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Loup Briançon

Briançon : ils déposent des carcasses de brebis devant le lieu de travail d’une pro-loup

Des carcasses de brebis vraisemblablement tuées par le loup, mais aussi un animal blessé encore vivant ont été déposés, ce mardi, devant un magasin de Briançon. L’attaque s’était produite la nuit précédente aux Fonts de Cervières. Pourquoi avoir choisi ce lieu de Briançon pour cette action? Parce que Annie Lalanne, qui s’était fait connaître il y a quelques années grâce à l’émission « L’amour est dans le pré » (elle était la prétendante d’un candidat, viticulteur dans le Vaucluse), et qui a fondé l’association « Sauvons nos loups alpins », travaille dans ce magasin… Outre la plainte déposée par Mme Lalanne, cette affaire suscite une polémique. Ce n’est pas la première fois que des éleveurs déposent des carcasses de brebis sur la voie publique ou même devant la préfecture, mais ils n’étaient jamais allés jusqu’à le faire devant le lieu de travail d’une militante associative. En novembre 2013, en marge d’une manifestation d’agriculteurs, une action similaire avait été menée devant le siège de la SAPN (Société alpine de protection de la nature), à Gap.

Ce mardi à Briançon, la police est intervenue et les carcasses ont été évacuées, la brebis blessée étant quant à elle euthanasiée. Sur sa page Facebook, l’association Sauvons nos loups alpins « déplore la tournure des événements… Nos ambitions ne sont aucunement d’attiser la haine ni de provoquer des menaces… Nous souhaitons juste trouver le bon équilibre. Après cet épisode pitoyable, le but de ces éleveurs n’est pas atteint! Nous n’avons pas peur. Nous n’avons pas l’intention de nous laisser intimider par des actes abjects. »

Le collectif national des associations environnementales « Cap loup » a apporté son soutien à Mme Lalanne en déplorant cette action, et notamment le fait qu’une brebis ait été « laissée pour morte, sur le bitume, les pattes attachées pour la faire rouler du camion ».

Le gérant du magasin a lui aussi publié un communiqué dans lequel « il déplore les événements qui se sont déroulés devant son commerce, et condamne de tels procédés qui ternissent son image, et constituent une véritable violence. Un employeur ne saurait avoir à répondre des opinions ou des activités extraprofessionnelles d’un de ses salariés. »

Le président de la FDSEA « comprend les éleveurs, qui en ont ras-le-bol »

A l’inverse, Christian Hubaud, conseiller départemental délégué à l’agriculture, s’étonne de la plainte qui a été déposée pour « maltraitance d’animaux » : « Cette personne semble méconnaître la réalité des conséquences des attaques du loup sur les brebis en zone de montagne lorsque les brebis blessées par le loup sont laissées agonisantes pendant des heures, voire une journée entière ou plus, avant que les agents chargés de l’expertise ne viennent procéder aux constatations. Les responsables de la maltraitance dans cette affaire sont les loups et non les éleveurs.»

Quant au fait qu’une militante pro-loup ait été visée devant son lieu de travail, la FDSEA n’y voit rien à redire : « Ils ont déposé les bêtes sur la voie publique », se défend René Laurans, président du syndicat agricole. « Ils n’ont agressé personne. C’est une revendication. A un moment donné, il faut ouvrir les yeux. Je comprends les éleveurs, qui en ont ras-le-bol. On va arriver à des choses qu’on ne maîtrise plus tant que l’Etat ne fera rien pour réguler le loup. Dans cette affaire, il faut d’abord soutenir les hommes. Je ne vais pas dire qu’ils ont tort. Et nous les soutiendrons si les choses doivent aller plus loin. »

Oecuménique, Romain Gryzka, conseiller municipal d’opposition (Les Républicains) à Briançon, indique pour sa part « qu’exposer les carcasses victimes du loup devant un lieu de travail est une action que je ne cautionne pas. Néanmoins, je tiens à exprimer ma solidarité avec les éleveurs et les chasseurs qui souffrent depuis bien trop longtemps et qui n’ont aucune réponse satisfaisante de l’Etat. Je serai toujours du côté des humains qui travaillent dur pour nous nourrir plutôt que de celui d’un prédateur qui n’a rien à faire dans nos montagnes en si grand nombre et qui détruit petit à petit le pastoralisme. »


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