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Police palais de justice (2)

Braquage du patron du « Beausoleil » : les deux agresseurs condamnés à 3 et 4 ans de prison


Les deux auteurs présumés de l’agression du gérant du bar « Le Beausoleil » ont été condamnés à trois et quatre ans d’emprisonnement, ce mardi après-midi, par le tribunal correctionnel de Gap. Le procureur de la République Raphaël Balland avait requis cinq ans de prison contre les deux prévenus, en soulignant le risque pris en braquant la victime avec un pistolet chargé. Finalement, Yanis Harnoufi, un Veynois de 20 ans au casier déjà fourni, a été condamné à trois ans d’emprisonnement, et François Rossi, un Corse de 62 ans déjà condamné dans un lointain passé, a écopé de quatre ans de prison. Tous deux ont été placés sous mandat de dépôt.

Ce dimanche, entre 10h et 10h30, David Richaud, le patron du « Beausoleil », a été agressé à son domicile, à proximité de son bar de la place de la République à Gap, par deux individus dont le visage était dissimulé. Lorsque le commerçant a ouvert sa porte, l’un des deux agresseurs l’a immédiatement braqué avec une arme de poing. David Richaud a alors tenté de repousser le braqueur, constatant au passage que l’arme était bien réelle, et le second malfaiteur lui a alors aspergé le visage de gaz lacrymogène. Le commerçant, en petite tenue, a alors pris la fuite vers la place de la République, où il a été recueilli par la boulangère, tout en criant « Je me suis fait braquer ». Pendant ce temps, Rossi et Harnoufi ont rapidement regardé dans l’appartement s’ils trouvaient de l’argent, mais ils ne se sont pas attardés, ne voyant ni la montre de valeur qui se trouvait sur une table basse, ni la compagne de la victime, qui dormait dans sa chambre. Les deux agresseurs se sont à leur tour enfui en courant.

« Casse-toi ou je tire », crie l’un des braqueurs, en menaçant de son arme un témoin qui les poursuit

Un passant, alerté par les cris de la victime, les a cependant pris en chasse, avant d’être menacé avec l’arme de poing : « Casse-toi ou je tire », crie Rossi. Ce témoin, décidément courageux, continue pourtant de les suivre, à distance. Et il peut guider les policiers jusqu’à une entrée de la rue Pérolière où ils se sont engouffrés.

Une patrouille de police est alors entrée dans l’immeuble, découvrant une arme jetée sous des vélos et des poussettes. Il s’agit d’un calibre 7,65 qui est chargé! Mais les deux suspects ont disparu. Arrive alors un homme, qui prétend rendre visite à une femme avant de reconnaître qu’il se rend chez le fils de François Rossi. Un autre homme s’apprête quant à lui à quitter les lieux, avec un enfant en bas âge dans les bras. Il est en sueur, ce qui interpelle les fonctionnaires. Puis arrivent les Rossi père et fils. Les policiers décident alors de perquisitionner l’appartement, où ils découvrent deux parkas correspondant au signalement de celles que portaient les deux agresseurs. Qui plus est, l’une d’elle, cachée sous un lit, sent fortement le gaz lacrymogène. Les quatre hommes sont interpellés et placés en garde à vue.

Comme ils l’ont fait devant les enquêteurs, les deux prévenus reconnaissent leur participation aux faits devant le tribunal. Avec des versions différentes. Harnoufi reconnaît qu’il est venu là dans l’espoir « de se faire de l’argent ». Rossi, qui vit habituellement à Ajaccio mais qui séjournait chez son fils à Gap depuis le 10 décembre, prétend pour sa part avoir monté une expédition contre le patron du bar « pour qu’il arrête la drogue. Je voulais lui parler un peu méchamment. Depuis que je suis à Gap, il y a beaucoup de rumeurs sur ce monsieur. Et comme mon fils a sombré dans la drogue… »

« Une histoire tordue », considère David Richaud, qui explique avoir été victime d’une lettre anonyme envoyée à plusieurs administrations voilà quatre ans. « Il n’y a évidemment rien de vrai, mais la rumeur court toujours. Et c’est vrai que mon bar marche bien, avec 300 à 400 personnes le week-end. » Pour lui, « ce sont des braqueurs du dimanche », même s’il dit en vouloir davantage à François Rossi qu’à son jeune comparse. Toujours est-il qu’il conserve encore des séquelles de l’agression et que sa vision a baissé de l’oeil gauche, ignorant si cela sera définitif.

« Vous avez pris le risque
de commettre ces faits
avec une arme chargée ! »

« Braqueurs du dimanche, ce n’est pas totalement faux, mais pas totalement vrai non plus », considère le procureur de la République Raphaël Balland. « Sans la résistance de la victime, et sans un témoin courageux, on serait encore en train de les chercher. Et sans la réaction très professionnelle de la patrouille de police, il aurait été difficile de les identifier dans cet immeuble. » Le procureur relève que ce « duo improbable » était bien renseigné sur le domicile de la victime, était armé, portait des cagoules et s’était procuré une bombe lacrymogène. « Vous avez pris le risque de commettre ces faits avec une arme chargée, ça doit peser dans la décision du tribunal », estime M. Balland, qui requiert cinq ans ferme contre les deux prévenus, relevant que si François Rossi « semble être l’instigateur », Yanis Harnoufi « n’a pas résisté » et se trouve en récidive légale (il avait été condamné à huit mois avec sursis en 2013 à Gap pour vol avec violences).

« C’était une bande complètement désorganisée, qui a fomenté un mauvais projet qui ne pouvait qu’échouer », plaide Me Duratti, avocate de Rossi. « C’est l’acte irréfléchi d’un homme désespéré, qui n’attend plus rien de la vie. Il a lui-même été gérant de bar en Corse, il a été braqué et son bar a brûlé, ce qui l’a mis sur la paille il y a dix ans. » Me Colas met quant en lui en cause le coprévenu de son client : « M. Rossi est un homme qui en impose. M. Harnoufi a bu ses paroles, lui qui est en manque de repères paternels. Il n’avait pas conscience de ce qui allait se passer. Il n’était pas l’instigateur, ni le préparateur. »

Le tribunal correctionnel, présidé par Isabelle Defarge, a effectivement opéré le distinguo entre les deux prévenus, en infligeant quatre ans de prison à Rossi, 62 ans, et trois ans ferme à Harnoufi, 20 ans.


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