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Les Moulins, Crots

Crots : six à huit mois de prison ferme requis contre le « corbeau » présumé

Le procureur de la République de Gap a requis six à huit mois de prison ferme à l’encontre d’une prévenue de 72 ans, jugée pour une série de lettres et colis anonymes, de menaces et même de vols de courrier entre octobre 2012 et juin dernier. L’une des victimes est un gendarme de la brigade d’Embrun, qui avait dirigé la précédente enquête et qui a notamment reçu des rats vivants par colis postal, auxquels étaient joints des lettres outrageantes. La prévenue, qui a déjà été condamnée à six mois d’emprisonnement avec sursis pour des courriers anonymes, nie être l’auteur de ces nouveaux envois. Le tribunal correctionnel a mis son jugement en délibéré au 27 novembre.

Le « corbeau de Crots » sévit depuis 2011 dans le quartier des Moulins, à proximité du carrefour entre la RN 94 et la route de Boscodon. C’est un conflit de voisinage lié à des acquisitions de terrains qui semble être à l’origine de cette vindicte qui s’exprime anonymement. Et qui a été marquée par plusieurs incendies criminels, classés sans suite par le parquet, faute d’auteur identifié. Lors de la première affaire, Gisèle Dauphin avait été confondue par son ADN que les techniciens en investigation criminelle de la gendarmerie avaient pu identifier derrière un timbre. La prévenue est allée jusqu’à la Cour de cassation pour contester sa condamnation, mais sans succès.

Des colis avec des rats vivants,
des pies mortes ou un pied de cochon

Ce jeudi après-midi, cette nouvelle affaire a occupé le tribunal correctionnel de Gap pendant près de trois heures et demie… Mais c’est essentiellement la présidente Isabelle Defarge qui aura parlé durant les débats, en égrenant le contenu de tous les courriers et colis anonymes reçus par les différents destinataires. Au-delà des courriers qu’il envoyait, qui contenaient parfois des rats vivants, des pies mortes, un pied de porc ou encore des morceaux d’os de boeuf en décomposition, le corbeau détournait également des missives envoyées par des habitants des Moulins en ouvrant la boîte aux lettres de La Poste !

Cette fois-ci, aucun des prélèvements réalisés sur les envois anonymes n’a pu désigner un auteur. Les gendarmes ont cependant déployé une caméra de vidéosurveillance pour filmer la boîte aux lettres du quartier. Et par deux fois, le 31 juillet 2013 à 4h39 du matin et le 28 novembre à 6h37, une femme est filmée alors qu’elle dépose un colis dans la boîte. La prévenue n’est cependant pas formellement identifiée, même si, comme elle, elle a une « démarche penchée » et qu’elle est aussi suivie par un chat siamois. Elle est également filmée à l’Intermarché de Baratier le jour où un autre courrier anonyme y est envoyé. La perquisition réalisée à son domicile permet d’y saisir un rouleau de papier cadeau neuf identique à celui qui emballait un des colis. Et surtout, à l’arrivée des gendarmes, elle refuse de leur remettre une feuille de papier qu’elle tient dans ses mains et qu’elle déchire. A partir des morceaux qu’ils récupèrent, les militaires vont reconstituer cette lettre qui évoquait des aveux prétendus d’une ancienne voisine qui aurait désigné son mari comme étant l’auteur des mystérieux incendies de Crots…

Pourtant, lorsqu’elle est enfin interrogée par la présidente sur les faits, la prévenue nie en bloc. « Ce n’est pas moi. J’ai autre chose à faire que toutes ces lettres. Je regrette beaucoup pour ce gendarme. Je ne lui ai jamais rien envoyé. »

« La prison est la seule peine possible pour lui faire comprendre que les gens ont droit à la paix »

« Ca peut prêter à sourire sur l’instant, mais c’est beaucoup moins plaisant quand ça s’inscrit dans le temps et qu’on écrit à un gendarme de faire attention à sa famille, un accident étant si vite arrivé », dénonce le procureur Raphaël Balland. Pour lui, « il y a deux choses objectives. Elle apparaît très clairement sur la vidéosurveillance devant la boîte aux lettres, où des colis ont été retrouvés le lendemain, alors qu’il faut la clé pour les y déposer. Par ailleurs, un bloc de papier a été saisi dans la perquisition avec des traces de foulage (sillons laissés sur une feuille qui se trouve sous le papier sur lequel on écrit, NDLR) sur une feuille, qui collent parfaitement à l’un des courriers anonymes. » S’agissant de la peine, le procureur a reconnu que « c’est un peu plus compliqué. C’est quelqu’un qui se moque de la justice depuis des mois. Est-ce que c’est parce que c’est une femme et qu’elle a 72 ans que vous ne pouvez pas l’envoyer en prison ? J’ai beau réfléchir, c’est la seule peine possible pour lui faire comprendre que les gens de Crots et les gendarmes ont le droit à la paix. Un aménagement de la peine sera toujours possible s’il n’y a plus de courriers anonymes, car c’est mon objectif principal. »

Me Jean-François Philip plaide quant à lui la relaxe de la prévenue. « Je ne reconnais pas ma cliente sur la vidéo, il n’y a pas de certitude, estime l’avocat. Selon les experts de l’IRCGN, il n’y a aucun élément exploitable sur les courriers. Quant aux traces de foulage, il n’y a que des bouts de chiffres ou de lettres, ce ne sont pas des éléments sérieux. On est dans un doute certain. »

(Vue satellite du quartier des Moulins : Google)


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