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Pierre Gattaz

Deux manifestations contre la venue de Pierre Gattaz ce jeudi, à Tallard et à Veynes

26 Fév 2015 - 8:41


Alors que le président du Medef Pierre Gattaz est attendu ce jeudi pour le lancement du pôle de formation aéronautique Polyaéro à Tallard, la CGT et la FSU appellent à manifester dès 12 h sur le site. « Ce centre de formation est financé par de l’argent public et inauguré par le représentant du patronat ! », s’insurgent ces syndicats qui appellent « les salariés, les privés d’emploi et les retraités à venir l’accueillir avec tambours et trompettes pour faire entendre une autre chanson ».

La « Gauche, solidarité et écologie » organise également une contre-manifestation à la venue du président du Medef à Veynes, où il visitera deux entreprises, ce jeudi. Le rassemblement aura lieu à 17 h, au rond-point… alors que M. Gattaz sera déjà parti à Gap. « Le grand patronat français œuvre depuis des années à la destruction des services publics, à la disparition des droits sociaux et à la baisse des salaires. Les actionnaires s’enrichissent alors que la pauvreté avance. La dette de l’Etat (et pour une large part des collectivités) est en fait majoritairement illégitime et sert à enrichir les banques. Le remboursement de cette dette est l’argument central pou​r faire disparaître les services publics et baisser les dotations au collectivités. Dans ce contexte, qui est ​un drame pour de nombreux Français, la venue de Pierre Gattaz dans les Hautes­-Alpes est une provocation pour tous ceux qui souffrent de cette situation. Le Medef est devenu un acteur politique central qui influence les puissants et bien souvent les gouvernements », considère le mouvement.

La CFDT évoque, pour sa part, « un incroyable mélange des genres ». « Alors que l’Etat, le conseil régional, le conseil général financent ce projet, M. Gattaz se permet de venir poser une première pierre à l’invitation de l’UPE 05 (Union pour l’entreprise). La récupération de ce projet est inacceptable et choquante. »

D’une manière générale, les syndicats pointent des incertitudes ; la CFDT va même plus loin en évoquant un projet « inabouti » : « Manque de structures pour l’hébergement et la restauration des jeunes, problèmes de transports entre Tallard et Gap, et de remplissage… »

« C’est beaucoup de mousse pour pas grand-chose »

Bernard Jaussaud, vice-président (PS) de la Région, et Christine Nivou, conseillère régionale (PS), ont également critiqué, ce mardi matin, cette « vraie-fausse pose de la première pierre » de Polyaero. « C’est beaucoup de mousse pour pas grand-chose », estime Mme Nivou. « Une pose de première pierre aurait nécessité la présence de l’Etat et de la Région, qui sont les deux premiers financeurs de ce pôle de formation. Il ne faut pas que ça sente trop la récupération politique. » Pour M. Jaussaud, « cela arrive comme un cheveu sur la soupe. Polyaéro est quand même un projet totalement porté par les fonds publics. Cela dit, je ne suis pas choqué par la présence de M. Gattaz, que j’espère très porteuse. On nous annonce la signature d’une convention avec Safran. J’espère que sa venue va permettre la multiplication de ce genre de conventions. » Au passage, Mme Nivou se félicite de la visite de Pierre Gattaz à Fibralp à Veynes et ironise sur le fait que « le nouveau maire se moquait de cette implantation pendant la campagne des municipales »…

Europe Ecologie-Les Verts dénonce de son côté « l’intense opération de récupération des syndicats patronaux locaux à cette occasion et leur nouvelle tentative de s’arroger des prérogatives qui ne sont pas les leurs. Profitant de la faiblesse des élus et des représentants de l’Etat, le Medef et l’UPE tentent de se faire passer pour une autorité légitime à intervenir dans la décision publique. »

Pourquoi le patronat s’invite au lancement de Polyaéro

Face à toutes ces critiques, l’UPE a réagi. « C’est d’abord avec beaucoup de bonheur et d’intérêt que l’UPE 05 note le nouveau sens des responsabilités de la CGT qui s’inquiète désormais du fait que l’on puisse avoir de la dépense publique en France et mieux encore de quelle manière cette dépense est financée… », ironise l’UPE qui précise « qu’effectivement il s’agit bien là d’un financement public, donc issu en amont de l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu, donc de l’argent privé ».

L’UPE rappelle « l’appui sans faille du monde patronal de toute la région Paca à travers le CFA-EPURE et l’orientation massive et régulière d’une partie de la taxe d’apprentissage vers cet organisme de formation depuis plusieurs années avec près de 600.000 euros versés par le Medef Paca rien que sur l’année 2014 ». L’UPE signale aussi que l’ex-présidente du Medef Laurence Parisot avait appuyé Polyaéro auprès de Louis Gallois, ancien PDG du groupe EADS, et note le soutien du deuxième groupe industriel aéronautique français Safran qui se matérialise par une convention expresse (financement, matériels, stages) avec l’IUT Marseille-Provence et le CFA-EPURE. Dernière raison de cet engagement patronal : « Il manque dans nos entreprises près de 8000 diplômés chaque année en France dans la filière aéronautique et tout particulièrement dans les métiers intermédiaires de maîtrise, entre le bachelier professionnel et l’ingénieur ». Bref, pour l’UPE, « Polyaéro est un projet original, rare et intelligent ».


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