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Torture après un piratage : une activiste saoudienne porte plainte contre un ex-employé de la NSA

La militante saoudienne des droits de l’homme Loujain al-Hathloul a déposé plainte aux États-Unis contre le fabricant de logiciels espions DarkMatter des Émirats arabes unis et contre trois anciens employés de la NSA qui ont travaillé pour cette entreprise. La militante des droits des femmes est soutenue par l’Electronic Frontier Foundation (EFF). Ils reprochent aux accusés d’avoir illégalement piraté l’iPhone d’al-Hathloul et d’avoir ainsi contribué à son arrestation.

Al-Hathloul avait été arrêtée en mars 2018 à Dubaï par les forces de sécurité saoudiennes et emmenée contre son gré en Arabie saoudite. Elle y a été torturée, entre autres, dans une prison secrète, dit-elle. Elle accuse maintenant les trois ex-employés de la NSA, entre autres, de crimes contre l’humanité, car le piratage fait partie d’une attaque systématique contre des activistes.

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Al-Hathloul, 32 ans, a acquis une notoriété internationale grâce à son engagement pour les droits des femmes dans le royaume d’Arabie saoudite. C’est surtout à l’aide des réseaux sociaux qu’elle s’est engagée contre l’interdiction de conduire et les règles de tutelle pour les femmes dans son pays. Fin 2014, elle s’était ainsi filmée alors qu’elle tentait de se rendre en Arabie saoudite en voiture.

L’interdiction de conduire pour les femmes a certes été levée dans le royaume à la mi-2018, mais le régime avait ensuite fait preuve de la plus grande sévérité à l’encontre de militantes connues comme al-Hathloul. Al-Hathloul avait été condamnée fin 2020 à plus de cinq ans de prison, mais elle a depuis été libérée. Elle reste toutefois soumise à une série de restrictions, notamment l’interdiction de quitter le pays.

Les trois anciens employés de la NSA contre lesquels leur plainte est désormais dirigée avaient reconnu en septembre devant un tribunal américain avoir travaillé comme hackers pour les Émirats arabes unis et avoir enfreint les lois américaines. Ils avaient travaillé pour Darkmatter entre 2016 et 2019 et avaient notamment aidé à développer des outils d’attaque fonctionnant sans l’aide des victimes (« Zero Click »). Bien qu’ils aient été informés qu’une licence américaine était nécessaire pour de telles activités, ils auraient continué à travailler. Ensemble, ils devront notamment payer une amende de 1,7 million de dollars.

Contrairement à l’entreprise israélienne NSO par exemple, Darkmatter ne s’est pas contenté de développer des outils d’espionnage, mais les a utilisés lui-même, tel est l’un des reproches d’al-Hathloul et de l’EFF. Le piratage de l’iPhone de serait une violation manifeste de la loi anti-piratage CFAA (Computer Fraud and Abuse Act). « Ce type de délit est exactement ce contre quoi la CFAA est dirigée », exprime l’avocat de l’EFF Mukund Rathi. La plainte a été déposée dans l’État américain de l’Oregon, où réside désormais l’un des accusés.

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