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Un an de prison ferme requis après une noyade en rafting sur la Durance

Au terme d’une surprenante audience à charge, le procureur Emmanuelle Porelli a requis deux ans d’emprisonnement, dont un avec sursis et mise à l’épreuve, à l’encontre d’un guide de rafting de 23 ans, ce jeudi, à la suite de la noyade d’une touriste belge, en juillet 2013 sur la Durance. Le parquet a requis deux ans avec sursis et mise à l’épreuve, avec deux ans d’interdiction professionnelle, à l’encontre du responsable de l’entreprise de rafting, qui se trouve être le père du guide. Le tribunal correctionnel de Gap a mis son jugement en délibéré au 13 mars.

Le 21 juillet 2013, un raft qui transporte neuf personnes, dont quatre mineurs, se renverse au niveau de la vague du Rabioux, à la suite d’un choc avec un kayak. Si huit des passagers parviennent à regagner les berges sans trop d’encombres, avec l’aide de leur guide, une touriste belge de 48 ans, Annick Descamps, est emportée par le courant, sous les yeux de son mari, avec lequel elle faisait cette balade sur la Durance. Le guide tente bien de la rattraper en courant sur la berge puis en se jetant deux fois à l’eau, mais il n’y parvient pas. Retrouvée quelques kilomètres plus loin, à Pralong (Saint-André-d’Embrun), la victime ne pourra être ranimée et l’autopsie conclura à une mort par noyade.

Le ministère public reproche au guide d’avoir violé l’interdiction d’exercer qui lui avait été signifiée par l’administration. Titulaire d’un brevet d’Etat d’éducateur sportif option activités nautiques, ce jeune homme avait fait par le passé l’objet d’une ordonnance pénale pour consommation de stupéfiants. Laquelle est inscrite à son casier judiciaire, ce qui a amené la direction de la cohésion sociale et de la protection des populations à rejeter sa demande de carte professionnelle. De ce fait, il avait interdiction d’exercer ses fonctions d’éducateur sportif à compter du 27 mai 2013. Le parquet lui reproche aussi de ne pas avoir de téléphone portable lors de l’accident, ni de trousse de secours. Et le père, un sexagénaire qui exerce depuis 25 ans sur la Durance, doit notamment répondre de ne pas avoir vérifié que son fils avait sa carte professionnelle. « Peut-être que si les règles de sécurité avaient été respectées, la victime serait encore en vie », estime la présidente, Josiane Magnan.

« Le lien de causalité est évident, même s’il est indirect »

Toute la difficulté est d’établir le lien entre ces dysfonctionnements et la mort de cette touriste, lien qui semble bien ténu. « Y-a-t-il une responsabilité ? » s’est demandé Me Leclerc, partie civile. « Je pense que oui. Vous avez le travers qu’ont beaucoup de professionnels, spécialement en montagne : vous avez extrêmement confiance en vous. Il faudrait que vous soyez toujours habité par le doute. Ce doute-là, je ne l’ai pas senti ».

Le procureur Emmanuelle Porelli dénonce « un certain nombre de fautes ». Et notamment le fait que le guide ait oublié son téléphone portable : « Si les secours avaient été prévenus immédiatement, Mme Descamps serait encore parmi nous », se risque à pronostiquer le ministère public. « Cette dame s’était adressée en toute confiance à des professionnels pour faire une balade. Or ce guide a pratiqué cette activité malgré l’interdiction qui lui avait été signifiée. C’est une infraction pénale en soi. Il l’a d’abord caché aux gendarmes, de sorte que nous n’avons pas pu vérifier s’il avait consommé des stupéfiants lors de l’accident. Il n’était pas en mesure d’assurer sa sécurité et c’est bien cela qui est en cause. A aucun moment, on ne demande aux clients s’ils savent nager, aucun témoin ne le dit. Le lien de causalité est évident, même s’il est indirect ».

A contrario, Me Garcia, avocat des deux prévenus, se demande « où est le lien de causalité. Il y a des dysfonctionnements, je n’en disconviens pas, comme dans beaucoup d’entreprises sportives. Mais les reproches fondés que vous pouvez leur adresser ne sont pas à l’origine de ce décès ». L’avocat rappelle que « ce guide de rafting a évidemment un diplôme de secourisme, indispensable pour un brevet d’Etat. Il avait le téléphone de l’établissement dans une poche étanche, mais malheureusement la batterie était à plat. Dans un premier temps, il a veillé à sécuriser tous les passagers, puis il a tenté de rattraper la victime. Il a très vite demandé à quelqu’un de prévenir les secours. Ce sont les gendarmes qui disent que l’alerte a été donnée en 4 minutes. Il n’y a donc pas de lien de causalité par rapport à ce fameux téléphone ». Reste la question de la carte professionnelle, « l’élément le plus ennuyeux. Mais ce qui est nécessaire pour la sécurité, c’est le brevet d’Etat, ce n’est pas la carte professionnelle, qui est une formalité administrative ». Pour la défense, « la cause de cette noyade reste un mystère. La victime avait indiqué qu’elle était une très bonne nageuse. La cause de ce drame, elle est bien dans la présence de ce kayakiste qui était en train de surfer sur la vague du Rabioux, de rester en équilibre dessus ».

Un débat autour des gilets de sauvetage… pourtant pas mis en cause

Une partie des débats va porter sur le gilet de sauvetage que portait la victime, alors même que ce point n’est pas reproché aux prévenus. S’appuyant sur des clichés de l’accident, pris par un photographe professionnel qui était présent sur la berge, la présidente s’étonne pourtant de voir que le gilet de la victime remontait jusqu’à sa bouche, lors de l’accident, et que son casque retombait en avant. Quant à la représentante du ministère public, elle se demandera si le gilet était suffisant : « Je ne le pense pas, mais ce n’est pas visé dans la procédure. » Les prévenus se défendent, en précisant que le gilet remonte naturellement en pareille situation, a fortiori dans le cas d’une personne corpulente comme la victime, mais « permet de maintenir la tête hors de l’eau ». Me Garcia le rappellera dans sa plaidoirie : « Tous les gilets sont aux normes européennes ».


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