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Chambre d'agriculture (1)

L’avenir de l’agriculture haut-alpine passe par la transformation des produits

Circuits courts, vente directe, transformation des produits dans le département, création de produits identitaires : voilà les maîtres-mots de l’avenir de l’agriculture haut-alpine, tels qu’ils sont ressortis de la session de la chambre d’agriculture, ce lundi. Pour l’occasion, la réunion a pris une forme inédite, sous forme d’une succession de petites tables rondes pour chacune des six grandes filières du département (fruits, porc, viande ovine, caprins lait, viande bovine et lait) avec un représentant de la filière et le président de la chambre d’agriculture, Pierre-Yves Motte, le tout animé par Christophe Rosanvallon.

  • Arboriculture : Daniel Poincelet souligne que le label rouge de la golden des Alpes et l’IGP (indication géographique protégée) « Pommes des Alpes de Haute Durance » sont « indispensables en matière de promotion mais ça n’apporte pas de valeur ajoutée ». Il évoque la concurrence de la pomme d’Italie en soulignant que les distorsions entre les deux pays vont jusqu’au coût de l’arrosage par aspersion : « Là où ça coûte 400 à 500€ l’hectare chez nous, c’est 50€ en Italie ; cherchez l’erreur! » En la matière, la balle est dans le camp de la grande distribution, selon M. Poincelet : « Il faudrait qu’elle nous accorde 10 centimes de plus (le kilo). Maintenant, si elle préfère gagner 20 centimes de plus avec l’Italie… » Pour Pierre-Yves Motte, « il faut se battre, avoir des idées » pour une filière qui pèse 40% du chiffre d’affaires de l’agriculture du département. En tout cas, la filière a enfin réussi à se fédérer pour la mise en marché. « Il y a eu beaucoup de perte de temps sur la pomme, alors que vous aviez le label rouge et l’IGP », relève le préfet Pierre Besnard. « Il faut arrêter de se battre les uns contre les autres pour avancer. »
  • Porc : le département compte une quinzaine de producteurs, dont les deux tiers adhèrent au Montagnard des Alpes, qui commercialise 17.000 porcs. « La filière est très organisée, mais nous sommes confrontés à la disparition du cadran breton (qui donne la cotation au niveau national, NDLR), en raison du retrait des deux principaux acheteurs français, Bigard-Socopa et la Cooperl », explique Bruno André, éleveur à Lardier. « Même si la filière est organisée localement, cela a aussi des répercussions chez nous, car le marché du porc breton, qui sert à l’export, est aussi la référence en France. »
  • Viande ovine : les Hautes-Alpes comptent 657 éleveurs pour 170.000 brebis. « Nous avons la chance d’avoir un label rouge, mais ça ne fait pas tout », observe Nathalie Olivier, éleveuse à Saint-Eusèbe-en-Champsaur. « En élevage ovin, le revenu repose à 60% sur les primes (de la Pac, NDLR). Aujourd’hui, à cause du loup et du poids des primes, les jeunes hésitent à s’installer. » Dans cette filière, « l’enjeu est de valoriser notre production sur le marché local, où elle pèse moins de 18% des ventes de viande ovine », déplore M. Motte.
  • Caprins lait : il existe une quarantaine de producteurs de fromages fermiers dans le département et une quinzaine de producteurs non fromagers. « Nous n’avons pas de collecte structurée, ce qui est un problème », reconnaît Jean-Philippe Escallier, qui travaille avec la fromagerie de la Durance, à l’instar d’une douzaine d’autres producteurs. « Nous avons eu un gros boom d’installations depuis une dizaine d’années. Mais ça devient difficile quand on est plusieurs à vendre sur le même marché : ça va bien en été, mais c’est plus difficile en avril par exemple… » La filière a la même lacune que les bovins laitiers : « Nous n’arrivons pas à nous fédérer autour de produits spécifiques. Quand les visiteurs viennent dans nos fromageries, ils demandent quelle est notre spécialité et nous n’avons pas la réponse. Il faut arriver à créer une image. »
  • Viande bovine : les Hautes-Alpes comptent environ 200 producteurs, « qui se sont spécialisés durant les 15 dernières années », explique Eric Lions. « Nous voyons des éleveurs laitiers qui se convertissent, ce qui est une bonne chose, car nous n’avons pas assez de production. Nous avons une grande satisfaction sur la maîtrise des prix car les producteurs se sont investis dans des coopératives à taille humaine. »
  • Lait : les producteurs laitiers sont confrontés à la baisse du prix, consécutive à la fin des quotas laitiers. Face aux acteurs industriels, l’avenir semble passer par la transformation locale. Plusieurs fromageries s’inscrivent dans cet esprit, dans le Champsaur et le Queyras. La filière réfléchit à se fédérer autour de produits fromagers spécifiques. « Il y a un chantage permanent des collecteurs de lait, qui menacent de se retirer », regrette le préfet Pierre Besnard. « Il faut valoriser et transformer sur place. Il y a des exemples, avec la fromagerie de la Durance par exemple. J’ai assisté à un débat intéressant sur le fromage qu’il faudrait mettre en avant. Il peut y en avoir plusieurs : le bleu du Queyras, la tomme… Il y a un intérêt à travailler sur des fromages emblématiques. »

Christine Nivou, conseillère régionale, souligne le rôle des deux parcs naturels régionaux que compte le département sur « la valorisation des produits agricoles ». Patrick Ricou, premier vice-président du Département et président de l’Agence de développement des Hautes-Alpes, estime qu’il faut « être capables de créer la demande des consommateurs. Notre département est une marque porteuse. Il faut susciter la demande, et la grande distribution suivra. J’encourage les démarches collectives pour arriver à mettre en place des produits identitaires, car nous en manquons. » En n’oubliant pas qu’il existe « un marché potentiel au Sud, de Nice à Perpignan, avec 10 millions d’habitants », rappelle le préfet. « Il faut qu’on soit innovant », insiste Pierre-Yves Motte. « Au boulot! »


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