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Marcel Cannat et Patrick Moreau

Hautes-Alpes : en déficit, les pompiers doivent trouver de nouvelles recettes pour 2017

21 Oct 2015 - 17:44
Pendant 10 ans, tous les pompiers ne porteront pas la même tenue. Seules 80 nouvelles tenues ont été achetées cette année pour remplacer les irréparables. Elles sont plus visibles, moins lourdes, plus polyvalentes et coûtent 411€ l'unité contre 381€ auparavant.
Pendant 10 ans, tous les pompiers ne porteront pas la même tenue. Seules 80 nouvelles tenues ont été achetées cette année pour remplacer les irréparables. Elles sont plus visibles, moins lourdes, plus polyvalentes et coûtent 411€ l’unité contre 381€ auparavant.

C’est un peu la ritournelle du moment : faire plus avec moins. Mais là, les sapeurs-pompiers des Hautes-Alpes ont atteint un point de non retour. Il manque 557.000€ pour boucler le budget 2016, doté de 13 millions d’euros (financés à 51% par le conseil départemental et à 49% par les communes et intercommunalités). « On va s’en sortir en récupérant le résultat de l’exercice 2015, mais on ne pourra pas le faire en 2017 », annonce le lieutenant-colonel Patrick Moreau, directeur du Sdis 05 (service départemental d’incendie et de secours). Le conseil d’administration du Sdis a proposé de ne pas augmenter les taxes ; ça ne devrait pas durer. Aujourd’hui, le coût des services du Sdis se monte à 60€ par habitant alors que la moyenne nationale se situe à 80€. Dans un département similaire à bien des égards comme les Alpes-de-Haute-Provence, la facture atteint même plus de 100€. Le Sdis 05 figure parmi les bons élèves. « Pour vivre normalement, il faudrait une augmentation de 7€ par habitant. »

« Faire des économies, on n’y arrive plus », lâche le président du Sdis, Marcel Cannat. « On serre la vis de partout grâce à la massification des achats en passant par des centrales, on collabore avec les services du Département pour l’entretien des véhicules, pour obtenir des choses nouvelles, les centres de secours doivent désormais nous retourner les affaires usées, poursuit le lieutenant-colonel Moreau. Nous économisons ainsi 100.000€ par an, ce qui nous a permis d’embaucher une couturière pour rapiécer les tenues abimées. Cette année, on a acheté seulement 80 tenues qui n’ont pu être réparées. Mais on ne peut plus changer nos véhicules dont certains ont tout de même 25 ans. »

Le personnel est lui aussi optimisé. « Il y avait 47 pompiers professionnels en 1996 et 59 aujourd’hui alors que l’activité a été multipliée par trois. » Les pompiers âgés qui partent à la retraite sont remplacés par des jeunes. La progression des frais de personnels se limite ainsi à 0,7%. 10% des interventions sont tarifées (pannes d’ascenseur, enlèvement de nids de guêpes, interventions sur l’autoroute ou sur le rallye Monte Carlo…), « on ne peut pas aller beaucoup plus loin ».

« On ne pourra pas financer un gros feu de forêt cet été »

D’un autre côté, le nombre d’interventions augmente. Les 65.000 appels annuels génèrent quelque 10.100 interventions, soit 600 de plus par rapport à l’année dernière. Sur ces 600, la moitié est portée par une demande d’assistance de la part de personnes munies de téléalarmes, lorsqu’elles tombent de leur lit par exemple. D’ailleurs, 20% des secours à personnes sont des demandes d’assistance et 80% des secours d’urgence. Cette tendance va s’inscrire dans la durée avec le vieillissement de la population et son augmentation dans les Hautes-Alpes. Ce n’est pas sans conséquence quand on sait qu’une intervention coûte 130€ en moyenne. Car, contrairement aux autres services publics, les pompiers professionnels sont très minoritaires par rapport aux volontaires, payés lorsqu’ils interviennent.

La situation n’est pas loin d’être dramatique. Les sapeurs-pompiers croisent les doigts pour qu’il n’y ait pas de gros feu de forêt cet été. « On n’arrivera pas à sortir 50.000€ », prévient le lieutenant-colonel Moreau.

Le conseil d’administration est donc en train de réfléchir à la manière de générer de nouvelles recettes. L’une des pistes de travail se porte sur ces fameuses demandes d’assistance qui contribuent finalement au maintien à domicile de nombreuses personnes. « Le Sdis va peut-être se tourner vers le conseil départemental qui va certainement s’adresser à son tour à l’Agence régionale de santé », suppose Marcel Cannat. Le Sdis envisage aussi d’inclure la population touristique dans l’instauration de la taxe, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Pourtant, ce surplus de population saisonnière génère des coûts. A Risoul, par exemple, un centre de secours est créé l’hiver. Bref, la redevance du Sdis va devoir augmenter, forcément.

Un bon été
L’été a été très favorable avec très peu d’interventions en feux de forêt. Le bilan des plages suit la même tendance avec moins d’actions de secours malgré une plus forte fréquentation. « Il n’y a pas eu de noyé, se félicite M. Moreau. On a sauvé cinq personnes en état de noyade et 25 ont été évacuées à l’hôpital. »

Davantage de volontaires
Alors que le Sdis déplorait la perte de volontaires depuis six ans, la tendance s’inverse pour la première fois. La disponibilité des pompiers volontaires se maintient avec 230 pompiers mobilisables immédiatement chaque jour. Pour renvoyer l’ascenseur à ces personnes qui s’investissent, il a été décidé de leur privilégier l’accès au logement social grâce à un partenariat avec l’OPHLM 05. Ainsi, depuis le début de l’année, une quinzaine de volontaires en ont bénéficié.


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