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Tetes de liste 05

Régionales : à chacun son interprétation de la percée du FN

« Un tremblement de terre politique » : le constat est d’Amaury Navarranne, tête de liste départementale du FN dans les Hautes-Alpes, au soir du 1er tour des élections régionales. De fait, avec un score sans précédent, y compris dans les Hautes-Alpes même s’il y est en retrait par rapport au résultat de Marion Maréchal-Le Pen dans l’ensemble de la région, le FN est en tête avant le premier tour. Le retrait de Christophe Castaner, au prix d’une absence d’élus de gauche au sein du conseil régional pour les six prochaines années, permet certes à la droite d’espérer remporter Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais rien n’est gagné pour autant.

Chantal Eyméoud (UDI-LR) : « Le FN ne peut pas être une réponse »

Chantal Eyméoud, tête de liste UDI-Les Républicains-MoDem dans les Hautes-Alpes, en est bien consciente. « Je salue la décision responsable de Christophe Castaner de se retirer de la compétition et je salue sa dignité », commentait-elle la nuit dernière, après avoir demandé au PS de « tout faire pour faire barrage au FN ». Pour la maire (UDI) d’Embrun, cette forte percée du Front national « est liée à la fois aux événements, car le FN surfe sur les peurs, et au chômage. Il y a un lien direct entre le taux de chômage et le vote FN. Il y a aussi une sanction nationale derrière ce vote, une sanction des partis classiques. A nous de faire un vrai travail de remise en question. »

Avec un discours très droitier et sécuritaire, Christian Estrosi n’a-t-il pas favorisé ce phénomène, comme le lui reproche la gauche? « Christian a réussi à faire l’union, ce n’était déjà pas facile, et il a fait le job », estime Mme Eyméoud. « Nous avons un très beau programme, mais nous sommes victimes d’un vote populiste et du taux de chômage. Le FN ne peut pas être une réponse, notamment au niveau économique. »

Amaury Navarranne (FN) : « Nous sommes prêts! »

Avant ce second tour, M. Navarranne assure pour sa part « se désintéresser du petit esprit boutiquier » de ses adversaires. « Nous avons entendu des déclarations hystériques ce dimanche soir. Quand on se présente à une élection, il faut accepter les règles de la démocratie, surtout quand on a le mot République à la bouche à longueur de journée. Avec près de 41% au niveau régional et 32% dans les Hautes-Alpes, ce ne sont pas des électeurs mécontents, mais des lucides! »

Pour le second tour, Amaury Navarranne entend faire campagne sur un seul thème : « Nous sommes prêts! Nous ferons une campagne de deuxième tour déterminée, mais toujours très calme. C’est la vie démocratique. » Alors que ses listes comptent relativement peu de candidats ayant une expérience d’élus, le FN ne va-t-il pas se heurter à une difficulté s’il est victorieux au second tour? « L’absence d’expérience, on nous l’a déjà opposée à Fréjus, au Luc, au Pontet, où les municipalités Front national fonctionnent très bien. C’est en fait l’absence de toute mauvaise responsabilité dans la situation qui nous vaut le soutien des électeurs. »

Christophe Pierrel (PS) : « Il va falloir se poser les vraies questions »

A gauche, c’est évidemment la déception qui prédomine, face à un score dépassant tout juste 23% au niveau régional, si l’on additionne les résultats de Christophe Castaner (PS) et de « La Région coopérative » (EELV-Front de gauche). « Il va falloir se poser les vraies questions, qui sont de savoir comment on répond au FN », estime Christophe Pierrel, tête de liste PS-PRG au premier tour dans les Hautes-Alpes. « Nous devons arriver à reconstruire. » Sur le département, la gauche résiste mieux que dans le sud de la région : « C’est un score plutôt intéressant, même si on ne peut pas être satisfait d’un FN si haut », observe M. Pierrel. « Nous avons parlé des sujets de fond dans cette campagne, et ça a payé. »

Thierry Baud (EELV-Front de gauche) : « Ce scrutin est une défaite des Républicains »

Plus à gauche, Thierry Baud (Europe Ecologie-Les Verts) et Laurent Eyraud-Chaume (porte-parole d’Ensemble-Front de gauche) considèrent que ce scrutin a validé la démarche de « La Région coopérative ». On est pourtant loin d’une réussite au niveau régional, même si le score est plus honorable dans les Hautes-Alpes (9,43%).

Pour M. Eyraud-Chaume, « à force de jouer avec les allumettes, il ne faut pas s’étonner de mettre le feu à la maison. C’est l’électorat sarkozyste qui a glissé vers le FN », estime-t-il. Même si les résultats enregistrés par le FN à Veynes ou à L’Argentière-la-Bessée montrent que le glissement vers l’extrême droite ne se limite pas à l’électorat de droite. « Ce qui m’attriste, c’est la position du PS, qui en a rajouté dans la stigmatisation à la suite des attentats. C’est aussi la conséquence de la politique gouvernementale. Quant au nombre d’abstentionnistes, il nous questionne. Ca nous renforce dans notre idée que la politique ne change pas la vie des gens. On a l’impression qu’on est au début du tunnel ou de l’hiver. Aujourd’hui, nous rentrons en résistance. Il faut réinventer une alternative politique. »

« Sur le département, c’est le début de la bataille », considère M. Baud. « Ce qui est effarant, c’est l’abstention. Ca doit nous interroger. Ni l’offre politique du PS, ni celle des Républicains ne répondent aux attentes. Pour moi, ce scrutin est très clairement une défaite des Républicains. Estrosi et Sarkozy ont décomplexé l’électorat en faveur du FN. On voit bien aussi où mènent les politiques d’austérité. » La liste « La Région coopérative » se prononcera dans les prochaines heures sur sa position pour le second tour.


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