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Débat Provence et pas PACA (1)

Pour bannir l’acronyme Paca, faut-il donner à la région le nom de Provence?

Pour l’Unioun Prouvençalo, qui organise ce week-end la 29e Fête du peuple provençal à Tallard, c’est déjà une vieille revendication. Pendant un temps, elle a trouvé écho auprès de Michel Vauzelle, le président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui avait lancé un vaste débat pour renommer la région. Plus de 60% des 10.000 personnes qui avaient répondu s’étaient prononcés pour « Provence ». Le projet a fait long feu, du fait des oppositions de certains élus alpins (Joël Giraud en particulier) et surtout niçois. A quelques mois des élections régionales, le mouvement provençaliste a voulu relancer le débat. Les candidats ne se sont pas vraiment pressés au portillon, ce qui n’a rien ôté à la pertinence des échanges.

Dans une introduction vidéo, le Pr Philippe Blanchet, professeur de sociolinguistique à l’université de Rennes 2 Haute-Bretagne et spécialiste de la Provence, a rappelé les enjeux : « Les noms de lieux ne sont pas simplement des étiquettes techniques. C’est chargé d’histoire, d’imaginaire, de musique, d’appartenance, d’attachement et d’une certaine façon d’identité. Or nous avons la chance d’être dans une région au nom particulièrement évocateur au niveau international. » L’universitaire est aussi revenu sur la particularité de ce nom de Provence-Alpes-Côte d’Azur, « le plus nom de toutes les régions françaises, ce qui a fait naître l’horrible expression Paca. Nous sommes la seule région de France à avoir droit à ce traitement. » Qui plus est, Paca rappelle le terme provençal « pacan » (« plouc »), « un mot injurieux dans notre propre langue ». Pour le Pr Blanchet, « il faut absolument changer ce nom. Provence est difficilement acceptable par Nice et les Alpes. C’est un combat difficile. Il faut changer beaucoup de choses, y compris des inerties et des méconnaissances. »

"Pour moi, Paca est une horreur absolue, une négation", avoue le conseiller régional Hervé Guerrera.
« Pour moi, Paca est une horreur absolue, une négation », avoue le conseiller régional Hervé Guerrera.

« Pour moi, Paca est une horreur absolue, une négation », avoue l’élu aixois Hervé Guerrera, conseiller régional, représentant le président de la Région, Michel Vauzelle. « M. Vauzelle, comme beaucoup d’élus régionaux, n’emploieront jamais le terme Paca par respect. Mais les jeunes n’ont souvent entendu que Paca. Et, dans mes fonctions, depuis 5 ans, je me bats pour éviter que les services n’emploient ce terme, alors qu’avec le traitement de texte, ce n’est pas plus long d’utiliser Provence-Alpes-Côte d’Azur. »

Tout en reconnaissant que Paca est problématique, plusieurs participants ont fait part de leurs réserves vis-à-vis de Provence. « On ne se retrouve pas forcément dans ce nom, même si nous avons des côtés provençaux », estime le maire de Tallard, Jean-Michel Arnaud. « Le nom barbare de Paca signifie tout et rien », admet Jean-Baptiste Aillaud, maire de Châteauvieux. « Pour nous, la Provence est un patrimoine commun. Mais je pense que nous aurions beaucoup de mal à vendre des séjours dans nos stations avec ce nom. Pourquoi pas Provence Alpes, parce que, sinon, je pense que nous ferions beaucoup de frustrés. » Un autre participant considère que « la Provence, c’est là où pousse l’olivier. Il ne faut pas éliminer les Alpes. En bon Provençal, je tiens au mot Provence, mais il faut qu’on puisse allier les Alpes à cela. »

« Provence ne satisfait pas tout le monde mais c’est un dernier recours pour éviter une dilution de notre identité »

« Pourquoi je suis pour le seul mot de Provence? Car il est porteur d’histoire », indique Hervé Guerrera, rappelant que Frédéric Mistral a défini la Provence dans ses limites administratives actuelles (de Nice et des îles d’Hyères à Briançon). « Je crains que, si on accole plusieurs noms, on ne retombe dans le même travers avec un couillon qui sortira un sigle. Provence, c’est le meilleur pour moi, et en tout cas le moins mauvais. Allez en Amérique, en Chine, Paca, ça ne porte pas l’économie et l’emploi de notre région. » Michèle Féraud suggère d’ailleurs de « mettre en avant une marque Provence dans toute la diversité de la région, comme Nestlé peut le faire, loin des produits laitiers d’origine. » Et Louis Scotto d’ajouter : « Je ne vois pas en quoi le fait d’être Alpin empêcherait d’être Provençal, et inversement. Que vos Alpes soient aussi les Alpes de Provence! Si nous étions tous Provençaux, nous le serions à égalité, au lieu d’avoir des Provençaux, des Alpins et des Azuréens. Provence ne satisfait pas tout le monde mais c’est un dernier recours pour éviter une dilution de notre identité. »


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