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Raphaël Balland, procureur de la République de Gap, et des terrasses du VVF de Lagrand (photos d'archives).Raphaël Balland, procureur de la République de Gap, et des terrasses du VVF de Lagrand (photos d'archives).

Agression de Lagrand : le suspect n’aurait pas supporté un geste du père des enfants

On en sait davantage sur les circonstances de l’agression au couteau dont ont été victimes une mère de 45 ans et ses trois filles (âgées de 8, 12 et 13 ans), ce mardi matin, dans un village-vacances VVF de Lagrand. Le mari et père des quatre victimes, qui n’a pas assisté à l’agression mais qui a croisé l’agresseur présumé avant sa fuite, a déclaré que ce dernier lui avait reproché un geste, qu’il ne se souvient pas avoir fait. « Tu n’aurais pas dû faire ça devant ma femme », aurait lancé l’agresseur, en mimant le geste de se gratter au niveau de l’entrejambe par-dessus son short. En revanche, il n’a prononcé aucun mot lorsqu’il a poignardé les quatre victimes.

« En tout état de cause, il est difficilement compréhensible qu’un tel geste puisse être à l’origine d’une agression aussi grave commise par une personne qui serait saine d’esprit ou dénuée de toute démarche idéologique », estime le procureur de la République de Gap, Raphaël Balland.

En garde à vue, il s’emporte et crie « Allah akbar »

Les victimes hors de danger

Au lendemain de l’agression, les quatre victimes, qui ont toutes été blessées par un couteau au niveau du thorax, sont désormais hors de danger, y compris la plus jeune des filles, âgée de 8 ans et demi, dont un poumon avait été touché et qui a été opérée au CHU de Grenoble. « Elles sont évidemment très choquées », souligne le procureur de la République.

L’hypothèse de la radicalisation n’est pas privilégiée, en l’état de l’enquête, même si le procureur a relevé un incident survenu lors de la garde à vue de Mohamed B. à la brigade de gendarmerie de Laragne-Montéglin. Refusant qu’on lui prenne ses empreintes, il s’est emporté et a crié à trois reprises : « Allah akbar » (Dieu est grand).

Selon sa famille, Mohamed B. est musulman pratiquant. L’intéressé a cependant déclaré aux enquêteurs qu’il était peu intéressé par la religion et qu’il n’allait plus à la mosquée depuis avril dernier, ce que les enquêteurs doivent vérifier. Devant les gendarmes, il a indiqué que les attentats et Daech « n’ont rien à voir avec l’Islam qui est une religion de paix » et a affirmé ne pas supporter la violence…

« Pour le moment, les perquisitions et premières exploitations des documents et objets saisis n’ont mis en évidence aucun phénomène de particulière radicalisation de type islamiste, ni aucun élément permettant d’affirmer que son acte était en rapport avec les événements terroristes qui ont ensanglanté notre territoire ces derniers mois », assure Raphaël Balland. La section antiterroriste du parquet de Paris n’a d’ailleurs pas souhaité se saisir de ces faits, en l’état de l’enquête.

Le suspect affirme souffrir de schizophrénie, alors que le psychiatre n’a pas relevé de pathologie

Ce que l’on sait de Mohamed B.

De nationalité marocaine, Mohamed B., 37 ans, réside en France depuis 1987. Il est en situation régulière. Il s’est marié en 2007 au Maroc et sa femme est arrivée en France en 2011. Il a deux enfants de moins de 10 ans et son épouse attend un troisième enfant. La famille demeure à Limay (Yvelines).
Il a régulièrement travaillé, mais il connaissait depuis plusieurs mois des difficultés financières en raison d’emplois instables. Depuis quelques semaines, il aurait travaillé comme chauffeur VTC mais il affirme ne pas avoir été payé.

S’agissant de la santé mentale du suspect, la situation est floue. Son examen psychiatrique, réalisé ce mardi lors de la garde à vue, n’avait pas révélé de pathologie particulière, le psychiatre affirmant même que son discours était cohérent et en lien avec la réalité.

Mohamed B. a cependant affirmé, ce mercredi matin, devant le procureur de la République, qu’il souffrirait de dépression, mais aussi de schizophrénie depuis plusieurs années. Il a précisé aux enquêteurs qu’il était en invalidité depuis 2009 pour ses problèmes psychologiques, voire psychiatriques, et qu’il suivait un traitement médical qu’il aurait arrêté de prendre depuis environ six mois. Ces affirmations, confirmées par la famille, sont en cours de vérification par les gendarmes de la brigade de recherches de Gap et de la section de recherches de Marseille.

Le suspect est en tout cas avare de déclarations sur les faits. Lors de sa première audition, mardi soir, il avait affirmé ne se souvenir de quasiment rien concernant l’agression. Une « deuxième longue audition » a été réalisée ce mercredi : il a déclaré préférer garder le silence concernant les faits, tout en disant qu’il avait « des remords ».

Le procureur a précisé qu’un couteau pliable avec une lame de 12 cm avait été retrouvé sur le lieu de l’agression. Deux autres couteaux identiques ont été retrouvés dans son véhicule. Le suspect a expliqué qu’il vendait ce type de couteau dans des brocantes.

Ce jeudi matin, Mohamed B. sera présenté à un juge d’instruction du pôle criminel de Grenoble, qui devrait lui signifier sa mise en examen pour tentative de meurtre et tentatives de meurtres sur mineurs de moins de 15 ans. Le juge des libertés et de la détention de Grenoble sera également appelé à se prononcer sur la détention provisoire du suspect.


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