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Patrouille La Défense (SIRPA)

EXCLUSIF / Agression du militaire de Gap à la Défense : l’auteur présumé ne sera probablement pas jugé


EXCLUSIF. Le 25 mai 2013, un militaire du 4e régiment de chasseurs de Gap, Cédric Cordiez, en patrouille dans le quartier de la Défense, près de Paris, dans le cadre du plan Vigipirate, est agressé d’un coup de couteau au cou. Son agresseur présumé, Alexandre Dhaussy, 23 ans, qui prétend avoir agi « au nom de Dieu » et qui est incarcéré depuis le 31 mai 2013, devrait être déclaré irresponsable et donc échapper à un procès. Le collège de deux psychiatres désigné par les juges antiterroristes pour une troisième expertise du mis en examen vient en effet de conclure qu’il présentait « un trouble psychique ayant aboli son discernement et le contrôle de ses actes », tout en soulignant sa dangerosité psychiatrique. Cette nouvelle contre-expertise avait été sollicitée par la défense de Dhaussy au terme de l’instruction.

Contactée à propos de ce rapport d’expertise dont L’e-media 05 s’est procuré les conclusions, Me Corinne Pellegrin, avocate au barreau des Hautes-Alpes et conseil du militaire agressé, partie civile, en prend acte. « Il va falloir expliquer à mon client qu’il n’y aura probablement pas de procès, même si ça n’empêchera pas son indemnisation », indique Me Pellegrin.

L’agression se produit vers 17h55, le 25 mai 2013, à la station RER de la Défense. L’agresseur porte un premier coup à la gorge du jeune militaire avant de tenter de lui en asséner un second. Le 1ère classe Cédric Cordiez relève son fusil d’assaut pour se protéger de son assaillant, mis en fuite par deux autres militaires de la patrouille se trouvant à l’avant mais qui ont entendu leur collègue crier : « On m’a planté ». Ceux-ci ne peuvent pas faire usage de leurs armes en raison de la foule présente.

Le lendemain, l’ADN de l’agresseur est établi à partir du gilet qu’il a abandonné dans un sac plastique avec un couteau de cuisine dans son emballage, un autre emballage de couteau vide et une brique de jus de fruits. Cet ADN désigne Alexandre Dhaussy. Ce dernier est localisé par les policiers de la brigade criminelle et interpellé le 29 mai à l’aube dans les Yvelines. Chez ses parents, les enquêteurs saisissent un ordinateur et une expertise met en évidence de nombreuses connexions sur des sites dédiés à l’Islam et au djihadisme. Il reconnaît les faits au cours de sa garde à vue puis devant le juge d’instruction.

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L’agresseur avait d’abord pensé agir à l’Assemblée nationale

Les recherches effectuées pour retracer son parcours avant l’agression le montrent plusieurs fois, grâce aux caméras de vidéosurveillance, en train de prier. « J’ai re-consulté Dieu pour être sûr que ce soit une bonne action car je n’étais pas sûr que ça le soit », déclare-t-il aux policiers. « Si c’était une bonne action, Dieu me donnerait la force. » Il indique aussi qu’il n’avait pas prévu d’agir à la Défense à l’origine, et qu’il avait pensé à l’Assemblée nationale. Quelques instants avant l’agression, il va manger dans une sandwicherie. « En fait, je partais un peu pour la mort ou la prison, alors je me suis dit que je pouvais tout dépenser », lâche-t-il aux enquêteurs. Il envisage d’abord de s’attaquer à des policiers. Il les perd de vue mais croise les militaires gapençais, qu’il va suivre.

Voulait-il tuer sa victime? Le suspect a des réponses confuses. « Je n’avais pas l’intention de ne pas le tuer mais je n’avais pas l’intention non plus de le tuer forcément », dit-il au juge Gilbert Thiel. « Je m’en suis remis à Dieu », expliquera-t-il ensuite. Il apparaît aussi que l’assassinat d’un militaire britannique, le 22 mai 2013 à Londres, trois jours avant les faits de la Défense, a pu constituer un élément déclencheur.

Après sa conversion, il voulait imposer le voile à sa mère

Fils d’un ingénieur informaticien et d’une comptable d’un établissement public, Alexandre Dhaussy s’est converti à l’Islam en septembre 2008, à l’âge de 17 ans, après avoir côtoyé des musulmans pendant cinq mois. Il se laisse pousser la barbe et prie quotidiennement. Il cesse sa formation de serveur craignant de devoir servir des produits interdits par la religion musulmane. Après avoir quitté le domicile familial, il devient SDF, trouvant parfois refuge dans une mosquée ou chez des amis.

Il reconnaît devant les policiers s’être intéressé à Mohamed Merah puis au mouvement islamiste radical Forzane Alizza. Mais, assure-t-il, « je ne me voyais pas aller commettre des attentats ou assassiner des gens. Ca ne me correspondait pas. » Ses parents confirment une radicalisation à partir de 2008-2009, Dhaussy allant jusqu’à vouloir imposer le port du voile à sa mère.

Il souffrirait de schizophrénie selon un collège de deux experts renommés

Un premier expert psychiatre conclut à un trouble grave de la personnalité, de type borderline ou de type bipolaire, considérant que cela constitue une atténuation de sa responsabilité pénale. Dans une nouvelle expertise, ce même expert conclut, en mars 2014, à l’abolition du discernement, « le passage à l’acte étant en relation avec un état de décompensation maniaque probablement favorisé par un état de stress ».

Dans une contre-expertise, confiée à deux experts, ceux-ci relèvent « une personnalité complexe de type paranoïaque sur une structure psychotique évoluant depuis l’enfance ». Ils considèrent cependant qu’il n’était pas atteint « au moment des faits, d’un trouble psychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ».

Le 30 juin dernier, le parquet antiterroriste requiert donc requis le renvoi d’Alexandre Dhaussy devant la cour d’assises spéciale de Paris sous l’accusation de tentative d’assassinat en lien avec une entreprise individuelle « ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, en l’espèce l’idéologie islamiste radicale ».

Mais la défense d’Alexandre Dhaussy sollicite une nouvelle expertise psychiatrique, confiée par le juge d’instruction à un collège de deux experts renommés (dont le Dr Zagury, qui a expertisé Guy Georges, Patrice Allègre et Michel Fourniret). Lesquels ont donc considéré qu’il souffrait d’une « psychose schizophrénique évoluant depuis plusieurs années » et que son discernement était donc aboli.

Les parties ont un délai de quinze jours pour présenter leurs observations. Le juge d’instruction devra ensuite se prononcer sur les suites judiciaires de cette affaire. Mais, au vu des conclusions fermes du collège d’experts, on s’oriente très probablement vers un non-lieu psychiatrique. Si cela se confirmait, Alexandre Dhaussy serait remis en liberté, mais serait aussitôt hospitalisé dans une unité pour malades difficiles (UMD). « Il présente un état dangereux au plan psychiatrique », estiment les experts. « Le pronostic est actuellement défavorable du fait de l’ancienneté des troubles, de sa désinsertion, de la méconnaissance totale de sa pathologie et de son refus des soins. »

(Photo d’illustration : Sirpa)


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