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Manifestation agriculteurs Gap

Gap : les agriculteurs murent la préfecture, mais pas d’évacuation en vue

A l’appel de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) et des Jeunes agriculteurs, une petite centaine d’agriculteurs haut-alpins ont installé une « ferme du désespoir », ce lundi matin, devant la préfecture des Hautes-Alpes, à Gap. Quelques moutons venus d’Ancelle et quelques vaches de Sigoyer sont parqués rue Saint-Arey. Et pour marquer le coup, les agriculteurs ont aussi bloqué la quasi totalité des entrées de la préfecture en les murant! Une opération symbolique, qui a cependant pris un tour un peu plus tendu lorsque les manifestants ont voulu bloquer l’accès des fonctionnaires. « J’ai rappelé qu’une préfecture doit être en capacité de travailler 24 heures sur 24 », précise le préfet. « Il a été dit à des fonctionnaires que, s’ils entraient, ils ne ressortiraient plus. Je n’accepte pas les menaces. Il ne peut pas y avoir de siège de la préfecture. »

Le service d’ordre à proximité de la préfecture reste limité, et essentiellement placé devant l’unique accès permettant aux fonctionnaires d’entrer ou de quitter les bureaux. En revanche, le préfet a confirmé que des CRS avaient été dépêchés à Gap, tout en précisant qu’il refusait « la surenchère. Ils n’interviendront que si l’on empêche les fonctionnaires d’entrer ou de sortir. » M. Besnard remarque au passage que l’emmurement de sa préfecture « est une drôle de manière d’entamer le dialogue », même s’il « accepte la symbolique ». Il annonce également que ses services essaient « de trouver une solution pour le public », dans la mesure où l’action des syndicats agricoles doit se prolonger jusqu’à la fin de la semaine.

Sur le fond, René Laurans, président de la FDSEA, rappelle que, lors de la manifestation contre le loup du 21 juillet dernier, la profession avait « demandé des objectifs à l’Etat. Or, les résultats ne sont pas là. Un seul loup a été tué dans le département. Soit l’Etat met les moyens qu’il veut, soit il nous laisse la possibilité de tuer le loup chaque fois qu’on le voit. On nous mène en bateau, on nous prend pour des moutons! » Alexandre Lagier, coprésident des JA, demande par ailleurs que « les bovins bénéficient des mêmes dispositifs de protection que les ovins, sachant que nous avons eu une dizaine d’attaques sur des bovins » et que « le département soit entièrement classé en zone de prélèvement, de manière à ce que l’on puisse le chasser partout, dès lors qu’on a le permis ».

Le préfet demande l’intervention de la brigade anti-loup dans le Buëch

A défaut de recevoir les syndicats agricoles, qui ont décliné l’invitation « tant qu’il n’a rien de plus à nous dire », le préfet Pierre Besnard s’est exprimé devant la presse locale. « On peut comprendre les difficultés des agriculteurs avec ces attaques de loups », assure le préfet, qui répète que, au sujet de « ce prédateur qui n’est pas prédaté », il est « du côté des agriculteurs ». Mais, précise-t-il, « je suis là pour appliquer la loi. La chasse dans tout le département n’est juridiquement pas possible. Je signale que nous sommes l’un des rares départements où les arrêtés n’ont pas été attaqués devant le tribunal administratif. » Pourquoi son homologue des Alpes-Maritimes a-t-il pris des arrêtés qui couvrent l’ensemble du département? « C’est un cas particulier, analyse M. Besnard. Dans les Alpes-Maritimes, les animaux sont pratiquement sortis toute l’année et les attaques couvrent l’ensemble du département. En revanche, j’ai quand même classé l’intégralité du département en zone 2, de façon à permettre les aides pour l’ensemble des éleveurs. Et cette année, nous avons quand même plus de 2 M€ d’aides pour les mesures de protection. »

Pierre Besnard annonce par ailleurs avoir sollicité la nouvelle brigade d’appui de l’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), créée par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal. « Je souhaite qu’elle puisse intervenir dans des zones où nous n’avons pas de tirs de prélèvement mais seulement des tirs de défense, et notamment du côté de La Beaume, où nous avons eu de récentes attaques du loup », précise le préfet.

L’action des agriculteurs doit se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine devant la préfecture, où la « ferme du désespoir » sera installée jour et nuit. Après la thématique du loup, ce lundi, c’est autour de la filière laitière que l’action s’articulera mardi, puis de la viande mercredi et des fruits jeudi.


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