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Palais de justice (3)

Gap : deux ans ferme pour avoir usurpé l’identité d’un copain d’enfance

C’est l’histoire d’une fuite en avant d’un jeune de 30 ans. Et Guillaume Boivin, ancien ouvrier boulanger, est en train de régler l’addition à la maison d’arrêt de Luynes. Un séjour que le tribunal correctionnel de Gap a allongé de deux ans, ce jeudi, après l’avoir condamné pour usurpation d’identité, escroquerie et tentative d’escroquerie.

Durant deux ans, de 2011 à août 2013, Guillaume Boivin, originaire de Vichy, s’installe à Gap où il vit chichement, dans la forêt, « au pied d’un puits », dit-il. Il a pris une autre identité, celle d’un autre Guillaume, qu’il a fréquenté sur les bancs de l’école maternelle et dont il se rappelait la date de naissance. Il a ainsi pu obtenir une carte d’identité à son nom, percevoir le RSA pendant quatre mois, ouvrir un compte en banque sur lequel il a tenté de faire transférer le contenu du livret A de celui dont il avait volé l’identité…

Depuis le box des détenus, il lit au tribunal les explications qu’il a rédigées dans sa cellule. Tout débute en avril 2010, selon lui. Il doit alors être jugé en Auvergne pour une conduite en état d’ivresse et sous l’emprise de stupéfiants. Mais l’affaire est renvoyée en septembre. « Je ne me suis pas représenté devant le tribunal et j’ai été inscrit au fichier des personnes recherchées », avance-t-il. « Je me suis accroché, disons plutôt suspendu, à ma liberté. A 26 ans, je ne me voyais pas en prison. » SDF à Paris, il est interpellé dans le métro par des agents de la RATP qui saisissent sur lui « un couteau de pêche à cran d’arrêt ». Il est conduit dans un commissariat. « J’ai usurpé son identité pour rester en liberté, car je savais que j’étais recherché », dit-il. Et l’utilisation de cette identité d’emprunt est allée crescendo.

Le procureur épingle la mairie de Gap et le Conseil général

« Imaginons-nous de ne plus être maître de quoi que ce soit sur son identité pendant deux ans et demi », suggère Me Corinne Pellegrin, conseil de l’autre Guillaume, qui se constitue partie civile. « On commence à recevoir une amende de la RATP, puis une autre de la SNCF, on reçoit un appel de sa banque pour confirmer la fermeture de son propre compte… On peut se demander jusqu’où ça peut aller. On lui a suspendu ses aides, on lui a demandé des comptes… La liberté de mon client a été mise à mal par la volonté de M. Boivin de préserver la sienne. »

Le procureur de la République, Raphaël Balland, souligne que « l’usurpation d’identité est un problème de société majeur ». S’il veut « bien croire le désarroi » du prévenu, il relève aussi que celui-ci est « quelqu’un d’habile et de déterminé. C’est un système assez perfectionné. Il essaye de pomper les économies de son ami d’enfance. » Au passage, le procureur étrille la mairie de Gap, qui a fait établir cette vraie-fausse carte d’identité « avec extrêmement de légèreté », mais aussi le Conseil général des Hautes-Alpes, « qui ne poursuit jamais les fraudes au RSA. Je tiens à poursuivre car c’est de l’argent public. » M. Balland requiert une peine de deux ans de prison, « peine plancher applicable pour escroquerie en récidive ».

Pour sa défense, Guillaume Boivin se contente d’ajouter que « la détention, c’est pas la solution, mais bon, ça se passe. »

Le tribunal correctionnel, présidé par Isabelle Defarge, suit les réquisitions et prononce une peine de deux ans d’emprisonnement. Il est également condamné à verser 2500 € de dommages-intérêts pour le préjudice moral de son copain d’enfance dont il avait volé l’identité.


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