Partager sur Facebook Twitter Partager sur Google Plus
Isoloir Régionales 2015

Hautes-Alpes : Estrosi a bénéficié des voix de la gauche, mais le FN a progressé

« Nous avons percé le plafond de verre » : le constat est d’Amaury Navarranne, tête de liste du Front national dans les Hautes-Alpes et nouveau conseiller régional. C’est bien l’enseignement de ce second tour des élections régionales dans le département, même si celui-ci a vu la nette victoire de la liste de Christian Estrosi (Les Républicains-UDI-MoDem) avec 61,23% des voix. C’est d’ailleurs le département où le futur président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur réalise son meilleur score.

De fait, le vote FN s’ancre dans la région, mais aussi dans les Hautes-Alpes. Il suffit de comparer les chiffres : le 21 mars 2010, la liste conduite par Jean-Marie Le Pen recueillait 8158 voix dans le département (14,31%) ; dimanche dernier, Marion Maréchal-Le Pen multipliait par trois le nombre de suffrages de son grand-père (19.250 voix, soit 32,58%) ; ce dimanche, sans disposer d’un réservoir conséquent de voix (moins de 1700, si l’on prend en compte les résultats de Jacques Bompard et de Debout la France), Mme Maréchal-Le Pen a pu recueillir 23.341 voix (38,77%), soit plus de 4000 votes supplémentaires par rapport au premier tour. Cela permet au Front national d’obtenir le premier siège de son histoire dans les Hautes-Alpes.

Malgré les votes blancs à Briançon ou L’Argentière, une large majorité pour Estrosi

Pour Christian Estrosi, la mobilisation de la gauche en sa faveur a joué à plein. Le député-maire de Nice a multiplié par 2,5 le nombre de voix qu’il avait réunies au premier tour, passant de 14.500 voix à 36.858 ce dimanche. Il est arrivé en tête dans huit communes sur dix lors du second tour. Même à Briançon, où le maire Gérard Fromm et plusieurs socialistes ont rendu leur carte du PS pour dénoncer le retrait de Christophe Castaner et ont appelé à voter blanc, la liste Estrosi a recueilli 65,53%, tandis que les bulletins blancs et nuls (15,73%) étaient légèrement supérieurs à la moyenne départementale (13,17%). Même à L’Argentière-la-Bessée, la ville de Joël Giraud, où les bulletins blancs et nuls ont été les plus nombreux (20,62% des votants), Christian Estrosi est arrivé largement en tête (62,74%).

« Il y a eu un réveil des vrais républicains, qui se sont enfin intéressés aux régionales », estime Christophe Pierrel, qui conduisait la liste PS dans le département au premier tour. « J’espère que Christian Estrosi considère que ce n’est pas sa victoire, mais que c’est celle de la République. Il ne peut pas avoir la même politique que celle qu’il avait annoncée pendant sa campagne. » Même analyse de Thierry Baud, qui était tête de liste de « La Région coopérative » (EELV-Front de gauche) au premier tour : « Les électeurs de gauche ont fait le boulot. Nous avons pris nos responsabilités. La charge de Christian Estrosi est extrêmement lourde : ce n’est pas au PS qu’il doit tendre la main, mais aux citoyens. Ce sont eux qu’il faut réassocier. »

Eyméoud : « Ce n’est pas la victoire d’un parti »

Chantal Eyméoud, qui devrait devenir vice-présidente de la Région (tout comme le maire de Gap, Roger Didier), en a bien conscience : « Ce n’est pas la victoire d’un parti, mais des valeurs de la démocratie, de la liberté de penser. Je salue les électeurs de gauche qui ont voté pour notre liste. » Dans ces circonstances, le programme de la nouvelle majorité sera-t-il modifié pour prendre en compte ce vote? « Nous devons travailler avec les forces politiques qui auraient pu siéger au conseil régional, et c’est le sens du conseil territorial que va créer Christian Estrosi, et qui associera ces différentes forces. Il faudra bien évidemment travailler sur les grands enjeux de notre programme et les évoquer dans ce cadre. Notre majorité doit tenir compte de ces échanges. Ca ne nous simplifiera pas la vie, mais c’est la nécessité du respect démocratique. »

Quant à Amaury Navarranne, il refuse de parler d’échec : « Doubler le nombre de nos élus n’est pas un échec. Qui, en juillet dernier, aurait pu parier qu’il y aurait un élu Front national dans le département? Si la démocratie avait été respectée, sans cette union contre-nature entre la droite et la gauche, il en aurait été autrement. Je vais siéger dans l’opposition. Nous serons constructifs autant que faire se peut. Nous essaierons de limiter la casse entre ce qu’a promis Estrosi pendant la campagne et ce qu’il a promis à la gauche dans l’entre-deux tours. »


+ Sur le même sujet...