « Nous défendons l’idée d’un partenariat pour créer de l’emploi. Le souhait de Christophe Castaner est que l’on raisonne par filière. La diversité des filières permet de mieux digérer les crises. Dans le département, nous avons peu de capacité à absorber les difficultés, du fait de la prédominance de la filière touristique, même si la filière agricole reste importante. La filière aéronautique est une piste. Nous devons aussi pouvoir nous appuyer sur une métropole marseillaise forte. »

Christophe Pierrel.
Christophe Pierrel.

Christophe Pierrel évoque les « parlements des entreprises que Christophe Castaner souhaite créer au niveau des bassins d’emploi. L’objectif est de déconcentrer la Région. » Il se dit prêt à intervenir au capital de certaines entreprises, même de façon temporaire, à l’instar des Téléphériques de la Meije. En revanche, « Christophe Castaner est peu favorable à des aides directes, sauf en cas de difficulté ».

En matière touristique, « nous sommes à un virage. Nous devons avoir conscience que la neige va faire défaut à l’avenir. La Région aide à la mutation de Réallon par exemple pour la diversification des offres. Je suis prêt à envisager des stations plus importantes ou d’aller plus haut. Mais, aujourd’hui, on peut s’interroger sur le modèle économique de stations qui ne peuvent compter que sur la neige de culture. Il est aussi important de promouvoir d’autres saisons que l’hiver, une autre vision du tourisme. »

Exit l’A51, « irréaliste » pour le candidat socialiste : « D’ici 6 à 8 ans, il faut équiper la RD 1075 pour relier Sisteron au col du Fau avec des aménagements suffisants. » Pour ce qui est du ferroviaire, « la Région a remis à niveau des lignes. Mais on en revient aux questions budgétaires. Il faut continuer d’améliorer la ligne des Alpes, mais on ne peut pas surinvestir. En revanche, il faut avoir le matériel suffisant. »

Thierry Baud (EELV-Front de gauche) : « Nous ne sommes pas une liste anti-entreprise »

Le candidat écologiste le reconnaît devant les patrons qui lui font face : « Nous avons un certain nombre de désaccords ou peut-être d’a-priori ou d’idées reçues. On nous a souvent accusés d’être les tenants du retour en arrière alors qu’on est plutôt les tenants de l’innovation. Mais il est certain que nous demandons un certain nombre de précautions au niveau de l’impact environnemental. »

Thierry Baud.
Thierry Baud.

Sans surprise, Thierry Baud redit son « opposition ferme au projet d’autoroute. Il y a des moyens à mettre en oeuvre pour améliorer le transport des personnes et des marchandises, mais aussi le numérique. Pourquoi n’avons-nous pas été capables d’anticiper? » Il souligne aussi que la Région a « mis en place beaucoup de choses pour les transports et les TER ». Il confirme que « nous ferons tout pour stopper le projet de lignes à très haute tension. Nous devons travailler à la relocalisation de la production électrique. »

Pour le développement économique, « une grande part de nos actions ira au développement de l’innovation, à la formation, au développement des filières ». Au besoin en « condamnant des choses qui ne sont plus viables économiquement et écologiquement ». Pour Thierry Baud, « les PME et TPE, et notamment les start-up, sont celles qui ont le plus besoin de soutien. Nous ne sommes bien sûr pas des libéraux mais il est évident que l’emploi et le développement économique n’apparaissent pas par magie. La Région peut être présente pour garantir des emprunts pour les strat-up, les espaces de coworking, les structures telles que Coodyssée à Chorges… Nous ne sommes pas une liste anti-entreprise. Le modèle de notre liste, c’est le modèle coopératif et le bâtir ensemble. » La tête de liste départementale de « La Région coopérative » considère qu’il y a « de vraies filières à développer dans l’écoconstruction et les isolants écologiques ».


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