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Régionales CCI (4)

Régionales : ce qu’il faut retenir des propositions économiques des candidats

Les trois principaux candidats à la présidence de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christian Estrosi (Les Républicains), Christophe Castaner (PS) et Marion Maréchal-Le Pen (FN), ont présenté leurs priorités en matière de développement économique, d’emploi et de formation, ce jeudi, au Palais de la Bourse à Marseille. Tous trois se sont succédé à la tribune sans débattre entre eux ni avec la salle. Sophie Camard (EELV) et Jean-Marc Coppola (PCF) ont quant à eux évoqué leur programme devant la presse, puisqu’ils n’avaient pas été conviés à la réunion organisée par la CCI de région, celle-ci ayant décidé de s’en tenir aux trois candidats en tête dans les sondages. Quelque 500 chefs d’entreprise ont participé à cette présentation, dont une délégation des Hautes-Alpes conduite par Eric Gorde, président de la CCI. Bernard Jaussaud, vice-président de la Région, était également dans le public.

Maurice Brun : "Ces dernières années, il n'y a pas eu de véritable écoute entre élus politiques et économiques".
Maurice Brun : « Ces dernières années, il n’y a pas eu de véritable écoute entre élus politiques et économiques ».

Un « livre blanc » des CCI pour interpeller les candidats

« Ces dernières années, les élus politiques et économiques ont pu marcher sur des chemins parallèles, sans véritable écoute », analyse le Haut-Alpin Maurice Brun, président de la CCI de région. « Nous ne pouvons pas reproduire l’erreur. » D’où l’idée d’un livre blanc des CCI provençales, élaboré en deux mois sous la houlette de Louis Aloccio, membre du bureau de la CCIR. Trois « messages principaux » y figurent à destination des candidats aux régionales : « Accompagner les entreprises dans le big-bang que constitue la transition énergétique, numérique, industrielle ; élaborer des cursus de formation correspondant aux besoins des entreprises ; construire le territoire de demain, en intégrant davantage le développement économique dans les stratégies d’aménagement du territoire, notamment en matière foncière. »

Des positions divergentes sur la poursuite de l’A 51

Deux des trois candidats ont été interrogés sur l’achèvement de l’A 51 entre La Saulce et le col du Fau (M. Estrosi s’en est tenu à son discours, et n’a accepté que de rares questions du journaliste animateur ; son programme fait cependant mention d’une « relance du projet de l’A 51 »). « Ce projet, c’est 2,5 milliards d’euros et nous ne sommes pas en mesure de l’imaginer », estime M. Castaner. « Je sais que je ne plairai pas en disant cela. Mais toute personne qui vous dit Je ferai l’A 51 vous ment. En revanche, il nous faut trouver 350 M€ pour améliorer la liaison Sisteron – col de la Croix-Haute – col du Fau. » De son côté, Mme Le Pen « défend le projet », mais « préconise une 2×2 voies, qui serait moins chère et moins contraignante ».

Quelle politique touristique pour la Région ?

Le tourisme est l’une des principales activités économiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Notre volonté est de définir un schéma régional du tourisme pour fédérer les structures existantes, promouvoir les trois marques de la Région (la Provence, les Alpes et la Côte d’Azur) et développer les activités sur l’ensemble de l’année », indique Christian Estrosi. « Il existe deux comités régionaux du tourisme (CRT) aujourd’hui, je ferai tout pour qu’il n’y en ait qu’un », explique Christophe Castaner. « Il faut travailler sur l’offre produits en matière touristique. Et je me demande où est la grande école de formation du tourisme dans notre région? Nous avons des offres, mais pas un élément de fierté. » Plutôt que la fusion des CRT, Marion Maréchal-Le Pen défend quant à elle « la création d’une troisième antenne pour les Alpes. Nous devons travailler davantage pour attirer des visiteurs étrangers. »

Voici les autres déclarations et propositions des candidats :

Christian Estrosi : "Celui ou celle qui sera élu président de la Région aura à gagner la bataille de l'emploi".
Christian Estrosi : « Celui ou celle qui sera élu président de la Région aura à gagner la bataille de l’emploi ».

Christian Estrosi (Les Républicains)

« Celui ou celle qui sera élu président de la Région aura à gagner la bataille de l’emploi », considère Christian Estrosi, avant de dénoncer l’échec de la majorité sortante : « 11,6% de taux de chômage en Provence-Alpes-Côte d’Azur, alors que ce taux est de 8% en Bretagne, en Auvergne ou en Alsace, et 130.000 emplois détruits depuis 2010. » Il épingle aussi « des efforts concentrés sur 3% des entreprises » et l’augmentation du nombre d’agents régionaux, « passé de 750 il y a 18 ans à plus de 6000 aujourd’hui », ce qui « abaisse la capacité d’investissement ». Il chiffre son projet à « 1,4 milliard d’euros sur six ans », qu’il financerait par « 25% d’économies sur le fonctionnement », notamment par le non-remplacement d’une partie des départs à la retraite, et la « revente de la Villa Méditerranée, qui ne sert à rien et qui a déjà coûté plus de 100 M€ ». Le numérique est au rang de ses priorités pour faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur « la première smart région d’Europe ». M. Estrosi souhaite aussi mettre en place un fonds d’investissement pour les entreprises, que ces dernières solliciteraient par le biais d’un « guichet unique qui garantira une réponse de principe en 15 jours ». Autre proposition : le lancement de « 12 opérations d’intérêt régional qui permettront de porter le développement de manière équitable sur l’ensemble de ce territoire autour de filières d’excellence pour attirer ici au moins 500 entreprises à fort potentiel et créatrices d’emplois ». Et, en matière de formation, l’objectif est de passer de 31.000 à 50.000 apprentis.

Christophe Castaner : "Notre région a la capacité d'être la Californie de l'Europe".
Christophe Castaner : « Notre région a la capacité d’être la Californie de l’Europe ».

Christophe Castaner (PS)

« Aujourd’hui, nous sommes la Floride ; demain, nous pouvons devenir la Californie de l’Europe », estime Christophe Castaner. « Je veux construire un schéma global pour y arriver. » Pour lui aussi, le numérique est une priorité : « C’est parfois vécu comme une crainte par nos entreprises. Nous devons les accompagner pour qu’elles en fassent un atout. » Il préconise également « un guichet unique territorialisé. Je souhaite construire avec les acteurs et qu’on puisse avoir une réponse. » Il veut prévoir la « nécessaire évaluation de ces politiques », car « je veux qu’un euro d’argent public investi génère 2,50€ ». En matière de formation, « je veux sortir de l’opposition entre une certaine vision de la gauche, qui voudrait que l’on puisse préparer le diplôme que l’on veut sans souci de l’avenir, et ceux qui veulent une formation qui réponde à un besoin économique ponctuel. Il faut un équilibre. » Il souhaite aussi mettre l’accent sur « l’alternance dans le supérieur (ingénieurs notamment), qui n’est pas assez accompagnée par la Région ». Il veut enfin voir la proximité avec l’Afrique comme une chance : « Aujourd’hui, l’Afrique est dominée par des gros, la Chine notamment. Je veux faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur la plateforme de développement de la France vers l’Afrique. Nous avons 10.000 étudiants étrangers à Aix-Marseille Université, nous devons les utiliser! » Face aux chefs d’entreprise, Christophe Castaner dit appartenir « à la gauche pragmatique. Je suis aussi un gestionnaire. Nous avons une capacité de coconstruction pour cette région, qui a la capacité d’être la Californie de l’Europe. »

Marion Maréchal-Le Pen : "Nous voulons relocaliser au maximum les marchés publics".
Marion Maréchal-Le Pen : « Nous voulons relocaliser au maximum les marchés publics ».

Marion Maréchal-Le Pen (FN)

« Le développement économique n’est pas la véritable priorité de la Région aujourd’hui », constate Marion Maréchal-Le Pen. « Moins de 100 M€ sont consacrés à l’aide aux entreprises. Il y a davantage d’aide aux associations! » L’objectif du FN est de porter le soutien aux entreprises « à 500 M€ d’ici la fin du mandat ». Et de viser en particulier « les TPE et les PME », en créant « une cellule d’aide pour le remplissage des dossiers » et un guichet unique. Celui-ci se déclinerait par département, avec un comité présidé « par un élu chef d’entreprise, avec des représentants de la CCI, de la chambre de métiers et de l’artisanat, des syndicats patronaux… » Mme Le Pen souhaite par ailleurs « relocaliser au maximum les marchés publics » en utilisant les clauses sociales et environnementales « qui permettent de favoriser des entreprises locales » et le « patriotisme économique ». S’agissant de la formation, « nous ferons réaliser un audit par un organisme indépendant. Il y a une forme d’opacité et de laisser-aller, qui amène à reconduire des contrats sans vraiment regarder le retour sur investissement. » Là encore, elle propose de créer un « comité par département associant élus et représentants économiques pour suivre cela. Je ne veux pas tout mutualiser, car il est important de mailler le territoire ». Pour financer son programme, et notamment l’augmentation des aides aux entreprises, « nous réaliserons des économies sur le fonctionnement, sur des dépenses très contestables réalisées à l’étranger, même si mon but n’est pas de supprimer toute aide au Maghreb, sur des ambassades à l’étranger qui ne sont pas indispensables… »

Sophie Camard (EELV) et Jean-Marc Coppola (PCF)

Sophie Camard et Jean-Marc Coppola, têtes de la liste commune Europe Ecologie-Les Verts/Front de gauche, ont dénoncé une « censure » du fait qu’ils n’aient pas été invités. Jean-Yves Petit, vice-président (EELV) de la Région, a cependant été reçu par Maurice Brun et lui a remis le programme de la liste « La Région coopérative ». M. Brun a invité les chefs d’entreprise à en prendre connaissance.

La liste demande « plus de transparence et de lisibilité dans l’accès à la formation et à l’emploi », et propose notamment de définir des plans régionaux pour l’alternance dans des filières porteuses déterminées par la Région. Au-delà du soutien à l’innovation, EELV et le Front de gauche veulent que la Région accompagne l’accès et la montée en qualification dans les « métiers de tous les jours » (hôtellerie, restauration, administration, vente, aides à domicile, infirmiers…). Côté développement économique, « la Région coopérative » préconise de « promouvoir de nouvelles filières d’avenir et des mutations industrielles sans dégâts sociaux », notamment autour de la transition énergétique et des filières industrielles locales à circuit court (à l’instar de la filière bois-construction ou chanvre), ou encore du recyclage des déchets. Enfin, la liste veut appuyer fortement l’économie sociale et solidaire, en sanctuarisant un budget annuel de 20 M€ pour aider les structures concernées.

Les petites phrases

  • « On sort de 18 ans d’économie subventionnée ; je préfère l’économie réelle » (Christian Estrosi)
  • « C’est une erreur éthique et stratégique que de vouloir rester président de la métropole niçoise et de vouloir être président de la Région ; je ne suis l’otage d’aucun territoire contre les autres » (Christophe Castaner)
  • « Le comité régional du tourisme n’a pas vocation à être un bureau touristique pour les élus, qui vont rencontrer tel ou tel ministre à l’étranger, comme c’est le cas aujourd’hui » (Marion Maréchal-Le Pen)

De notre envoyé spécial à Marseille, Jean-Christophe Sarrazin


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