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Canal de Gap prise d'eau des Ricous

Alimentation en eau potable de Gap : Patrick Ricou prêt à attaquer en justice

Quinze jours après la clôture de l’enquête publique sur la mise en place d’un périmètre de protection du captage du Canal de Gap aux Ricous, le sujet de l’alimentation en eau potable de Gap va revenir devant le conseil municipal de la ville, ce vendredi soir. Jean-Claude Eyraud, conseiller municipal d’opposition, va en effet poser une question au maire, Roger Didier, sur ses projets en la matière. Cette enquête publique a fortement mobilisé les Champsaurins, qui contestent la volonté de Gap de maintenir son prélèvement dans le Drac pour alimenter son réseau d’adduction en eau potable. Un collectif d’habitants, intitulé Drac (Défense du réseau aquatique du Champsaur), a été constitué pour s’y opposer et a lancé une pétition, les trois communes concernées (Champoléon, Orcières et Saint-Jean-Saint-Nicolas) ont émis un avis très défavorable et la fédération départementale de pêche a fait de même. Patrick Ricou, maire d’Orcières et président de la Cleda (communauté locale de l’eau Drac amont), annonce à L’e-media 05 qu’il portera l’affaire en justice si le préfet devait valider ces périmètres de protection.

Pourquoi cette enquête publique ?

L’enquête publique a été initiée par l’Asa du Canal de Gap afin d’assurer la protection des périmètres de captage et de stockage de l’eau qu’elle destine à l’alimentation de la ville de Gap en eau potable. Il s’agit d’une obligation légale, dès lors que l’eau est destinée à l’alimentation humaine. Mais cela signifie que ce prélèvement pourrait être pérennisé, alors que des solutions alternatives ont été recherchées. En particulier, les analyses réalisées au niveau de la nappe d’eau des Choulières montre qu’elle permettrait l’alimentation de la ville de Gap en eau potable, qui plus est de meilleure qualité.

Pourquoi la Ville de Gap n’a-t-elle pas recours à la nappe des Choulières ?

« Les débits importants et réguliers de la nappe des Choulières permettraient d’assurer une alimentation régulière en eau des Gapençais, sans risque de pénurie », observe Jean-Claude Eyraud. « Par ailleurs, la qualité sanitaire exceptionnelle des eaux ne nécessiterait que des traitements mineurs. Pourquoi choisir de faire boire de l’eau traitée plutôt que de l’eau de source? Il devient urgent que le dialogue soit renoué entre l’Asa du Canal de Gap, la Cleda et la ville de Gap. »

Roger Didier a refusé de s’exprimer pendant le déroulement de l’enquête publique. Il devrait le faire ce vendredi soir devant le conseil municipal. Il a longtemps rappelé qu’il souhaitait recourir à la nappe des Choulières, mais que cela passait par un accord préalable avec le Canal de Gap. La ville est en effet liée à l’Asa par une convention jusqu’en 2049. « Aujourd’hui, nous devons payer 240.000€ par an quelle que soit notre consommation », indiquait M. Didier en juin 2014. « Je ne peux pas accepter de payer cela et de payer en même temps un adducteur spécifique pour amener cette eau dans un réservoir de 15.000m3, qui serait plus limité que celui des Jaussauds. Nous ne voulons pas payer deux fois l’eau que nous vendrait le Canal de Gap. Je ne veux plus de cette épée de Damoclès au-dessus de nous si nous adhérons au Sienad (Syndicat intercommunal d’exploitation de la nappe alluviale du Drac).»

Depuis 18 mois, rien n’a changé, les négociations avec l’Asa du Canal de Gap ne progressant pas. Malgré la tentative de médiation du préfet Pierre Besnard. Car, pour l’Asa, cette manne annuelle de la Ville de Gap est vitale…

Pourquoi les Champsaurins contestent-ils l’instauration de ces périmètres de protection ?

En premier lieu, les périmètres de protection vont pénaliser plusieurs exploitants agricoles. Un « périmètre immédiat » de 2 hectares serait créé autour de la prise d’eau des Ricous, au sein duquel toute activité serait interdite. L’Asa achèterait les parcelles concernées dont elle n’est pas encore propriétaire. S’y ajouterait un « périmètre rapproché » d’environ 60 ha, à cheval sur Champoléon et Orcières pour l’essentiel, et Saint-Jean-Saint-Nicolas. Dans ce périmètre, des contraintes s’appliqueraient aux agriculteurs, nécessitant notamment des investissements pour empêcher que les lisiers par exemple ne puissent polluer le captage.

En second lieu, c’est la préservation du Drac qui mobilise les élus. « Nous avons fait un gros travail pour élaborer le Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) qui préserve tout le Drac amont », souligne Patrick Ricou. « Il fait un certain nombre de constats et montre que nous sommes en déficit quantitatif sur les Ricous. Actuellement, le Canal de Gap prélève 30 millions de m3 par an, dont 90% à usage d’irrigation et 10% pour l’eau potable. Le Sage prévoit des mesures plus contraignantes à l’avenir. A l’horizon 2020, les débits réservés vont augmenter de 350 litres/seconde à 600 l/s. Le Sage, qui, je le rappelle, a été approuvé par le Canal de Gap et la Ville de Gap, est un document opposable. La mise en oeuvre de ces périmètres de protection n’est absolument pas cohérente avec le Sage. Il n’est pas raisonnable de vouloir poursuivre dans cette voie. Il y a des solutions alternatives qui restent raisonnables financièrement à l’échelle d’une agglomération comme Gap. On ne peut pas pérenniser ce prélèvement d’eau aux Ricous, alors même qu’il est fragile d’un point de vue quantitatif. »

Que va-t-il se passer maintenant ?

Le commissaire-enquêteur va rendre son avis dans les prochaines semaines, en s’appuyant sur son analyse du dossier et aussi sur l’opposition unanime que ce projet suscite dans le Champsaur. Il reviendra ensuite au préfet de se prononcer sur la demande de l’Asa du Canal de Gap d’établir ces périmètres de protection. « Si tant est que l’arrêté préfectoral soit favorable, nous irons au contentieux », prévient Patrick Ricou. « Ca sert à quoi qu’on ait un Sage si on ne s’y tient pas? »


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