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Tribunal (3)

Double meurtre du Sautet : 20 ans de réclusion requis contre Bernard Blanc

L’avocat général Raphaël Balland a requis vingt ans de réclusion contre Bernard Blanc, un sexagénaire champsaurin, trafiquant de stupéfiants, accusé d’avoir tué deux de ses clients gapençais, Amar Zidi et Najoua Nemri, le 13 décembre 2011. Les corps des deux victimes avaient été retrouvés dans une voiture, plongée dans le lac du Sautet, un mois plus tard. M. Balland a également requis deux ans d’emprisonnement à l’encontre de Laurent Tedeschi, un ami de Blanc, accusé de l’avoir aidé à faire disparaître les corps. Les avocats de la défense (Me Keita et Me Renaud pour Tedeschi et Me Philip pour Blanc) ont plaidé l’acquittement des deux accusés.

Avant que la Cour et le jury ne se retirent pour délibérer vers 18h45, Bernard Blanc a de nouveau dénoncé un « procès à charge », en contestant plusieurs points évoqués par l’avocat général. Le verdict est attendu en fin de soirée.

Durant un réquisitoire de près de trois heures, l’avocat général s’est employé à décortiquer tous les éléments de l’affaire, à la manière d’un puzzle, selon son propre terme. Et, pour lui, « tout colle ». Raphaël Balland a ainsi relevé « cinq évidences. Virginie (le témoin-clé de l’affaire, qui désigne Bernard Blanc comme l’auteur du double meurtre, NDLR) ne peut pas avoir inventé la fusillade ; elle en a parlé la nuit-même à son amie Aurélie (qui s’est suicidée deux ans plus tard, NDLR). Il était impossible qu’elle le sache autrement. Les faits se sont produits devant la ferme de Bernard Blanc, et ce ne peut être que lui qui les a commis, sauf à dire que les victimes se sont tuées réciproquement. La troisième évidence, c’est que M. Blanc ne peut pas avoir fait disparaître les corps tout seul. Virginie n’a pas pu l’aider. Il ne reste plus que Laurent Tedeschi, ce qui est la 5e évidence. »

M. Balland s’est longuement appesanti sur le témoignage de Virginie : « Je n’ai pas été tendre avec elle. Elle a tenu. Comme elle avait tenu devant les gendarmes, lors de ses trois auditions par la juge, lors de sa confrontation avec les deux accusés et lors de la reconstitution, qui s’était terminée à minuit. Comment trouver la moindre faille dans ses dépositions, si ce n’est des détails bien sûr. » Il a aussi rappelé que Virginie « ne voulait rien dénoncer à l’époque. Mais elle avait un secret trop lourd à porter et elle en a parlé, elle a demandé conseil. Mais sans les dénoncer. » C’est une fois confrontée aux écoutes de ses conversations téléphoniques qu’elle a commencé à parler aux gendarmes.

Reste le mobile. « Cocaïne, dette d’argent, arme (plusieurs témoins ont vu M. Blanc en porter une à la ceinture à cette période), peur, haine, trahison… Les mobiles, vous les voyez apparaître ou je suis à côté de la plaque? » a lancé l’avocat général aux jurés. « De temps en temps, Amar Zidi est l’homme de main de M. Blanc. Mais M. Blanc hait Amar Zidi. Ce soir-là, il est énervé, il secoue le portail alors que Bernard Blanc refuse de lui ouvrir, il casse le pare-brise de la voiture de Virginie. Lui, ce n’était pas difficile de le butter. Mais pourquoi Najoua, dont il avait pu être amoureux? La thèse de la balle perdue est très peu probable, selon les experts. Najoua l’a trahi, elle l’a volé et là, c’est trop, elle fait monter Amar Zidi chez lui alors qu’il lui a déjà dit plusieurs fois de ne pas le faire. Et puis, ça se passe dans un trait de temps. Ou alors, il supprime un témoin gênant. Et ce soir-là, il protège aussi Virginie. Quand il revient à l’intérieur, il lui dit : « C’était eux ou nous », pas « C’était eux ou moi ». »

Avant l’avocat général, les conseils des parties civiles, Mes Charmasson, Martin-Amouroux et Sebbar, s’étaient déjà employés à démontrer la culpabilité des deux accusés et à nuancer le portrait finalement peu flatteur des deux victimes, tel qu’il était ressorti des débats.


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